Avant que cela ne soit généralisé par l'Etat, plusieurs entreprises, dont Mittal d'El-Hadjar ou NCA, ont adopté le repos hebdomadaire le vendredi et le samedi. Ils ne faisaient pas oeuvre de nouveauté puisque les banques publiques, les assureurs et des opérateurs de téléphonie mobile sont déjà et depuis longtemps sur ce modèle. Les Algériens ont par contre innové en surnommant ce système de «semi-universel».
Les arguments économiques ont été souvent avancés pour justifier le passage à ce système en considérant que le vendredi est intouchable. En réalité, l'argument religieux n'est pas de mise. La religion ne fait pas obligation de prendre une journée de repos le vendredi. La prière du vendredi est par contre obligatoire. Mais avant et après la prière, le musulman peut travailler sans passer pour un hérétique.
La gêne à se passer du vendredi est politique, elle n'est pas religieuse. Beaucoup d'Algériens et notamment les pratiquants ont pris leurs « habitudes » du vendredi que le gouvernement a choisi de ne pas contrarier en optant pour cette formule de compromis. Du point de vue de la vie de famille, le choix est pertinent. La demi-journée de jeudi n'était pas propice à des sorties familiales, alors que la journée de vendredi était en général «bloquée» en raison de la prière du vendredi. Les parents ont désormais toute la journée de samedi pour faire des plans de sortie en famille.
On serait enclin à dire que cet aspect social est le seul aspect positif avéré de ce changement. Certes, les entreprises qui ont choisi le système «semi-universel» l'ont fait, sinon pour réaliser des gains financiers et/ou de productivité, au moins pour réduire leurs pertes dans leur rapport avec l'étranger. On ignore cependant quelle est l'importance exacte de ces éléments, le débat ayant versé dans l'idéologie plutôt que dans l'évaluation scientifique des avantages et des inconvénients.
Il est notoire que les secteurs financiers et commerciaux en rapport avec l'étranger pâtissaient le plus du week-end du jeudi-vendredi, un glissement vers un repos du secteur financier vers les vendredi et samedi s'étant d'ailleurs très vite imposé. Des chiffres ont circulé, sans être toujours étayés de manière convaincante. L'on ne dispose pas d'estimation de ces pertes en l'absence d'études d'impact. Ou, si elles existent, elles n'ont pas été mises à la disposition du public, les études produites à l'époque n'ayant pas été diffusées, semble-t-il.
Mais au-delà, les pertes dues au week-end sont-elles aussi importantes que celles générées par la mauvaise organisation du travail et la faible productivité générale ? La faiblesse de la performance de l'administration, le désencadrement aussi grave que celui des entreprises publiques résiduelles sont de ce point de vue une préoccupation au moins aussi importante. Et le laxisme semble être contagieux. Ainsi, par exemple, le manque de dynamisme des banques publiques s'est confortablement étendu aux banques étrangères, qui traitent aussi mal les opérations de leurs clientèles. La mentalité rentière cohabite avec une exploitation sans limite dans le très important secteur informel où aucune loi n'est respectée.
On le voit sans difficulté, l'aménagement du temps de travail et l'organisation du repos hebdomadaire n'ont rien à voir avec l'idéologie.
K. Selim



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