De l'avis général, y compris celui de ses adversaires républicains les plus acharnés, le discours-programme prononcé le 24 février devant le Congrès des Etats-Unis par le président Obama a été l'une de ses plus brillantes prestations. Ce n'est pas peu dire tant le jeune président a démontré tout au long de ces derniers mois ses grandes qualités d'orateur. Au-delà du style et de l'éloquence propre à l'homme, ce qui a suscité l'approbation générale, et des médias en particulier, est la tonalité volontariste et optimiste en rupture avec l'inquiétude qui dominait lors de ses évocations de l'état de l'économie américaine. En présentant de manière structurée et cohérente la démarche de son gouvernement, au coeur de laquelle se trouve le fameux plan de relance de près de 800 milliards de dollars récemment approuvé par les deux chambres du parlement américain, Barack Obama a voulu insuffler de l'énergie à son auditoire réel, l'opinion publique angoissée par l'aggravation quotidienne de l'économie du pays.
« Les Etats-Unis sortiront plus forts de la crise», a martelé le chef de l'Etat américain. Incontestablement, le nouveau président a su se présenter en leader de crise, en rassembleur déterminé à tirer au plus vite son pays de la mauvaise passe dans laquelle il se situe. Il n'a pas caché la difficulté de la tâche en exhortant ses concitoyens à croire dans leurs capacités à faire face à la récession. Le discours mobilisateur et raisonné, sans abus de démagogie, est bien celui que les Américains souhaitent entendre pour retrouver un peu d'espoir en des temps difficiles : de nombreux citoyens sont chassés de maisons dont ils ne peuvent plus assumer le crédit, licenciés sans préavis avec très peu d'indemnités ; des millions d'Américains ne survivent péniblement que par la maigre allocation publique qui leur est allouée.
Le discours présidentiel a trouvé un écho dans celui du président de la Federal Reserve, Ben Bernanke, qui estime que la récession pourrait bien s'achever dans le courant de l'année 2009. Saisies par l'optimisme de leurs dirigeants, les Bourses américaines ont clôturé dans le vert, contribuant ainsi, elles aussi, à l'optimisme officiel.
Mais, voilà, le volontarisme et l'enthousiasme ne suffisent pas pour autant à modifier une réalité objective fabriquée par des paramètres économiques et financiers déterminants. L'euphorie a été de courte durée. Les mauvaises données statistiques du marché de l'immobilier sont venues, à la suite d'informations déprimantes concernant la santé des banques, confirmer la gravité de la crise. La baisse de la consommation des ménages et le ralentissement marqué des transactions immobilières sont les signes de la poursuite de la spirale récessive ; et celle-ci est nourrie par l'état catastrophique de banques qui ne finissent pas de découvrir l'étendue de leurs engagements toxiques.
La situation des établissements financiers américains est celle du tonneau des Danaïdes de la mythologie qui se vide au fur et à mesure qu'on tente de le remplir. Combien de milliers de milliards de dollars faudra-t-il pour stabiliser le marché bancaire et retrouver les bases de la confiance ? Le discours présidentiel n'a donc eu que l'effet d'un euphorisant de courte durée et les Bourses ont retrouvé leur profil pessimiste. Aux Etats-Unis comme ailleurs, la réalité est imperméable aux discours, fussent-ils les plus inspirés.
M. Saâdoune




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