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Actualité Afrique du Nord
Algétie: la majorité écrasante a écrasé la majorité écrasée
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Publié le 11/04/2009 06:58 par

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Photo : Bouteflika
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C'est fait : la majorité écrasante a écrasé la majorité écrasée. Au lendemain de n'importe quelle élection dans un pays du tiers-monde, il est inutile de contester les chiffres, ricaner sur des taux ou parler de fraude ou d'urnes avec des joues tellement gonflées qu'elles ressemblent à des ballons ou à des poupées gonflables. L'important n'est plus là. Il est dans le dépouillement. Pas celui des résultats, mais des lendemains.

Vous êtes cernés et on ne vous demande même plus de vous rendre, mais de vous disperser en vous rassemblant dans une seule pièce. D'ailleurs, il n'y pas d'issues : à des pays comme le nôtre, il n'est pas demandé de se démocratiser mais de se stabiliser. Et pour cela tout le monde qui nous entoure trouve son compte: les Occidentaux ferment les yeux tant que le pétrole et le gaz coulent, les oppositions sont doublées par des oppositions étatisées, les peuples sont soumis et la nourriture est trop rare pour créer l'indépendance. Que peut peser la volonté d'un Arabe nord-africain, de surcroît algérien, dans la balance des chiffres de la mondialisation ? Que sommes-nous dans la chaîne alimentaire internationale ? Rien qu'un spectacle à surveiller de près.

D'où la vraie question du lendemain : ne pas se dire comment Bouteflika a été réélu mais se dire «qu'en fera-t-il ?» maintenant qu'il a le pays qu'il veut dans la poche qu'il veut ? Comment va-t-il le mâcher pour passer son temps nationalisé ? Quel est le but final d'un homme qui veut la majorité statistique ? A quoi va-t-elle servir pour lancer un voyage habité vers la Lune ? D'ailleurs, c'est quoi le but d'un Pouvoir comme le nôtre ? Que signifie le mot lendemain dans un calendrier de rediffusion ? C'est quoi le but ? Personne ne veut se poser la question en live. L'essentiel est que le but des consultations électorales n'est même plus la réélection du favori dans chaque pays du tiers-monde genre pays arabe, mais le taux de participation : c'est la règle. Plus un peuple participe à des élections, moins il participe finalement à son propre sort. Plus il vote, moins il élit. Plus il y va, moins il en revient entier et les mains propres.

D'ailleurs, le paradoxe labial est total : là où les langues disent une chose, les voix disent son contraire. Les langues disent qu'il faut lire le taux de participation de 74,54% de droite à gauche, les voix expliquent qu'il faut lire de gauche à droite. L'important n'est plus là cependant. Il n'est nulle part, répond la lampe de poche de la cervelle. Continuons donc. Il ne sert à rien de s'engager dans les chamailleries sur les chiffres, les taux ou les sens. Cette piste est stérile. Il faut trouver autre chose et essayer de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là, chacun se culbutant le long de son propre sentier individuel, avec sa lettre de démission intime.

Kamel Daoud

 
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