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Algérie : Bouteflika seul candidat en campagne
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Publié le 16/02/2009 19:21 par

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Photo : Bouteflika
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Bouteflika est le premier candidat à la présidentielle d'avril prochain à avoir commencé sa campagne électorale avant le délai légal, avec les moyens de l'État et sur fond de rumeurs généralement infondées, que son entourage distille sans retenue.

Jeudi dernier, le président-candidat était sur une scène bleu azur, qui le mettait bien en évidence par rapport au parterre de la salle où s'étaient alignés tous les représentants de l'État et du pouvoir dans toutes ses sphères.

«Je dis que la loi doit être au-dessus de tous, je dis au-dessus de tous, je dis au-dessus de tous,» avait-il martelé avec une voix forte et limpide, semblable à celle qu'il faisait tonner en 1999. Il a fait de «la poursuite du processus de réformes de la justice (...) et la consolidation de l'autorité de la loi» son deuxième engagement après celui de la réconciliation nationale. En insistant sur cet aspect des choses, il semble dire à ses invités qu'il est le seul à avoir le droit d'appliquer la loi, dans toute son ampleur mais surtout comme il l'entend. Avec le recul, d'aucuns n'auraient dû hésiter un seul instant à voir en 1999, en Bouteflika un président (re)venu pour régner. Etant entendu que le règne s'accommode d'un exercice de pouvoir durable et absolu. Les personnalités présentes, jeudi dernier, à la coupole Mohamed Boudiaf, sont venues assister à la cérémonie d'annonce de sa candidature, avec le sourire et l'allure fringante. Frais et disponibles, il y a même parmi eux qui ont accepté de rester debout par manque de sièges. Pourvu qu'ils soient là, invités officiellement en ayant à l'esprit, bien sûr, - en tout cas pour la plupart- ce souhait d'être remarqués et retenus sur les tablettes. L'absence de Amar Saâdani au show de jeudi, ignoré par ceux-là mêmes qui l'ont fait, devrait pourtant être méditée par tous ceux qui pensent que les bonnes grâces du pouvoir sont perpétuelles. Celui que Bouteflika a intronisé en 2004 comme troisième personnage de l'Etat, a totalement disparu de la scène nationale parce que le pouvoir n'a plus besoin de lui. Du moins pour l'instant.

Zeroual et Benflis à El-Mouradia, une rumeur jugée pernicieuse

De nombreuses rumeurs sont propagées à propos d'une recomposition des équilibres, selon les bons soins du président-candidat qui semble se considérer, tout autant que par tous ceux qui le soutiennent comme, d'ores et déjà, président pour une troisième fois. Avec un large sourire, un haut fonctionnaire de l'Etat nous disait, hier, que le président risquerait de nommer, après l'élection présidentielle, Louisa Hanoune comme Premier ministre «pour confirmer davantage sa volonté de renforcer la place de la femme dans les instances élues». En tout cas, si la porte-parole du PT n'a pas encore précisé sa position vis-à-vis de l'élection d'avril prochain, l'entourage de Bouteflika la donne déjà comme partante, c'est-à-dire candidate. Le microcosme algérois n'en est pas à une rumeur près. Celle très curieuse, concerne Liamine Zeroual, l'ancien président de la République et Ali Benflis, l'ancien chef du gouvernement qui, dit-on, auraient été reçus, la semaine dernière par Bouteflika. Parue dans certains journaux, mais aussi samedi dernier dans ces mêmes colonnes sous l'intertitre «intox ou ballon-sonde» pour montrer la difficulté de sa faisabilité, l'information en question est jugée pernicieuse par l'entourage des deux anciens responsables. Ceux qui connaissent Zeroual sont catégoriques et affirment: «il n'a jamais été reçu par Bouteflika et il ne le sera jamais, on connaît bien Si Liamine et ce qu'il pense du pouvoir.» L'on nous rappelle que dans son dernier communiqué, «il a bien insisté sur le fait qu'il a mis définitivement fin à sa carrière politique, ce n'est pas pour accepter d'être reçu par Bouteflika!»

L'entourage de Benflis se dit, lui aussi, outré par de telles insinuations. Le terme est employé sciemment pour soutenir dur comme fer que «Si Ali n'acceptera jamais d'être mêlé à ce jeu malsain qui consiste à faire croire au peuple que Bouteflika a réussi à avoir tout le monde et l'a convaincu de le soutenir pour un troisième mandat.»

«Son Excellence» et l'âge de voter

Nos interlocuteurs affirment que «Si Ali n'a jamais été reçu ces derniers temps à El-Mouradia pour la simple raison qu'il n'aura jamais accepté de s'y rendre.» Il faut croire que la communication par rumeurs interposées que le pouvoir tient à faire répandre, à chaque fois que l'occasion lui est donnée, sert à entretenir l'illusion d'une activité politique, à la fois intense, excitante et troublante. Or, il n'en est rien. Bouteflika a depuis 1999 décidé de prendre sa revanche sur l'histoire, les hommes et le pays, comme il le sent. Tout a été mis pour cela à son service. Il accapare depuis longtemps les espaces publics, médiatiques soient-ils ou institutionnels. Ainsi aura-t-il pris encore une fois, une nette longueur d'avance sur ses concurrents avant l'heure légale du lancement de la campagne électorale. Bien qu'il l'ait prévue pour le 19 mars prochain -une date de surcroît historique-, Bouteflika l'a bien entamée d'une manière soutenue. Son portrait géant est placardé dans les grands espaces publics de l'ensemble du territoire, sur les murs des grandes artères et même sur les vitres des transports en commun. La télévision publique n'a d'espace que pour lui. «Son Excellence» est dans toutes les bouches qui défilent sur l'écran. «C'est sur instruction de Monsieur le président de la République que nous construisons ces logements,» avait dit un maçon dans une des localités du pays, au journaliste qui lui avait tendu son micro. Hier, dans une des ruelles de la capitale, des employés de Sonelgaz étaient affairés à creuser pour mettre en place une nouvelle conduite de gaz. «Nous n'avons aucun plan, personne parmi nous n'a un plan pour savoir exactement à quel niveau nous sommes en train de creuser,» a lâché un des chefs du groupe. Mais cela se passait loin des caméras. Ce qui n'était pas le cas de la leçon sur les élections qu'une prof assurait, avant-hier, à des lycéens sous les projecteurs des caméras et en présence des ministres de l'Intérieur et de l'Education. Il faut juste relever qu'au lycée, les élèves sont encore des enfants et ne sont pas ainsi en âge de voter.

Ghania Oukazi

 
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