A la une de l'actualité RSS
 


Actualité Editorial
Algérie-France : Une relation loin des passions
  0 commentaire  |   Articles du même auteur  |   Envoyer à un ami  |   Imprimer l'article
Publié le 23/02/2009 08:54 par Q. Oran

Aucun commentaire n'a encore été posté.

 Réagissez maintenant à cet article !
 
Photo : Algérie-France
|

La relation algéro-française a été mise, hier, entre les mains des intellectuels et des représentants de la société civile en vue de sa requalification, loin des passions des politiques et des exigences de la mémoire.

Une première dans leur histoire respective, le Conseil national économique et social (CNES) et son homologue français le CESE ont procédé à une tentative assez particulière, celle de requalifier la relation entre l'Algérie et la France.

«Nous ne devons plus parler de normalisation de la relation franco-algérienne, qui nous renvoie à un monde ancien mais de sa requalification par le rôle indépassable des sociétés civiles organisées,» a lancé, hier, Jacques Demargne, président du CESE. Les deux conseils, algérien et français, veulent par ce travail de recentrage du débat entre les deux pays, tenter de réussir une gageure que les politiques continuent de perdre à chaque fois que l'occasion se présente à eux pour la réussir.

C'était, hier, au palais des Nations de Club des pins que les représentants des deux conseils se sont rencontrés pour discuter d'une relation des plus passionnelles au monde. Ils sont convenus, ainsi, de tenir une session conjointe sous la présidence de leurs premiers responsables, Mohamed Seghir Babes du côté algérien et Jacques Demargne de celui français.

Comme annoncé dans l'édition du «Quotidien d'Oran» du samedi du 21 février 2009, les initiateurs de cette rencontre veulent, par son organisation, trouver des «clés pour comprendre et requalifier la relation Algérie/France», ceci en traitant du «rôle indépassable des sociétés civiles organisées face aux défis et enjeux d'une mémoire apaisée car assumée et partagée.»

Un rôle que Mohamed Seghir Babes estime à même «d'indiquer et d'éclairer de nouvelles pistes de coopération aptes à féconder un futur à imaginer puis à construire, pour un plus grand bénéfice partagé entre nos communautés respectives.»

Le président du CNES estime que les conseils économiques et sociaux en sont capables «du fait de leur composition visant à rassembler, dans un même espace de dialogue et de concertation, les plus larges couches de la société intégrant, tout à la fois, les représentants habilités des pouvoirs publics, ceux de la société civile, ceux également des organisations patronales, des syndicats, des élus locaux ainsi qu'un noyau de personnalités qualifiées et indépendantes (...). »

Pour ce qui est de l'Algérie et la France, le président du CNES s'interroge «comment ne pas réaliser l'ampleur des potentiels latents que le plus élémentaire des réalismes nous invite à explorer, tant la densité d'une certaine histoire, au-delà des indignités et des violences faites à l'homme et de ses intolérables et récurrents dénis, au-delà de ses tourments tenaces et de ses sourds tumultes, maintes fois, vigoureusement résurgents, le tout conjugué aux prégnances incontournables d'une géographie qui a, naguère, taquiné puis figuré l'espace/monde selon l'acceptation de Fernand Braudel; ce tout disais-je est plus que jamais là pour nous rappeler à un impérieux devoir de conscience.»

 Il semble s'être entendu avec le président du CESE français pour souligner que «le caractère si singulier de cette relation (place) au plus haut niveau d'exigence, l'effort requis de chacun d'entre nous pour, sans relâche, nous inciter à nous remettre sur le métier en vue de réhabiliter et de crédibiliser une perspective refondatrice marquée au coin de la responsabilité paritaire et adulte (...) et donc portée naturellement à nous faire scruter tous les possibles imaginables d'un devenir à bâtir d'un regard serein et apaisé, car assurés de le faire à bénéfice partagé.»

«Dépasser la guerre des mémoires»

Babes n'omet pas de rappeler qu'«au-delà des relations politiques marquant la relation d'Etat à Etat (...), il convenait, plus que jamais, au moment où le rôle de la société civile prend tout son sens dans un monde en plein bouleversement, que les sociétés civiles d'Algérie et de France s'approprient la dynamique du partenariat pour lui imprimer une impulsion nouvelle à hauteur de leurs ambitions communes.» Son rappel des affres du terrorisme vécu par l'Algérie l'oblige à noter que «cette immense posture historique est à saluer pour sa portée inégalable tout en signant sa jonction avec le geste héroïque de notre combat libérateur.» Partageant les mêmes principes que le président du CNES, le président du CESE français affirme, pour sa part, que «l'histoire nous invite à un peu plus de modestie.» Il confirme que «ce sont les sociétés civiles qui ont à tourner les pages de ce grand livre du destin.» Sociétés civiles qu'il qualifie «de témoin réel, porteuses de valeurs, de raison de justice, de progrès et d'équilibre.» Il estime que «la France et l'Algérie sont tenues de vivre ensemble.» Il faut pour cela «avancer sur des projets concrets de coopération.» L'incarnation du capital humain en est la première condition sans laquelle, dira-t-il «on ne peut prétendre bâtir un monde de justesse et de justice.» La consolidation de la relation permettra aux deux pays, selon lui, «de sortir de la crise.» Il fera de son évocation de l'Union pour la Méditerranée (UMP) la conclusion de son intervention. «L'heure est pour construire l'Union pour la Méditerranée et le chemin pour cela passe en priorité et tout autant par Alger que par Paris.»

La problématique de la requalification de la relation entre les deux pays a été abordée plus tard par Hassan Remaoun pour le compte de l'Algérie. L'universitaire a commencé par souligner «les enjeux de la mémoire commune entre l'Algérie et la France,» en vue de «démystifier le regard sur le passé pour mieux préparer l'avenir.» Ses mots clés «histoire, mémoire, France et Algérie, colonisation, indépendance, archives, traditions et enjeux historiques, société civile... » Il rappellera pour cela les faits historiques marquants de la période coloniale. Mais pour «dépasser la guerre des mémoires», Remaoun propose que se tiennent des rencontres entre les historiens et les associations des deux pays pour des échanges et des travaux collectifs. Il tient à souligner, en dernier, qu'«il faut condamner résolument tout état de colonisation.»

Les Français persistent et signent...

Du côté français, c'est Alain Gérard Slama qui viendra plaider la cause de cette requalification de la relation entre les deux pays. «Je pensais m'asseoir sur une chaise d'une température élevée mais je constate que la température est assez raisonnable, c'est le signe d'un esprit d'apaisement et de sérénité comme nous le voulons.» C'est par cette phrase qu'il donnera le ton de sa communication. Il signalera «ce malin besoin d'oubli» parce que dira-t-il «il est temps d'écrire l'histoire.» Il propose pour cela que «nous nous obligeons réciproquement à utiliser tous nos fonds d'archives.» Mais il insistera beaucoup sur cette nécessité de «dépasser la mémoire pour rentrer dans le travail de l'histoire.» Il estime que pour construire une identité nationale, il faudrait passer de la mémoire à l'histoire.» Selon lui, il est temps d'écrire ce qu'il appelle «le roman national.» Parce qu'«on a longtemps vécu cette histoire d'amour et de haine, qui a été plus difficile à vivre pour les musulmans d'Algérie que pour les petits blancs, quoiqu'une fois arrivés en France, ils se sont rendus compte qu'elle était bien difficile...» Bien qu'il partage tout ce qui a été dit par les conférenciers qui l'ont précédé, Alain Gérard Slama fera cependant «une sortie» qui est totalement en décalage avec la réalité des deux pays. Il évoquera la fameuse loi du 23 février 2005 qui glorifie le colonialisme français mais il lancera «je n'ai pas à juger du fond, j'estime qu'il n'y a pas de repentance à faire de la part de l'Etat mais c'est aux sociétés civiles de le faire.» Il soulignera que «c'est là où se trouve, pour moi, l'intérêt de cette conférence, non pas pour dédouaner l'Etat mais c'est parce que leur intervention est la seule qui serait, peut-être, efficace.» Il refuse que les tribunaux sanctionnent les crimes, «ce n'est pas leur rôle, dira-t-il, il faut faire confiance aux communautés scientifiques, l'histoire a aussi une éthique.» Pour lui, les deux pays ont «besoin de reconnaissance mutuelle, parce qu'il y a eu humiliation des deux côtés, ça c'est indiscutable!»

Il semble que le conférencier français a placé le décor au milieu duquel les sociétés civiles doivent commencer leur travail de requalification de la relation entre l'Algérie et la France. Sauf qu'il n'a pas dit comment les sociétés civiles pourraient-elles faire la repentance d'un crime qu'elles n'ont pas commis sans pour autant dédouaner les Etats quand ils sont colonisateurs? Et si Slama estime que «l'humiliation a été des deux côtés», c'est qu'il a décidé de mettre dos à dos bourreau et victime.

C'est comme si les Français veulent faire comprendre aux Algériens qu'ils persistent et signent dans leur refus de la repentance. C'est dans la profondeur et la complexité d'une telle approche qu'est débattue, depuis une cinquantaine d'années, la relation entre l'Algérie et la France.

Ghania Oukazi

 
Vous avez une info, un scoop, une image, une vidéo ? Inscrivez-vous pour publier sur www.continentalnews.fr
Commentaires sur cet article (0)
Aucun commentaire actuellement.


Soumettre un commentaire sur cet article
Vous devez être identifié à Continental News pour poster des commentaires. Cliquez ici pour vous inscrire.

Continental News | Contactez-nous | Conditions générales d’utilisation | Annoncer sur notre site