« Il faut que le peuple vote massivement parce qu'un président n'est président que s'il est élu à la majorité écrasante», a lancé Bouteflika lors de la cérémonie consacrée à l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle d'avril prochain.
En ce 12 février où il s'est adressé dans la coupole Mohamed Boudiaf à «des invités» venus de tous les horizons, publics, politiques, institutionnels, civils et militaires, Bouteflika a fait part d'une exigence qui risque de le mettre dans l'embarras.
Il veut être élu «à la majorité écrasante». Il est vrai que s'il a décidé de faire d'un voeu une exigence, c'est qu'il a les moyens de sa politique. Bien qu'a priori tout est programmé pour qu'il en soit ainsi, il se doit - en principe - de se préparer à toute éventualité. En cas de mauvaise élection, c'est-à-dire qu'il n'aura pas la majorité écrasante qu'il demande, il doit se retirer par respect à l'électorat qu'il l'aurait ainsi sanctionné.
En effet, dans les Etats modernes et démocratiques, le candidat doit s'astreindre à des obligations vis-à-vis de ses électeurs et de ceux qui ne l'ont pas élu. Dans le cas où le candidat veut être élu «à la majorité écrasante» et qu'il ne serait pas arrivé, il doit - toujours au nom du principe - se retirer ou attendre un deuxième tour.
C'est ce niveau de situation qui risque d'embarrasser Bouteflika. Mais comme ce genre de situation ne concerne que les Etats aux principes modernes et démocratiques bien ancrés, il serait donc faux de démarrer d'une analyse basée sur des hypothèses qui ne s'appliquent que dans ce cas précis. Parce qu'en Algérie, on constate que si la seconde éventualité, c'est-à-dire celle d'un deuxième tour d'élection présidentielle, est consacrée dans les textes de lois de la République, la première, par contre, qui oblige un candidat mal élu à se retirer, n'est pas une tradition.
Une description de ce qui se passe en ces temps de campagne électorale bouteflikienne forcée confirme cet état. Le matraquage fait par les médias publics lourds en faveur d'un vote «massif» a déjà pris sa vitesse de croisière.
Tous les moyens sont bons pour y arriver, quitte à ce que les institutions contredisent les lois de l'Etat qui les a créées. Il y va ainsi de la nouvelle mission dévolue aux mosquées d'ici et d'ailleurs dans lesquelles prêchent des imams algériens.
La télévision nationale a consacré vendredi soir plus d'un quart d'heure aux préparatifs de l'élection présidentielle à Perpignan, dans le sud de la France. Les émigrés interviewés n'ont pas tari d'éloges à l'égard du président de la République.
Une première dans l'histoire des élections, l'imam algérien a qualifié l'acte de voter de «témoignage» (chahada) dont Dieu nous fait obligation selon lui.
Il a conforté ses appels au vote par un verset coranique qui n'a absolument rien à voir avec une échéance électorale. Interdite officiellement de politique, la mosquée devient ainsi une tribune pour vanter les mérites d'un acte qui en constitue l'essence même.
Il y a comme une énorme malhonnêteté dans l'air notamment morale, quand on voit que le président candidat se considère d'ores et déjà candidat président par le forcing qui est fait pour convaincre le peuple de la rectitude de sa gestion.
Il aurait été plus correct qu'il effectue ses visites de travail à l'intérieur du pays avant qu'il n'annonce sa candidature. Il se serait «reposé» dès cette annonce pour reprendre « du service» au lancement de la campagne électorale.
Il aurait été tout autant dans son élément même s'il se serait vu obligé d'inaugurer des réalisations qu'il a déjà inaugurées par le passé. D'ailleurs, il aurait dû constater mercredi dernier que le tronçon de l'autoroute Est-Ouest, Oued Djer - Hasseinia, laisse stupéfait par la mauvaise qualité de sa construction. Si sur une partie de ce tronçon, des plaques de signalisation affichent une vitesse permise de 120 km/h, sur d'autres, on doit se plier aux traditionnels 80 km/h même si on est toujours sur l'autoroute. La raison est que les usagers roulent sur une autoroute qui serpente sur plusieurs kilomètres. Et ceux qui pensent qu'une autoroute c'est fait pour faire vite, bien et pour désengorger les routes, ils doivent rester attentifs aux barrages qui sont installés là où ils n'ont jamais pensé qu'ils soient, sur une autoroute.
Vendredi après-midi, un barrage de gendarmerie a failli provoquer un carambolage tellement les automobilistes pensaient qu'ils pouvaient - enfin - rouler convenablement avant qu'ils ne soient obligés de freiner sec.
Les gendarmes étaient plantés en plein milieu de... l'autoroute non sans avoir pris le soin de ne laisser qu'une seule voie pour le passage des véhicules.
Le président candidat n'a certainement pas vu que des villes entières continuent de souffrir du manque d'eau potable.
Le cas de Chlef est flagrant. Plusieurs de ses localités achètent les citernes d'eau, les unes pour boire et d'autres pour les besoins ménagers.
La wilaya de Aïn Defla suffoque sous la charge de camions qui y transitent quotidiennement et lentement en raison des barrages, tous services de sécurité confondus, qui sont dressés, les uns des autres, entre de courtes distances.
A Oued Fodda, la route nationale reste bloquée pendant de longues heures par une circulation intense. Il n'est pas prouvé que grâce à ces barrages, ces régions appelées dans les années 90 le triangle de la mort ont retrouvé la paix.
Si tel est le cas, l'effet n'a pas été le même à Boumerdès, Tébessa et dans d'autres régions où le terrorisme continue de tuer.
A l'intérieur du pays, la vie n'est pas rose mais bien poussiéreuse. Les trottoirs et les routes défoncés, les commerces sales et les hôpitaux avec des sanitaires bouchés.
Et ce ne sont pas les virées électoralistes du président qui régleraient des situations aussi cocasses. Ceci, même si les arbres grandissent et les fleurs s'ouvrent à la veille d'une visite de Bouteflika grâce «aux effets spéciaux» des autorités locales.
Le candidat président est annoncé le 5 mars à Alger. L'on dit qu'il va marcher dans les grandes artères de la capitale. Les responsables locaux ont déjà peint des façades d'immeubles qui étaient repoussantes depuis de longues années et ont arraché les antennes paraboliques de tout un quartier pour les remplacer par d'autres collectives. La ville devient ainsi belle, le temps d'une visite.
Ghania Oukazi



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