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La «bad bank », nouvelle solution miracle à la crise financière ?
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Publié le 17/02/2009 13:22 par Q. Oran

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L'expression ne se traduit pas en «mauvaise banque», en français on utilise plus volontiers les expressions plus précises de «banque de défaisance» ou banque de «cantonnement». L'appellation anglaise correspond néanmoins à la réalité technique puisqu'il s'agit de soulager les banques d'actifs toxiques, c'est-à-dire les crédits non remboursés, pour les placer dans une structure ad hoc. Les mauvaises créances sont transférées à une telle structure de défaisance qui aurait pour mission d'essayer de récupérer ce qui peut l'être auprès des débiteurs. C'est, en théorie, une pure opération d'assainissement bancaire qui permettrait aux banques de pouvoir prêter à nouveau.

En délestant les bilans des banques de leurs actifs douteux, l'on contribue à restaurer la «confiance» du marché. Mais transférer un problème n'est pas le résoudre. Surtout s'il s'agit d'actifs dont la valeur réelle est très loin de leur valeur nominale qui se chiffre potentiellement en milliers de milliards de dollars. Cette démarche, certes coûteuse, a prouvé son efficacité dans la gestion de cas isolés comme pour le Crédit Lyonnais français, mais elle est problématique quand il s'agit de tout un système. L'exercice est autrement plus complexe à tous égards dans une crise globale. A plus forte raison quand nul ne sait précisément quelle est la dimension du problème. Mettra-t-on en place une «mauvaise banque » pour chaque banque à sauver - et elles sont légion - ou bien s'agira-t-il d'une méga-bad bank ? Le casse-tête juridico-financier est colossal.

Beaucoup d'experts ne sont pas convaincus par l'applicabilité d'une telle démarche. Le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, a relevé que le problème de la «bad bank» est encore mal étudié. «Même aux Etats-Unis, ils ne savent pas comment la créer. Il y a beaucoup de problèmes techniques, de problèmes systémiques (...) On comprend l'idée, mais la question du coût d'achat des actifs et de qui va conserver ces actifs dans la durée reste posée». De fait et avant tout, comment valoriser des créances impayées dans un contexte de crise générale ? Une manière de mettre le doigt sur le fond du problème, celui de la détermination de l'ampleur des pertes finales : mille, deux mille ou dix mille milliards de dollars ?

La «bad bank» qui commence à s'imposer comme «unique solution» à la crise risque, vu sa taille probable, d'être une médication difficile à faire admettre aux contribuables des pays concernés. Mais les termes de la situation sont connus: si le système bancaire s'effondre, la crise va s'aggraver hors de tout contrôle. Au fil des plans de sauvetage, le coût direct de l'apurement du système financier est déjà monumental et sans effet réel sur le rétablissement de la confiance. Il n'est pas sûr que la multiplication onéreuse de structures de défaisance puisse renverser la tendance à brève échéance. Or, en la matière, le temps est le paramètre décisif ; si la crise dure, ses conséquences sociopolitiques seront de plus en plus critiques. Autrement dit, si les mesures techniques de sauvetage - qui tardent à se mettre en place - font long feu, ce n'est plus le système financier qui sera mis à bas mais bien l'ordre politique du libéralisme.

M. Saâdoune

 
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