L'indignation et la colère étaient à leur comble au sein des ONG soutenant Aminetou Haidar et de plusieurs partis politiques, après avoir appris que Madrid avait arraché de Rabat uniquement l'autorisation technique de vol émis par l'aéroport de la ville d'El Aaiun occupée. Devant son "incapacité" à résoudre la situation de la militante sahraouie Aminetou Haidar, en grève de la faim illimitée à Lanzarote (Canaries), et suite au cafouillage diplomatique qui a marqué son retour avorté au Sahara Occidental, le gouvernement espagnol se trouve dimanche au centre de vives critiques de la part de partis politiques, d'ONG et de la presse locale.
Alors que le "oui" politique du Maroc, celui qui aurait permis à la "Gandhi sahraouie" de retourner dans sa patrie, n'avait pas été accordé. La plate-forme de soutien à la militante sahraouie a récusé dans ce sens l'équipe du ministère des Affaires étrangères espagnol dépêchée depuis plusieurs jours à l'aéroport de Lanzarote, en la qualifiant "d'inefficace", tout en l'accusant de "tromper" Haidar.
L'acteur espagnol, Willy Toledo, qui se trouve depuis plus de deux semaines aux côtés de Haidar à Lanzarote a dénoncé ainsi la "tromperie et le mensonge" du directeur de cabinet du MAE espagnol, Agustin Santos, qui avait promis pourtant à l'activiste sahraouie que "toute l'opération (de retour) était consentie par les deux gouvernements (espagnol et marocain)".
"Ce n'était, en fait, qu'un plan ourdi pour laisser Haidar à l'aéroport d'El Aaiun sans aucune protection", a-t-il dénoncé. L'intransigeance du Maroc qui interdit le retour d'Aminetou Haidar au Sahara Occidental a été perçue par la classe politique espagnole comme une "humiliation" pour l'Espagne.
Le Parti populaire (PP-droite), le principal parti d'opposition, a appelé le gouvernement espagnol à exercer une "pression plus sérieuse" sur le Maroc en lui appliquant la tactique du "bâton et la carotte", à partir de janvier prochain lorsque l'Espagne présidera l'UE, pour "l'humiliation" que suppose pour l'Espagne le cas Haidar.
Pour le porte-parole de l'Immigration du PP, Rafael Hernando, cette affaire trouve son origine dans la "maladresse" du ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos qui a accepté l'entrée de Haidar en Espagne.
Il a également critiqué le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, "incapable de faire des pressions sur le Maroc".
Un autre responsable du PP, Javier Fernandez-Lasquetty, a affirmé que l'attitude de l'exécutif espagnol dans cette affaire "couvre de honte et le gouvernement et tous les espagnols".
Rappelant la promesse faite par Zapatero à son arrivée au pouvoir en 2004 de régler le problème du Sahara Occidental en six mois, le responsable du PP a souligné : "Nous voyons aujourd'hui les conséquences de ces mensonges, de ce double jeu et nous voyons la honte d'avoir une femme défenseur des droits de l'Homme, défenseur du droit du peuple sahraoui à décider librement de son propre destin, conformément aux résolutions des Nations unies, transformée en monnaie d'échange".
Le cas Haidar a été analysé aussi par la presse espagnole comme un camouflet infligé au gouvernement espagnol qui a opté pour un profil bas devant le Maroc pour préserver ses "bonnes relations" avec ce pays, au détriment de la défense des droits de l'Homme au Sahara Occidental.
Pour l'éditorialiste d'El Mundo (droite), "le président (Zapatero) doit préciser clairement à Rabat qu'il ne saurait y avoir de relations diplomatiques normales entre les deux pays tant que les autorités marocaines continuent de violer les droits de l'Homme de manière si flagrante".
"Si nous avons déjà écrit que le Maroc est en train de se moquer de Zapatero dans le cas de l'activiste sahraouie, nous devons ajouter aujourd'hui que la faiblesse du gouvernement espagnol devant Mohamed VI est en train de mener la situation au bord de l'abîme", écrit encore El Mundo dans son édition de dimanche.
Dans son édition de samedi, El Mundo rappelait que le Maroc "a boycotté systématiquement toutes les résolutions de l'Onu sur l'ancienne colonie espagnole et torpillé toutes les initiatives de médiation internationale".
Le journal El Pais (proche des socialistes), observe, pour sa part, que les "relations entre les deux pays se sont tendues au maximum et l'épisode, quel que soit son dénouement, aura des répercutions politiques, d'abord sur le conflit sahraoui même".
Le journal madrilène estime également "qu'en ridiculisant les démarches effectuées par le gouvernement espagnol, le Maroc a assuré à la cause, que non seulement défend mais incarne Haidar, une large audience internationale, particulièrement en Espagne".
"Rabat a agi de façon arbitraire et inacceptable avec Haidar", conclut El Pais.



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