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Bouteflika, les maires et la privatisation
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Publié le 28/07/2008 09:08 par Johnny Messy

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Photo : Bouteflika
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            (Continental News)

Le président de la République vient de remettre en cause un processus de privatisation, dont les effets immédiats ont été enregistrés il y de cela près de huit longues années.

Réuni avec les personnels des collectivités locales de l'ensemble du pays, le chef de l'Etat a renoué samedi dernier avec ses anciennes habitudes, à savoir adresser des critiques acerbes à son propre gouvernement. Si Abdelaziz Belkhadem s'était défendu de n'être pas responsable de l'action de l'Exécutif parce que, avait-il soutenu, « ce sont les ministres d'Ahmed Ouyahia », le président de la République n'aurait en principe pas droit à cette facilité de retirer son épingle d'un jeu dont est le seul à lui en avoir édicté les règles. Il est connu, et lui-même l'avait affirmé à maintes reprises, que toutes les nominations relèvent de ses prérogatives qui lui sont accordées constitutionnellement, ou alors il s'en est accaparé de droit. Les ministres des gouvernements passés, c'est-à-dire depuis 1999, et de celui actuel ont été choisis, reconduits ou limogés selon ses choix personnels. Il a même privé tous les chefs de gouvernement qui se sont succédé depuis son intronisation à la tête de la présidence de la République, de leurs droits constitutionnels, en premier celui de choisir leurs propres collaborateurs. Bouteflika revient donc avec la force du verbe, le pas alerte et le regard vif des années qui ont fait de lui le président de la République qui critique le plus un Exécutif dont il est le premier responsable. Samedi, du haut de la tribune de la coupole Mohamed Boudiaf du 5 Juillet, il avait mis toutes ses forces pour fustiger des démarches du gouvernement, auxquelles il avait pourtant donné son feu vert depuis plusieurs années. En point de mire, il avait placé les opérations de privatisation que le ministère de Abdelhamid Temmar a menées depuis 2000.

Ce n'est pas la première fois que Temmar en prend sur la tête. Pour rappel, il y a deux ans, le Président l'avait sévèrement interpellé en public, en plein écran de télévision. C'était toujours à propos d'opérations de cession d'entreprises publiques. En ce début de semaine, il récidive et remet totalement en cause le processus que Temmar en mis en branle. Première réaction du ministre à cette diatribe du Président: « Ça fait un an que je lui dis que ça ne marche pas », avait-il répondu à un de ses collègues ministre qui lui avait fait la remarque.

Connu pour faire partie du groupe restreint des ministres du Président, Temmar a toujours été son conseiller principal en matière d'économie. En 1999, il a bien été auprès de lui à la Présidence de la République pour lui souffler « l'incompétence » des holdings de l'époque et leur obsolescence pour justifier leur reconfiguration. Le Président l'a depuis toujours gardé comme seul gestionnaire de la chose économique.

Les curieuses remises en cause du Président

Il est curieux que Bouteflika reste longtemps sans remettre en cause aucune opération pour décider de balayer le tout d'un revers de la main au moment où l'on s'attend le moins. L'on s'interroge sur les raisons qui l'ont poussé à dénigrer une démarche qu'il a lui-même cautionnée à plusieurs reprises, sans en exiger de contrepartie de ceux qui en bénéficient. Il est courant que des opérations de privatisation ou de partenariat soient conclues avec des investisseurs étrangers et même nationaux qui n'ont d'investisseurs que le nom. A ce jour, aucun des hommes d'affaires n'a été obligé d'investir localement après trois ans de son installation généralement comme « commerçant ». Le cas des concessionnaires de voitures en est la preuve. « Les investisseurs notamment étrangers n'ont jamais réinvesti leurs dividendes, comme il est d'usage dans tous les pays du monde », nous dit un ancien PDG d'une entreprise publique. « Il faut qu'on définisse les règles du jeu avant même la conclusion des contrats de cession ou de partenariat. Les étrangers refusent qu'on leur sorte des lois que les autorités algériennes n'ont pas jugé utile d'en faire valoir les dispositions », explique-t-il. Le commentaire est tout aussi valable quand il s'agit du transfert des dividendes vers l'étranger. « Nous avons ce problème de transfert avec les Algériens. Si on n'a pas le droit de le faire, pourquoi voulez-vous qu'on vienne investir chez vous ?», nous disait l'autre jour un diplomate européen accrédité en Algérie. A ce propos, l'on saura qu'aucun texte de loi n'interdit le transfert, excepté une décision de la Banque d'Algérie. « L'on se demande pourquoi c'est la Banque d'Algérie qui empêche les hommes d'affaires étrangers de le faire pour n'avoir pas investi trois ans après leur installation en Algérie, alors que ça doit être décidé par voie de loi », souligne le diplomate.

Depuis un peu plus d'une année, Temmar a mis en branle une nouvelle politique de privatisation qu'il a inscrite dans sa stratégie industrielle. « Nous menons exprès lentement la privatisation parce que ce n'est pas l'argent qui nous intéresse mais l'apport de technologie et d'innovation », a-t-il affirmé devant les hommes d'affaires allemands venus à Alger avec la chancelière Angela Merkel le 16 juillet dernier. Il expliquera dans le détail le « plan » qu'il vient de mettre en application pour fouetter le secteur public. « Nous allons procéder à des assemblages d'entreprises publiques selon les activités; elles ne seront pas de type sociétés nationales mais auront des produits de rente et la rente c'est la nation: on ne permettra pas qu'elle soit prise sans contrepartie. Les hommes d'affaires étrangers intéressés nous ramèneront la technologie et la gestion et ils prendront leur part».

Ce sont peut-être ces précisions qui font que les décideurs remarquent qu'ils se sont trompés bien après coup. Connu pour être espiègle, Bouteflika ne laisse en principe pas passer des choses qui ne sont pas de son goût ou ne répondant pas à sa vision de la gouvernance.

«Je le jure que personne ne prendra rien ! »

A l'entendre parler samedi dernier, le Président semble s'être rendu compte trop tard. « On arrête », a-t-il dit. « Chaque chose a son prix, si on ne me le donne pas, je le jure que personne ne prendra rien ». Il faut croire que les gestionnaires des affaires de l'Etat se mêlent les pattes quand il s'agit de compter l'Algérie en argent sonnant et trébuchant. « L'Algérie n'a pas d'argent », avait déclaré un jour Temmar. « L'Algérie est un pays riche mais pauvre », avait renchéri Abdelatif Benachenhou, alors ministre des Finances. « Ne comptez plus sur l'Etat pour vous assister, il n'est plus la vache à traire », a répété le président de la République à plusieurs occasions. « On se regarde comme si on avait un déficit financier », avait-il lancé samedi dernier. Ce sont les perspectives, une vision claire, l'anticipation, la visibilité pour prévenir les coups bas dans le dos ou les contrecoups qui manquent le plus aux décideurs. Mobilisés pendant plusieurs longs mois, les membres de la Commission de réforme des missions et des structures de l'Etat semblent avoir travaillé pour rien. « Ce que nous voulons faire va au-delà des recommandations de la commission Sbih », avait dit samedi le ministre de l'Intérieur à propos du nouveau découpage administratif. C'est dire que cette réflexion intellectuelle, jugée par des experts de « bonne qualité», n'a pas encore été mise en oeuvre, que le gouvernement estime pouvoir prendre des décisions qui « vont au delà ». Ce n'est pas la première fois que la pensée intellectuelle est convoquée pour être mise dans les tiroirs. « Algérie 2005 », une perspective élaborée par des experts pour préparer le pays au deuxième millénaire, n'a jamais été consultée par les politiques. Les élus et autres gestionnaires des collectivités locales auraient pourtant su ce qu'ils devaient faire bien avant 1999. L'Etat ne se serait pas retrouvé aujourd'hui à leur enseigner les règles basiques de la gestion communale, comme celle de balayer devant sa commune. Ils auraient plutôt servi d'encadrement pour une vie véritablement citoyenne dans un pays qui manque terriblement de citoyenneté et ou le politique n'a aucun relais. A défaut, pensant bien faire et plaire plus, les maires ont compris samedi être obligés de scander « Ouhda thalitha ». Quand l'administration publique est convoquée dans toutes ses dimensions, il est évident que les esprits se braquent sur des échéances comme l'élection présidentielle, qui pointe du nez. N'était une voix ou peut-être une main invisible qui a ordonné de faire taire les appels à un troisième mandat présidentiel, l'on aurait facilement déduit que le Président a voulu rencontrer les personnels des collectivités locales pour les emballer en prévision d'un éventuel soutien. Mais peut-être que le fait de les faire taire se voulait justement être un moyen de brouiller les cartes...

 

Ghania Oukazi/ Quotidien d'Oran

 
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