Nashville dans l’Etat du Tennessee. A l’université de Belmont, ce mardi 7 octobre 2008. Il est 20h00 dans la capitale américaine de la musique (01h00 GMT mercredi). Les deux candidats à la Maison-Blanche, John McCain et Barack Obama, sont de nouveau, et cela, pour la deuxième et avant-dernière fois, face à face pour un débat télévisé.
Dans la salle, sont également présents un animateur télé et environ 150 électeurs indécis, sélectionnés pour poser directement des questions. Devant leurs petits écrans, plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs. A quatre semaines de l’élection présidentielle, va-t-on assister à une lutte aux couteaux entre les deux adversaires, comme le laissaient présager les attaques personnelles, qui ont marqué la campagne ces derniers jours ? Que nenni !
Pour cette deuxième joute oratoire, les candidats républicain et démocrate se la sont joué à la florentine : pas de coups bas, pas d’insultes, pas d’insinuations malveillantes, pas d’accusations grossières, pas de sarcasmes. Une élégance politique qui procède davantage de la conjoncture économique que d’une disposition d’esprit des deux prétendants à la magistrature suprême.
Parce que, dans le contexte actuel de crise financière, qui ébranle la Mecque du libéralisme, que se voulaient les USA, les Américains, qui ne savent plus à quelle thérapie économique se soumettre, ne sont plus d’humeur à s’extasier d’empoignades verbales viriles.
Une nouvelle donne dans la course vers la Maison- Blanche si ce n’est un obstacle supplémentaire pour le républicain McCain, qui a commis la bourde de dire que les fondamentaux de l’économie américaine sont solides, pour être, quelques jours plus tard, démenti de manière on ne peut plus péremptoire par une crise économico-financière, qui n’est pas sans rappeler l’époque du New deal ; en revanche ce fut plutôt une baraka pour Barack Obama.
En effet, cette crise financière, dont on redoute les contrecoups sur les plans social et économique, est vécue par nombre de Yankees comme un échec du tout libéralisme, théorie sacramentelle du camp des républicains. Et le sénateur de l’Arizona, aussi coriace soit-il, va payer, peu ou prou, cette bérézina économique, dont sa famille politique est tenue pour responsable. Déjà, un membre du staff de la campagne de McCain s’inquiétait de l’effet corrosif de cette crise sur les intentions de vote en faveur de son candidat : « Si on continue de parler économie, on est mort ».
Si au terme des 90 minutes, le candidat républicain n’a pu soigner son score dans les sondages, rien non plus n’est gagné d’avance pour son rival, crédité, à la sortie de ce deuxième duel, de 5 à 7 points d’avance. Mais une chose est sûre : en survenant en pleine période électorale, le krach financier intervient comme un grand électeur dont la voix, incontestablement, jouera en faveur du parti de l’âne, symbole des démocrates.
A moins que le plan Paulson, soins d’urgence de plus de 700 milliards de dollars, destiné à renflouer les banques en cale sèche, ne remette, avant l’échéance du 4 novembre, le système financier américain à flots. Mais ça, c’est une autre affaire, dans laquelle même les républicains hésitent à engager le pari.
Alain Saint Robespierre
© L'Observateur



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