Pour la première fois en Afrique, un Président pense le long terme et planifie une politique touristique dans ce sens. Le Sénégal est la première destination touristique de l’Afrique francophone sub-saharienne ; il est normal qu’il offre une statue de cette envergure à la fois pour le tourisme mondial mais également pour un brassage des populations africaines. Cette statue est donc un acte positif sur le plan culturel, politique, économique et historique. Pourtant, elle fait débat.
En 2000, l’Afrique nous avait fait le coup de la Nouvelle Initiative Africaine ; l’initiative pour la renaissance africaine, rebaptisée le NEPAD ( New Partnership for African Development - Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique). Celle-ci (l’initiative) était un corpus de mesures audacieuses pour une reprise en main du destin d’une Afrique retrouvée et unie dans l’effort qui devait conduire à son décollage économique. Un véritable enthousiasme avait accompagné la bonne nouvelle. Dans la foulée l’OUA était devenue l’Union Africaine en 2002. Un nouveau cycle s’ouvrait et une nouvelle base programmatique allait le porter.
Parmi les initiateurs du NEPAD, il y avait le Président Abdoulaye Wade. Les autres sont le Président Egyptien, Hosni Moubarak, le Président de l’Algérie Bouteflika, l’ex Président du Nigéria, Olesegun Obasandjo et l’ex Président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki.
Une décennie plus tard, c’est cette statue du Président Abdoulaye Wade qui est l’évènement fondateur majeur de l’esprit de cette nouvelle Afrique. Pas étonnant que le Président Wade l’ait baptisée (la statue) "Monument de la renaissance africaine".
La statue est le produit d’un prêt négocié entre la Corée du Nord et le Sénégal. Elle a coûté près de 20 millions $ et a été dessinée et conçue par le Président lui-même. Le Président Wade est un artiste dans . La statue est monumentale, puisqu’elle est plus haute (50 m) que la statue de la liberté (46 m). Au-delà du paramétrage, ce qui compte ce sont les trois valeurs condensées dans cette statue : sa valeur touristique, son panafricanisme et la mémoire à laquelle elle fait référence.

"cette statue est l’expression d’une puissante idée sortie d’un esprit puissant et qui rend hommage au voyage de nos ancêtres esclavagisés sans être esclaves" Rév. Jesse Jackson au Sénégal
Pourtant le débat s'est enflammé au Sénégal entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. C'est que les uns et les autres ne raisonnent pas sur le même axe temporel : les partisans de l'ouvrage raisonnent sur le long terme dans le sens de la trajectoire oblique qui part du bras tendu de la femme, s'élève en hauteur vers le bras tendu et le doigt pointé de l'enfant au lointain et à l'horizon. Les opposants à la statue raisonnent à court terme.
Les sémiologues de l'art savent que la ligne oblique exprime le mouvement et la dynamique. La statue de la renaissance en comporte plusieurs. Toutes ces obliques traçées par les bras, les visages, les jambes et les corps associées à la puissance de la musculature du mâle ajoutent une poussée à la ligne oblique centrale des bras qui traverse la statue de la renaissance. On est là entre violence de l'histoire coloniale, réveil de l'Afrique et affirmation de l'engagement : la Renaissance. Pour naître de nouveau, il faut avoir été mort. Le passé est là. L'avenir aussi. Il manque le Présent, et c'est sur ce présent absent et ignoré que les opposants fondent leurs critiques sur la gouvernance du Président Wade.
La question est celle-ci : faut-il sacrifier la dimension culturelle et la mémoire historique sur l’autel de l’urgence à traiter la misère ? Si on pose la question de cette façon-là, on rejette la statue de la renaissance africaine.
En revanche si on pense que la culture peut constituer une politique de développement - touristique en l’occurrence - et servir d’outil dans le traitement de la misère, le Président Wade a raison et sa statue est légitime. En plus elle allie la Noblesse de l’africanité à la puissance de sa souffrance historique exprimée dans la tension extrême contenue dans ce bel ouvrage.
Le Révérend Jesse Jackson a ainsi pu dire, à l'inauguration de la statue, samedi dernier, que ""cette statue est l’expression d’une puissante idée sortie d’un esprit puissant et qui rend hommage au voyage de nos ancêtres esclavagisés sans être esclaves".
Un tourisme commémoratif vit aujourd'hui notamment au Ghana et au Sénégal où les Américains viennent visiter les points de départ de leurs ancêtres situés en bordure de mer avec les cellules où étaient enchaînés les esclaves rebelles, les plus résistants qui ne voulaient pas partir. L'ïle de Gorée est l'un de ces lieux de mémoire de l'esclavage. Il est possible d'y organiser à l'avenir des pèlerinages sur le modèle de ce qui se fait sur les lieux saints.
Par Elise Mbock



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