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Benoît XVI face à la France laïque
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Publié le 12/09/2008 17:57 par Anita Tingbudo

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Photo : Benoît XVI
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            (Continental News)

Benoît XVI est arrivé ce matin à Paris pour sa première visite en France. Un voyage qui le conduira dès demain, pour trois jours, à Lourdes. La communauté catholique espère mieux connaître le successeur de Jean-Paul II. Lors de sa visite à l'Elysée, le pape a demandé une réflexion sur la laïcité.

Quand Nicolas Sarkozy s'est rendu à Rome fin 2007 pour y recevoir son titre de « chanoine du Latran », il a offert à Benoît XVI deux éditions originales de Bernanos. « Merci, je les ai déjà lues », le remercia en substance - et dans un français parfait - le pape avec un sourire.

Le président, qui accueillera tout à l'heure son hôte à Orly, sait que le pontife, qui entame ce matin une visite de quatre jours à Paris et à Lourdes, ne débarque pas en pays inconnu.
Et que la plupart des Français connaissent mal Joseph Ratzinger n'empêche pas ce dernier d'avoir avec la France une relation étroite. Sa culture française ne se limite pas, on s'en doute, au « Journal d'un curé de campagne ». Depuis Bernanos, les curés ont d'ailleurs bien changé, l'Église aussi, et pour Benoît XVI, il n'est pas de pays plus intéressant que la « fille aînée de l'Église » pour saisir les évolutions de cette dernière dans des sociétés occidentales travaillées par deux siècles de sécularisation.

Foi et raison.

Benoît XVI voit-il en la France « la grande malade de l'Europe chrétienne », comme l'assure un vaticaniste italien ? Une chose est sûre : la France offre à ce grand intellectuel et théologien un terrain de choix pour analyser « la crise de la vérité chrétienne dans la culture contemporaine ». Ce souci essentiel - avec le dialogue entre foi et raison -, le cardinal Ratzinger est venu souvent en débattre en France. En 1983, il en a parlé à Notre-Dame de Paris et à Lyon, il a récidivé en 1999 à la Sorbonne.

C'est d'ailleurs dans la prestigieuse enceinte universitaire parisienne qu'en 1954 le jeune théologien bavarois avait fait la connaissance de l'aumônier Jean- Marie Lustiger, futur cardinal comme lui. Les deux hommes ne se sont jamais quittés jusqu'à la mort (en 2007) de l'archevêque de Paris, qui avait convié le bras droit de Jean-Paul II à venir prêcher à Notre-Dame en 2002 pour les traditionnelles « conférences de carême ».

Mais Benoît XVI ne s'est jamais contenté de prêcher en chaire. Le professeur de théologie qu'il n'a cessé d'être adore les cénacles universitaires et se sent très à l'aise à Paris où, depuis 1992, il est membre de l'Académie des sciences morales et politiques au fauteuil qu'occupa le dissident soviétique Andreï Sakharov. Difficile aujourd'hui de s'asseoir en même temps au siège de Pierre et quai de Conti, mais le pape tient à ce titre et ce n'est pas un hasard s'il a demandé à rencontrer le monde français de la culture et à échanger avec lui au couvent des Bernardins.

Elevé dans l'Europe d'après-guerre, Ratzinger a connu dans sa jeunesse les débats philosophiques où ferraillaient Sartre et Camus, les grands intellectuels français. Frotté à l'existentialisme ou au marxisme, il connaît très bien la pensée profane, supplément de bagage utile pour devenir un conseillé écouté dans les débats de Vatican II (1962-1965). Et c'est dans les couloirs du concile que le futur archevêque de Munich a connu ceux dont il lisait les ouvrages au séminaire, ces théologiens français - Yves Congar, Henri de Lubac, Marie-Dominique Chenu - qui ont inspiré le grand « aggiornamento » de l'église.

Devenu pape, Ratzinger aurait-il renié le credo de sa jeunesse ? En France, le soupçon est récurrent, notamment chez les catholiques. Il s'alimente aux détails d'une politique dont le motu proprio de 2007 - qui a remis en selle les traditionalistes - est l'exemple le plus souvent avancé. « L'affaire de Saint-éloi, je l'ai encore en travers de la gorge », lâche un prêtre de Bordeaux qui ne voit pas « d'intérêt majeur » à se mêler à la cohorte des « cols romains » qui se presseront dimanche à Lourdes. Souvent confronté au cas des « divorcés-remariés », il souligne par exemple que le pontificat de Benoît XVI a contribué à une fermeture plus grande des paroisses sur ce dossier symbolique.

« Réac », l'ex-patron de la Congrégation de la doctrine de la foi ? « Disons qu'avec Benoît XVI, on renoue avec des formes d'expression qui n'étaient plus en usage depuis quarante ans », commente l'historien des religions Odon Vallet. Les Français qui redoutent - ou s'amuseraient - de le voir aux Invalides élever le calice le dos aux fidèles en seront pour leurs frais. Car ce que recherche Ratzinger, c'est une synthèse des acquis de Vatican II et d'une tradition liturgique bimillénaire en vue d'un approfondissement spirituel.

Quelle laïcité ?

Mais il est un sujet sur lequel Benoît XVI est nettement plus attendu par tous les Français, c'est la laïcité. Que va-t-il répondre à Sarkozy, qui vantait il y a neuf mois à Rome une « laïcité positive », plus ouverte au fait religieux et à son expression sociale ? L'opinion française avait senti que ce jour-là, son président avait volé au-devant des désirs du pape, et la réaction ravie des éminences du Vatican avait confirmé l'impression, non seulement chez les laïques purs et durs, mais aussi chez des catholiques.

Benoît XVI, qui « sent » la France mieux qu'on ne croit, devrait pourtant rester prudent. Car chez les chrétiens de l'Hexagone, l'idée bien ancrée est que la séparation héritée de la loi de 1905 a permis à l'église de troquer le statut - encombrant et ambigu - de religion d'État contre une condition plus fragile mais plus propice au témoignage de la foi. C'est sur ce terrain que la frange engagée l'attend. Pour les autres - croyants, indifférents ou incroyants -, ce sera l'occasion de mieux connaître le successeur du regretté Jean-Paul II.

 

 

Source: Sud Ouest

 
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