Le président gabonais Omar Bongo Ondimba est arrivé mardi à Paris, mettant ainsi fin à un boycott « intelligent » qu’il observait sans tambours ni trompettes contre la France suite à une série d’incidents diplomatiques.
Depuis fin 2007, le président gabonais ne s’est plus rendu en France. Un fait inhabituel qu’il n’a jamais expliqué. Figure emblématique de la présence française en Afrique et grand ami de certains dirigeants français, Omar Bongo Ondimba avait tourné le dos à Paris préférant passer ses week-ends et vacances au Maroc chez le roi Mohamed VI.
La bouderie du doyen des chefs d’Etat a débuté lorsqu’un groupe d’ONG avait déposé le 27 mars, une plainte pour « recel de détournement de biens publics » auprès du parquet du tribunal de grande instance de Paris. La plainte visait en particulier les présidents gabonais Omar Bongo Ondimba et son homologue congolais Denis Sassou Nguesso, ainsi que leurs familles, comme s’ils étaient les seuls dirigeants de la planète à posséder des biens personnels dans la capitale française.
Classée sans suite, l’affaire a pourtant été un pain béni ayant favorisé un véritable lynchage médiatique contre le président gabonais, sa famille et tout le pays.
Comme si cela ne suffisait pas, la déclaration tapageuse en janvier dernier du Secrétaire d’Etat français à la coopération, Jean Marie Bockel n’a fait qu’envenimer une situation déjà pourrie. Jean Marie Bockel annonçait sa volonté de "signer l'acte de décès" de la Françafrique, éclaboussant au passage les dirigeants du continent comme si ces derniers étaient les seuls bénéficiaires de cette nébuleuse appelée Françafrique.
C’est dans cette période assez trouble qu’est intervenue en février et mars l’expulsion de France de deux étudiants gabonais présumés vivre dans l’hexagone en situation irrégulière.
Le vase plein a vite débordé. Le Gabon par le biais de son ministère des Affaires étrangères est rapidement monté au créneau et opte pour la réciprocité. Sur le coup, un ressortissant français travaillant pour le pétrolier Total Gabon est refoulé de l’aéroport international Léon Mba de Libreville.
C’est le coup de froid dans les relations traditionnellement amicales entre Paris et Libreville. Mais les deux pays sont tellement liés et dépendant l’un de l’autre que Paris prend la mesure de la situation. L’Elysée comprend l’urgence et la nécessité de calmer rapidement le jeu même si Libreville ne brandit pas la menace d’une rupture des relations diplomatiques avec son ancienne puissance coloniale.
Jean Marc Simon, ambassadeur, Haut représentant de la France au Gabon s’est rapidement lancé au front. Il a multiplié les descentes au palais présidentiel du bord de mer de Libreville où il a mainte fois souligné que les relations franco-gabonaises étaient bâties sur « du roc ». Pour lui les contradictions constatées ne pourraient briser l’amitié séculaire entre Libreville et Paris.
A l’occasion d’un remaniement ministériel, Jean Marie Bockel a été viré de la Coopération. Son successeur Alain Joyandet s’est précipité à Libreville pour faire ses civilités au doyen. Dans sa délégation, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Gueant, un fidèle lieutenant du président français, Nicolas Sarkozy.
L’arrivée à Libreville de ces personnages clefs du dispositif de l’Elysée pour l’Afrique a naturellement décrispé la situation. Claude Gueant s’est d’ailleurs attelé à redéfinir la vision sarkozienne de la fameuse Françafrique.
"Si la Françafrique est une relation post-coloniale, elle est derrière nous. Si la Françafrique, c'est la recherche par les partenaires d'une amitié solide, réelle dans le respect des peuples et des souverainetés, oui c'est une Françafrique qui a de l'avenir."
C’est donc en partenaire que Bongo Ondimba se rend au palais de l’Elysée ce mercredi. Il sera le premier chef d’Etat africain à être reçu par Sarkozy qui a pris hier les commandes de la présidence tournante de l’Union européenne pendant les six prochains mois.
Martin Safou
© Gabonpage



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