L'équipe de France de sabre championne olympique à Athènes, hurlant sa joie dans un palais des sports de fortune le long d'une plage ; et lui, bras balants et arme inutile, retenu par le règlement sur la chaise d'équipe.
Ce jour-là, Boris Sanson s'était mis en tenue, échauffé et crut même avoir droit à la lumière quand l'aîné des Touya se fit transpercer la main. Le Tarbais surmonta la douleur, finit le travail et repoussa - involontairement - le Bordelais dans l'ombre.
Ni podium, ni médaille, rien pour ce remplaçant de luxe alors que d'autres sports n'hésitent pas à ouvrir le coffre aux trophées. « Je n'ai jamais voulu de revanche car il faut savoir positiver et trouver dans chaque situation un motif psychologique pour avancer », répétait encore le nouveau champion olympique avec sa retenue et ses mots de garçon bien élevé. Car hier, Boris Sanson était sur la piste. Mieux, il fut le tireur déterminant d'une journée de sabre qui effaça totalement une épreuve individuelle décevante et une entrée en scène, au saut du lit contre l'Égypte, pas vraiment rassurante.
Coquins de bonne famille. Vint alors le match contre l'Italie. Une confrontation dans la tradition du sabre entre coquins de bonne famille, entre bluff et comédie. « Boris a été énorme », dira Nicolas Lopez le médaillé d'argent de l'individuelle. Et le malheureux Occhiuzzi a dû avoir du mal à s'endormir. Un 11-3 du Bordelais envoyait les Français vers une finale où ils allaient retrouver les Américains vainqueurs des Hongrois, champions du monde puis des Russes.
« Les garçons tenaient à montrer que leur victoire d'Athènes avait des lendemains brillants, alors que les Touya ont raccroché et qu'il ne restait que Pillet de l'équipe de 2004 », soulignait Jean-Philippe Daurelle, médaillé olympique en 1992 qui a eu le courage de prendre une équipe à reconstruire.
Et pour la 115e médaille olympique (depuis 1896) de l'escrime, il n'y eut pas le moindre frémissement. Face aux Américains, une force tranquille, épaisse et guerrière avançait avec fougue, rugosité et précision : Boris Sanson.
« Si on veut choisir la dentelle, il ne faut pas faire de sabre », jubilait Jean-François Lamour, champion olympique individuel (1984 et 1988), 3e encore en 1992, épaté par l'envergure et la dimension soudaine du Bordelais.
Deux matches remportés 5-1 et 5-2 ôtaient tout suspense à une rencontre à sens unique (45-37). « Il a submergé ses adversaires et il a envoyé », appréciait l'épeiste Philippe Riboud, autre légende de l'escrime tricolore qui sait ce qu'escrime physique signifiait.
Équipe en or. Un parcours déterminant et rassurant sur la piste pékinoise à défaut d'être sans faute, de la part de ce touche-à-tout du sport qui commença par la natation à Mérignac et au BEC au point de se retrouver, à 10 ans, dans les bagages des cousins nageurs puis triathlètes sur la route de Font-Romeu pour un sport études qui ne l'amusait guère.
Poussant la porte de la salle du CAM avenue de la République à Caudéran, « au pied de la maison », il y trouva l'expression d'un rare talent. Et son mètre quatre vingt douze a déjà marqué quelques esprits. Mais à 28 ans, cet authentique artiste, tantôt peintre, danseur, surfeur et bientôt kiné, vient de rejoindre le clan des médaillés d'or du Sud-Ouest en escrime (1).
Concluant chaque point bras tendu vers les cintres, un doigt où brillait une alliance que les parents partagèrent entre les deux frères, Boris Sanson, délicieux de calme et de retenue devant les louanges à propos de la performance exceptionnelle qu'il venait d'offrir, se retrancha derrière quelques mots de remerciements et une brève mais émouvante allusion au père, parti il y a trois semaines, à qui il offrait simplement cet or.
(1) Jehan de Buhan (trois titres au fleuret), Christian Noël et Brigitte Latrille (champion par équipes au fleuret), Lionel Plumenail (argent par équipes au fleuret) et Hervé Granger-Veyron (2e et 3e au sabre par équipes en 84 et 88).
Source: Sus Ouest



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