L'annonce, électorale, a déjà été faite : pour les cinq prochaines années, un programme de dépenses publiques sera lancé à hauteur de 150 milliards de dollars. La promesse est solennelle : tous les engagements pris seront respectés.
Mais au-delà du chiffre, le discours dispensé a évité d'entrer dans les détails. A cette échelle des dépenses, les détails ne sont pas négligeables. Comme le dit l'adage, le diable se niche dans les détails. Comment seront dépensés les milliards annoncés, sera donc la « question » la plus importante pour les mois à venir. 150 milliards de dollars ont été engagés durant les cinq dernières années dans des grands projets d'infrastructures destinés à faire un «rattrapage» après une décennie 90 totalement perdue pour le pays. Ce programme d'investissement public a dégagé un «plan de charge» qui a été largement endossé par les entreprises étrangères. Ce qui a suscité une forte - et généralement silencieuse - grogne des patrons privés algériens, écœurés de ne pas bénéficier de la manne pétrolière.
S'il est évident que les entreprises algériennes, privées et publiques, ne disposent pas des moyens pour prendre en charge les grands travaux d'infrastructures, beaucoup regrettent que certains segments de ce programme n'aient pas été mis à profit pour favoriser une dynamisation accentuée des moyens nationaux, une sorte de délocalisation vers le pays. Quand on a un programme comprenant plus d'une dizaine de stations de dessalement d'eau de mer, on peut se demander s'il n'y a pas en effet quelque chose à faire pour que l'économie nationale - c'est-à-dire les entreprises et l'emploi - en profite de manière plus substantielle. La pratique bien plus simple, au point de vue de l'ordonnateur, du lot unique met hors jeu les entreprises locales qui ne disposent pas des moyens appropriés. C'est peut-être à ce niveau que le défaut patent d'ingénierie au niveau des administrations est le plus visible et le plus préjudiciable. Détail peut-être, mais aux implications multiples et significatives.
Le simple découpage des investissements en lots multiples permettrait une meilleure mobilisation des compétences nationales et une réorientation de la manne vers les entreprises du pays. Le caractère monumental du programme d'investissement ne doit donc pas occulter le mode d'allocation des projets qui le constituent.
Ainsi, une partie du plan de dépenses publiques pourrait être utilement allouée à l'amélioration des capacités de direction et de gestion des projets par les administrations concernées. Avec des compétences conceptuelles renforcées, une maîtrise d'ouvrage de qualité, les investissements auraient un impact bien plus important. Les effets multiplicateurs et d'entraînement d'un programme de cette envergure en seraient autrement plus perceptibles, certainement plus profitables au développement des capacités nationales et à la création de postes de travail durables.
L'enveloppe est tout à fait considérable et l'annonce impressionnante. Mais en dernière instance, ce qui reste décisif est l'utilisation la plus efficace possible de ce budget.
K. Selim



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