Les campagnes électorales, ce n'est pas que du tintamarre et du chahut, des militants et des militantes ! C'est également toute une économie parallèle qui, le temps d'une parenthèse, peut offrir aux plus astucieux le fruit de leur hardiesse.
Vendredi matin, El Granine, localité située à quelques encablures de Béthioua, s'est parée de ses plus bels habits pour accueillir comme il se doit les convives, venus partager les commémorations du 52ème anniversaire de la mort de citoyens tombés au champ d'honneur, sur les lieux même de la tenue de cette commémoration. Un groupe de musiciens Ghaita et Bendir, Guidée en main de maître par Hbib El Barah, entonne la plus belle des louanges aux hôtes de marque qui venaient d'y poser pied. Les 1.000 dinars fusent de partout pour rendre de plus belle la monnaie à l'encenseur du jour. En tout, ce groupe de quatre musiciens en herbe a récolté en «offrande» pas moins de 7.000 dinars. Et c'est ainsi pour tous les regroupements électoraux qui se tiennent un peu partout dans les localités les plus reculées. Les troupes de Karkabou, très prisées par les animateurs de meeting électoraux, activent énormément ces derniers temps.
Les plus demandés portent un «label». C'est 7.000 dinars la prestation... à prendre ou à laisser ! «Puisque la facture doit comprendre les frais de transport, nous dira un petit chef d'orchestre rencontré lors du meeting de Djahid Younsi, tenu jeudi passé à Oran à la salle de cinéma El-Feth. Ce groupe offre en guise de bonus un petit refrain qui va avec le candidat du jour. Et pour Djahid Younsi, c'était «Ben Badis, Ben Badis, Younsi Houa Rais». Ce chef de troupe, toutefois, déplore le «favoritisme» opéré par certains partis politique parmi les plus nantis en vue de l'animation des meetings électoraux. Les disk-jockey sont également de la partie, puisque ils louent au prix fort le matériel. Les partis qui peuvent se procurer gratuitement le matériel, par l'intermédiaire de militants, font souvent appel à ces derniers pour animer les manifestations itinérantes qui sillonnent les bourgades les plus reculées. «C'est un million de centimes pour toute une journée», dira un jeune disk jockey très au fait de la chose.
La conception de brochure et autre affichette de programme politiques, surtout que de nombreux militants aiment bien «être vus», fait également travailler les petits ateliers d'impression. Les magasins de sérigraphies, pour le flocage des tee-shirts ou autres casquettes, les vendeurs d'emblèmes et même ceux qui ont une belle écriture peuvent vendre leurs talents pour écrire en belles lettres les banderoles comme nous l'avouera un jeune fonctionnaire, passé maître dans l'écriture sur des banderoles. Une banderole en grand format est à 2.000 dinars, précise notre interlocuteur qui affirme... accepter de travailler pour le plus indigent des candidats.
Mais, beaucoup parmi ceux qui investissent ces métiers de circonstance affirment ne pas faire trop confiance dans ceux qui sollicitent leurs services. Ils affirment que par le passé, certains d'entre eux ont été «bernés». Ce fut le cas pour des transporteurs à qui on avait promis monts et merveilles, mais qu'aussitôt les lampions éteints, se sont retrouvés sans aucun interlocuteur. Avertis, ces mêmes «prestataires de service» insistent pour se faire payer cash et à l'avance !
Bien sûr que tout n'est pas argent, mais il se trouve que les «petits prestataires » arrivent toujours à se frayer un chemin pour monnayer au plus fort ce qu'ils savent faire le mieux. La campagne électorale a donc du bon !
L.T.



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