On ne sait si Alejandro Valverde gagnera ce Tour de France. Mais dès la première étape, il y a déjà posé son empreinte. À la façon d'un Miguel Indurain ou d'un Lance Armstrong à la grande époque, prompts à impressionner d'entrée sur les prologues, il a frappé un grand coup. Symbolique certes, mais diablement efficace. Valverde est en jaune, il est fort, très fort même, et doit se sentir invincible, forcément.
Car tout lui réussit depuis le début de la saison. Il a gagné quasiment toutes les courses auxquelles il a participé : Tour de Murcie, Paris-Camembert, Liège-Bastogne-Liège, Dauphiné-Libéré et le championnat d'Espagne. Seule la Flèche Wallone et l'Amstel Gold Race (3e) lui ont filé entre les jambes. Pas mal pour un homme qui sortait d'une saison 2007 plutôt moribonde, entachée des suites de l'affaire Puerto, dont il a miraculeusement réchappé. Ettore Tori, le procureur antidopage du Coni (Comité olympique italien) projetait de l'entendre lors du passage du Tour en Italie, le 20 ou 21 juillet prochain. Il vient finalement de renoncer à son projet. Cela a-t-il libéré Valverde d'une perspective oppressante ? « Non ! Je n'avais aucune pression avec ça. Il voulait me rencontrer ? Très bien, enchanté. Il ne veut plus ? Pas de soucis. Je ferai mes étapes tranquille. » Valverde en a assez de répondre aux mêmes questions à propos de son implication présumée dans cette affaire qui a coûté sa carrière à Jan Ullrich et deux ans de suspension à Ivan Basso.
Les sprinters battus. Non, Valverde veut parler de course. Et sur ce terrain, force est de constater qu'il se débrouille plutôt très bien. Les organisateurs avaient choisi une arrivée à Plumelec, au sommet de la côte de Cadoudal. Une inspiration magnifique. Qui eut d'abord le mérite de rompre avec la monotonie des prologues réservés aux spécialistes. Qui permit aussi de caser une foule monstre le long des 197,5 km de cette traversée de la Bretagne en fête. Elle autorisa même quelques attaquants à croire en leur bonne étoile. Augé, évidemment, a tenté sa chance avec l'incontournable Voeckler, le régional du jour Lilian Jegou et cinq autres courageux. C'était bien essayé, mais c'était vain.
Car derrière, les sprinters y ont cru. Ils ont eu tort, à l'image de Thor Hushovd qui fit rouler les Crédit Agricole pour échouer à la 15e place. La bosse de Cadoudal était une occasion trop tentante pour Valverde de rentrer du bois pour l'hiver.
Le champion d'Espagne est un specialiste de ce type d'arrivée en bosse. « Si Bettini n'est pas là, c'est même le meilleur du monde », résume Voeckler, tout heureux dans son maillot à pois. C'est en effet dans un registre de spécialiste des classiques, plus que de sprinter ou de favori du Tour, que Valverde a réalisé son numéro hier. Un démarrage impressionnant, à 300 mètres de la ligne, pour aller déposer Kim Kirchen (vainqueur de le Flèche Wallone cette année) et s'offrir le premier maillot jaune.
Pour lui comme pour son équipe, le plein de confiance est déjà fait. Nicolas Portal, son fidèle équipier, en convient. « J'ai roulé une bonne partie de la journée pour qu'Alejandro puisse conclure à l'arrivée, ça fait du bien de voir qu'il a mis la balle au fond. Là, on est soulagé d'une forme de pression. »
Des rivaux vigilants. Francis Laffargue, le porte-parole de la formation ibérique est plus imagé encore. « Alejandro a passé son examen blanc avec succès. Bien sûr qu'il espérait gagner aujourd'hui. Bien sûr aussi qu'il espère remporter le Tour. Mais vous ne l'entendrez pas le clamer sur tous les toits. C'est tellement facile de raconter tout l'hiver : "Je vais gagner, je vais gagner". C'est plus difficile de le faire. »
D'ailleurs, si Valverde a fait impression hier, il n'a pas non plus assomé le Tour. Ses principaux rivaux ne se sont pas laissé surprendre. Cadel Evans surtout, qui n'a concédé qu'une seconde sur la ligne. L'Australien est en forme et ne se laisse pas piéger. C'est plutôt bon signe pour la suite. Le reste des prétendants est pointé à 7 secondes, une broutille. La course est donc lancée. Malheureusement, la nervosité du peloton a envoyé une bonne dizaine de coureurs au tapis. Outre Hervé Duclos-Lassalle (lire par ailleurs), la principale victime de la journée s'appelle Juan Mauricio Soler qui a laissé trois minutes dans l'affaire. S'il repart ce matin, le meilleur grimpeur du Tour 2007 devra sans doute s'accrocher. Car la course au maillot jaune sera encore ouverte sur la route de Saint-Brieuc où l'arrivée est encore en côte. En 2004, Pozzato s'en était régalé. Mais à l'époque, Valverde n'était pas encore là...
Source: SudOuest.com



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