Henri Meschonnic, poète, traducteur de la Bible (Ancien et Nouveau Testaments), critique, théoricien du langage et polémiste, est décédé le 8 avril dernier à 76 ans.
Henri Meschonnic est régulièrement intervenu dans le Forum des langues du monde. Il fut président du Centre national des lettres, devenu en 1993 Centre national du Livre.
Henri Meschonnic a enseigné longtemps la linguistique et la littérature à l'Université Paris VIII. Poète, traducteur de la Bible, essayiste, il a proposé une anthropologie historique du langage qui engage la pensée du rythme dans et par l'historicité, l'oralité et la modernité du poème comme discours et du sujet comme activité spécifique d'un discours. Une série d'essais, depuis Pour la poétique jusqu'à Politique du rythme, Poétique du rythme en passant par Critique du rythme, Anthropologie historique du langage ont engagé un chantier considérable qui a des effets dans maintes disciplines à partir d'une attention forte à la littérature et à la théorie du langage en faisant du poème un opérateur éthique de valeur pour tous les discours, ce qui engage une critique de la poésie pour que le poème ne soit plus confiné à un genre ou à une forme. Le poème devient par l'attention au rythme comme subjectivation dans et par le langage, un appel à l'écoute de ce qui invente chaque fois spécifiquement un continu langage, histoire, société. C'est dans ce mouvement de la pensée, associant étroitement l'écriture poétique, la traduction et l'essai que Meschonnic a retravaillé contre bien des académismes, et en particulier contre le structuralisme, les propositions de Wilhelm von Humboldt, de Ferdinand de Saussure et d'Émile Benveniste. Sa linguistique du discours met l'attention à la langue et donc toute préoccupation grammaticale dans la dépendance d'une écoute du rythme et de la prosodie, d'une pensée de l'oralité et du continu de tout discours comme activité trans et intersubjective.
Comme théoricien de la traduction, Meschonnic oblige à ne pas se contenter d'une traductologie qui se sépare à bon compte de l'éthique ou au contraire se contente de grands principes qui ne permettent pas de travailler l'historicité des traductions au coeur de l'activité de traducteur. Son expérience longue de la traduction de la Bible l'a conduit à poser que bien des traductions sont des effaçantes soit de la langue-culture de l'original, soit du travail spécifique du traducteur.
L'œuvre poétique de Henri Meschonnic commence par des « poèmes d'Algérie » publiés dans la revue Europe en janvier 1962, mais c'est surtout avec Dédicaces proverbes (prix Max Jacob, 1972) qui comporte quatre fortes pages liminaires que l'aventure d'un « langage qui n'a plus rien à faire de la distinction utile ailleurs entre dire et agir, qui n'a plus rien à faire de l'opposition entre l'individuel et le social, entre la parole et la langue », commence. Aussi tous les livres qui suivent sont-ils tous à considérer comme autant de poèmes en cours participant à une seule et même aventure, « ni confession, ni convention », c'est-à-dire à rebours de tout ceux qui à la même époque se complaisent dans l'écriture du moi ou dans le « psittacisme formaliste ». Il faudrait observer les départs de la pensée que les poèmes offrent, en y ajoutant bien évidemment les traductions de la Bible. Départs que les essais vont souvent ouvrir à des perspectives décisives dans la recherche de Henri Meschonnic. Texte sous les termes de la licence de documentation libre GNU - Source : Wikipedia- (Historique)



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