A la une de l'actualité RSS
 


Actualité Afrique du Nord
Réélection de Bouteflika en Algérie
  0 commentaire  |   Articles du même auteur  |   Envoyer à un ami  |   Imprimer l'article
Publié le 12/04/2009 07:44 par Q. Oran

Aucun commentaire n'a encore été posté.

 Réagissez maintenant à cet article !
 
Photo : Bouteflika
|

La « majorité » est donc là. Pas uniquement celle de Bouteflika qui, comme tout Algérien de sa génération, veut continuer à faire l'histoire et l'empêcher de faire autre chose que ce qu'il veut. C'est de l'autre majorité qu'il s'agit, celle qui a opté pas seulement pour le nouveau président, mais pour le Bouteflikisme en général. La majorité qu'il s'agit de constater même en réduisant à proportions rationnelles le taux de participation. De quoi s'agit-il ? D'un nouveau profit des électeurs algériens, peu intéressés par la démocratisation, le modernisme ou les choix laïcs et tolérants, mais trouvant leur confort dans l'unanimisme, la synthèse non négociable d'un islamisme Post-Fis, d'un nationalisme pré-1988 et d'un autoritarisme qui dure depuis l'Indépendance.

Elle met en échec les rares tentatives des dernières élites off-shore pour rendre ce pays viable, consacre des alliances qui vont nous fabriquer encore plus de mosquées, encore plus d'ENTV mentales et encore plus de dissidents par chaloupes ou par suicides intimes, en surveillant plus les jupes que les récoltes. C'est donc un effrayant moment de l'histoire du pays, où une minorité impuissante constate le paradoxe terrible des démocratisations contrôlées : une grande majorité se trompe, mais elle a raison parce qu'elle est une majorité. C'est le moment de la Rhinocérite, du basculement, de la fascination collective pour une solution morbide. Avec une élite sans instruments et très divisée, incapable de construire une idéologie alternative, isolée par le conservatisme ambiant, un reliquat mal soldé de l'islamisme politique convertit en réseau de kasma confessionnelles, la peur du lendemain et l'absence de leader, on ne pouvait qu'à aboutir qu'à la fabrication de ce qu'il y a de plus néfaste pour l'avenir : une machine à remonter le temps, en rampant.

Il ne faut pas donc en vouloir à Bouteflika et à sa biographie insistante. Il est l'addition d'une époque et le vœu de cette « majorité » que sont devenus beaucoup d'Algériens. Bouteflika n'est pas une personne mais une personnification et lorsqu'on a voté pour lui, on n'a pas voté pour son nom et prénom, mais pour une sorte de produit idéologique concomitant qui l'emploie : un populisme à moitié religieux, à moitié nationaliste, destiné à bloquer les alternances et suspendre le pays dans la posture du refus de la maturité. On a voté pour un équilibre alimentaire, un consensus d'immobilisation, des trottoirs mal fait, des dos-d'âne et pour le refus d'assumer la vie et ses responsabilités. Les élites algériennes doivent aujourd'hui faire le constat terrible d'un lourd échec, encore plus grand que celui vécu durant les années 90. Car, à l'époque, on avait un vrai problème, aujourd'hui, on se retrouve avec une fausse solution. Ce n'est même pas la faute à Bouteflika ou à ce qu'il fait, pense et décide, mais à nous tous. Le Khomeynisme est plus terrible que Khomeini, le Khadafisme est plus néfaste que Khadafi et le Benalisme est plus dangereux que Benali. Il exprime plus que des directives de vote, une compromission des électeurs qui ont fait leur choix et qui ont opté pour un état des lieux en guise d'Etat.

Maintenant, il s'agit donc d'assumer et de ne plus aller se plaindre de voir nos enfants partir en mer, protester contre le manque de liberté quand il s'agit de soi et pas d'une simple convertie, dénoncer la hausse des prix alors que nous avons accepté le deal du colis alimentaire ou de critiquer ce pays alors que c'est nous qui en décidons. Il s'agit d'assumer. A un noyé qui avait confectionné un mauvais ballon pour flotter sur les eaux, un proverbe arabe explique « c'est tes mains qui ont cousu et c'est ta bouche qui a gonflé ». Quant au reste de ceux qui ont rêvé d'un pays libre et moderne mais qui ont rêvé trop longtemps, il s'agit de s'en aller chercher des îles en Occident, élever des enfants à la nage ou se construire des champs magnétiques hygiéniques en attendant que cela passe. Car cela passera. La facture sera lourde et sera payée même par ceux qui ne l'ont pas voulu. C'est la majorité qui choisit mais c'est tout le monde qui paye.

Kamel Daoud

 
Vous avez une info, un scoop, une image, une vidéo ? Inscrivez-vous pour publier sur www.continentalnews.fr
Commentaires sur cet article (0)
Aucun commentaire actuellement.


Soumettre un commentaire sur cet article
Vous devez être identifié à Continental News pour poster des commentaires. Cliquez ici pour vous inscrire.

Continental News | Contactez-nous | Conditions générales d’utilisation | Annoncer sur notre site