L'histoire de la présidence à vie est-elle acquise ? Elle paraît se faufiler à travers les mailles de l'amendement de l'article 90 qui stipule que « le gouvernement en fonction au moment de l'empêchement, du décès ou de la démission du Président de la République ne peut être démis ou remanié jusqu'à l'entrée en fonction du nouveau Président de la République ».
Il y en a eu qui ont tellement levé la main qu'ils ont failli se faire éclater les aisselles, pensant faire oublier le score qui les a portés à la représentation nationale. 500 parlementaires sur 529, ou quelque chose comme ça, ont dit oui à la révision d'une leçon mal apprise puisqu'ils sont les premiers à la piétiner au quotidien. Juste pour nous dire « vous ne nous avez pas élus, mais c'est nous qui décidons de la Constitution, car ce que vous ne savez pas c'est qu'il y a un 176ème article bien caché au milieu du texte fondateur, qui nous permet de passer outre vos voix », nul n'étant censé ignorer la loi. Nul n'étant censé en fait la connaître.
Les discours glorificateurs étaient prêts à être lus dès les mains baissées par les derniers retardataires que la caméra n'avait pas encore filmés, et l'applaudimètre a failli faire éclater la salle. Il ne manquait plus que les youyous des femmes du peuple, absentes ce jour-là, le peuple étant absent lui aussi. Il n'y aura plus de limitation du nombre de mandats conformément à la Constitution. Plus jusqu'à la prochaine révision. « Parce que, dit le Premier ministre (qui n'est plus un chef du gouvernement et qui l'accepte), il n'y a pas de raison qu'un maire, un chef de parti ou autre aient la possibilité de rester en poste plus longtemps qu'un Président de la République ». Même lui, qui nous a habitués à plus de cohérence dans le discours contradictoire, succombe à la justification à tout prix. « Chèvre même si elle vole » dit un vieux proverbe de chez nous. Pourquoi alors limiter la durée du mandat présidentiel à un quinquennat, sachant, selon les lois de la statistique, qu'un seul Président a démissionné depuis la fin de la guerre ? Un seul. Un seul sur sept en 46 ans d'indépendance. Rien d'étonnant du fait des caractéristiques politiques des pays sous-développés. Sous-développés précisément pour cette raison. Africains nous le sommes par appartenance géographique, Arabes nous le sommes aussi par nécessité de rattachement à un passé décomposé, musulmans, nous le sommes devenus par adhésion à une religion qui passait par là pour rejoindre l'Andalousie et qui a trouvé un terrain fertile à sa propagation, avant d'être adoptée par une large majorité. Sous-développés nous sommes restés quand même.
Mais de quoi s'agit-il précisément à travers les articles de la Constitution soumis à révision. L'article 5 de la Constitution amendée fait état de l'emblème national et de l'hymne national. Les couleurs du premier sont redéfinies pour qui avait oublié que notre drapeau était vert et blanc frappé d'un croissant et d'une étoile rouges. Il fait état aussi de « Qassaman » en tant qu'hymne national pour qui aurait des doutes sur Min Djibalina. Les deux sont considérés maintenant comme une « conquête nationale » du 1er Novembre 54.
Qui a dit le contraire ? Qui aurait pu le dire sans exclure les sacrifices qui ont ravi à ce pays ses meilleurs fils et filles morts pour l'indépendance ? Alors pourquoi faire valider notre conquête par 500 parlementaires au lieu de le faire par tout un peuple puisqu'il s'agit de la conquête de tout un peuple ?
Par ailleurs, un article 31 bis est introduit pour la promotion des droits politiques de la femme, en pensant ainsi « augmenter ses chances d'accès à la représentation dans les assemblées élues ».
Et les présidentielles ? Le sceau de l'Etat serait aussi fixé par l'Etat, selon l'amendement. Par qui d'autre pourrait-il être fixé puisque c'est chacun son sceau ? Sans commentaire. L'article 74 de la Constitution amendé fait état quant à lui de la durée du mandat du Président, le fixant à nouveau à cinq ans. Stop. Mais il est illimité poursuit la phrase. Stop et fin du message. C'est le moment où il faut scander « ouhda thalitha » en tapant des mains. Ce qui fut fait des mille mains des parlementaires « ouitistes ».
Le Président ayant désormais, selon l'article 79 révisé, le pouvoir de nomination des membres du gouvernement après consultation avec le Premier ministre, qui ne sera plus leur chef, la nuance ne paraissant pas bien grande avec la première formulation, le lecteur aura du mal à comprendre pourquoi avoir insisté sur ce pouvoir, si ce n'est qu'il était et restera partagé avec des cercles de nomination ou imposé par eux. Une sorte de rappel inutile, d'autant que l'actuel gouvernement paraît jouir de solides appuis qui le rendent irremplaçable pour un mandat illimité lui aussi.
Alors, où est l'astuce dans tout cela, si l'on considère que l'histoire de la présidence à vie est acquise ? Elle paraît se faufiler à travers les mailles de l'amendement de l'article 90 qui stipule que « le gouvernement en fonction au moment de l'empêchement, du décès ou de la démission du Président de la République ne peut être démis ou remanié jusqu'à l'entrée en fonction du nouveau Président de la République ». Stop. Puis, et c'est là que l'avenir se dessine « dans le cas où le Premier Ministre en fonction est candidat à la Présidence de la République, il démissionne de plein droit. La fonction de Premier ministre est assumée par un autre membre du Gouvernement désigné par le chef de l'Etat ». Et là, on comprend mieux le scénario de la préparation de l'après-Bouteflika au cas où. Qui sera alors le Premier ministre au cas où ? Ça dépend. Et c'est pourquoi une révision constitutionnelle ne cache pas seulement ce que l'on croit, mais ce que l'on ne voit pas. Sur quelle partition se jouera la succession maintenant que les paroles ont été écrites ? Certainement sur un air inconnu et que fredonnent déjà ceux qui savent. Allez, envoyez la musique !
AHMED SAïFI BENZIANE du Quotidien d'Oran, site partenaire



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