En rappelant Ahmed Ouyahia à la chefferie du gouvernement en remplacement de Belkhadem, le président de la République lui avait assigné la double mission de ramener de la cohésion et de la cohérence au sein de l'équipe exécutive et d'insuffler à celle-ci le dynamisme qui lui faisait défaut dans la mise en oeuvre et le suivi du programme présidentiel. Il est vrai que Belkhadem fut un piètre animateur, qui ne parvint pas à s'imposer au staff gouvernemental, d'où la cacophonie qui a régné en son sein et le cavalier seul de certains ministres pour apparaître affranchis par statut spécial des élémentaires discipline et solidarité gouvernementales.
Il ne semble pas pourtant que son remplaçant, maintenant simple Premier ministre, soit parvenu aux objectifs qui lui ont été assignés, et qu'il est loin de les atteindre après que l'ensemble de l'exécutif gouvernemental a été reconduit. Ce qui évidemment conforte l'esprit d'indépendance à son égard d'une partie de celui-ci. Ahmed Ouyahia est certes d'une nature moins «coulante» que celle de son prédécesseur. Mais pour s'imposer à l'équipe exécutive, il lui faudra compter avec les arbitrages du Président, seul à juger des actions et des comportements des ministres choisis et nommés par lui.
C'est un secret de Polichinelle que le retour aux affaires d'Ouyahia est mal vécu par une bonne partie des ministres. Et ce n'est pas la rumeur circulant, créditant son retour de n'être qu'une phase transitoire, qui va inciter les réfractaires à faire preuve de cette discipline et de cette cohérence qu'il leur demande d'observer.
L'ambiance au sein du team exécutif est de ce fait aussi délétère et peu conviviale qu'elle fut du temps où Abdelaziz Belkhadem occupait la chefferie du gouvernement. Confronté, selon nos sources, à l'inertie et à l'immobilisme calculés de ces ministres, Ouyahia userait à leur égard de la technique du «shuntage». Cela consiste à adresser des instructions et directives d'exécution comminatoires à des instances ou organismes étatiques en passant outre l'échelon ministériel de tutelle.
C'est l'évidence toutefois que cette façon d'agir, qui veut bousculer la léthargie dont font montre certains ministres à exécuter ses directives, devient source de conflits d'autorité antinomiques avec l'esprit de solidarité devant présider aux rapports qu'entretient un Premier ministre avec l'équipe qu'il coordonne.
Si «des guerres de tranchées» ont opposé des ministres aussi bien à Belkhadem qu'à Ouyahia, la cause n'en est pas imputable à ces deux personnalités seulement. Elles ont été et seront encore inévitables tant que ces ministres sont ouvertement ou indirectement confortés dans la certitude d'appartenir au cercle des «intouchables» parce que faisant partie de cette coterie qui a l'oreille et la confiance présidentielles.
Kharroubi Habib



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