Barack Obama a saisi l'opportunité du Nouvel An iranien, Nowrouz, pour adresser un message aux dirigeants et au peuple iraniens, un message d'une tonalité différente. Ce n'est pas encore un message d'amitié, mais ce n'est déjà plus la logomachie guerrière ressassée par les théologiens néoconservateurs au pouvoir sous l'administration Bush.
Si Nowrouz a été saisi, opportunément et avec beaucoup de talent, par le nouveau locataire de la Maison-Blanche pour marquer une rupture avec les idéologues qui ont ruiné l'image des Etats-Unis, il n'annonce pas forcément le printemps dans les relations entre Washington et Téhéran. Un changement de «ton» peut traduire l'amorce d'une évolution de stratégie, comme il peut servir à la maintenir en l'état. De ce point de vue, la prudence des dirigeants iraniens, qui n'ont pas rejeté l'appel d'Obama, sans pour autant l'accueillir avec enthousiasme, est compréhensible. Quelques jours avant son appel, le président américain a signé la reconduction pour une année des sanctions contre l'Iran, d'où la posture d'attente adoptée par Téhéran.
Les Iraniens ont cependant l'intelligence de ne pas opposer une fin de non-recevoir à cet appel. Il ne suffit pas en effet d'un discours pour effacer une longue histoire d'inimitiés et d'hostilité américaines. Le président Obama évoque des relations tendues depuis «trente ans», situant ainsi le début de la crise à l'avènement du régime des mollahs. Les Iraniens, qui ont leur propre vision de l'histoire, font remonter ces tensions au coup d'Etat organisé en 1953 par la CIA, la fameuse opération Ajax qui a renversé le gouvernement nationaliste de Mohammed Mossadegh.
Ce qu'ils en retiennent jusqu'à présent, c'est que les Etats-Unis n'aiment l'Iran que s'il est réduit à la situation de vassal. Le fait d'avoir été placé dans «l'axe du mal» par l'équipe Bush n'était donc pas pour les surprendre et cela n'a fait que renforcer leur défiance.
Les Iraniens peuvent, à défaut de gestes concrets, prendre acte du fait que le discours d'Obama n'a rien de belliqueux, même s'il admet qu'il existe de «graves différends». Sa défense d'une approche diplomatique décidée à «traiter de l'ensemble des questions», de rechercher des «liens constructifs entre les Etats-Unis, l'Iran et la communauté internationale» tranche clairement avec le discours guerrier pro-israélien de la classe politique washingtonienne. Le fait qu'il prenne acte du fait que la recherche d'un règlement des différends ne peut «progresser par les menaces», mais par une relation «honnête et fondée sur le respect mutuel», traduit bien ce changement. Concédé d'ailleurs après le constat que les menaces ne font pas fléchir l'Iran. Mais ce changement de «ton» pourrait n'avoir d'autre réponse qu'un autre changement de «ton». Les divergences de fond demeurent. Une relation apaisée doit-elle passer par un renoncement à la maîtrise du savoir-faire nucléaire et la concession qu'elle doit rester un monopole des grandes puissances et d'Israël ?
Si la réaction des Iraniens reste prudente mais positive, c'est qu'ils savent qu'à Washington, où le puissant lobby israélien veut la guerre, Obama lui-même évolue en fonction des contraintes du système. L'affaire Charles Freeman l'a rappelé sans ambages.
K. Selim



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