Par Bedel Baouna
Sans y songer, les jury des prix littéraires ont peut-être donné une réponse aux "urgentistes" du débat sur l'Identité nationale". Souvenez-vous : il y a trois ans, Alain Mabanckou recevait le prix Renaudot, pour Mémoire de porc-épic (Seuil), un roman linéaire et très accompli, où les tarditions ancestrales africaines exécutent une rumba merveilleuse. Le narrateur est le double de l'animal de Kibandi, un sorcier meurtrier qui emporte tout sur son passage jusqu'au jour où, par imprudence, il se frotte à plus fort que lui. Il y a un an, Atiq Rahimi recevait le prix Goncourt pour Syngué Sabour (POL), un roman hautement catarthique. La narratrice, au chevet de son mari, liquide ses souffrances dans un pays en guerre et où la femme est l'objet de toutes les vexations. Il y a deux mois, Marie Ndiaye a réçu le prix Goncourt pour Trois femmes puissantes, un roman puissant et rédigé avec intelligence. Trois portraits de femmes poignants et attachants. Dans la foulée, Dany Laferrière a reçu le prix Médicis pour L'énigme du retour, un roman émminenent poétique et limpide. Une sorte de Cahier d'un retour au pays natal... Les deux points communs entre ces écrivains, c'est qu'ils écrivent dans un français parfait, et pourtant... ils ont des racines venues d'ailleurs. Alain Mabanckou n'oublie pas son Congo natal ; Atiq Rahimi célèbre son Afganistan ; Marie Ndiaye ne s'est pas "fâchée avec ses origines" ; Dany Laferrière est retourné dans son Haïti après trente ans d'absence. Aucun de ces écrivains ne prononce le mot "Francophonie", peut-être parce que cette institution ne sert à rien. Qu'à cela ne tienne ! Ils font vivre la langue de Molière, la manient avec une aisance voluptueuse. De ce fait, ce sont des Français, du moins ils se sentent Français. Dans l'avant-propos de sa brillante Composition française, l'historienne Mona Ozouf écrit : "Quand je pense à la manière dont les Français ont senti, pensé, exprimé leur appartenance collective, deux définitions antithétiques me viennent à l'esprit. Elles bornent le champ de toutes les définitions possibles de l'identité nationale. L'une, lapidaire et souveraine, "la France est la revanche de l'abstrait sur le concret", nous vient de Julien Benda. L'autre, précautionneuse et révérente, "la France est un vieux pays différencié", est signé d'Albert Thibaudet." A écouter Julien Benda, "la France est la diversité vaincue"; "un produit de la raison, non de l'histoire"; une nation "surgit du contrat, bien moins héritée que construite". Alain Mabanckou, Atiq Rahimi, Marie Ndiaye et Dany Laferrière -- bien que ce dernier vive au Canada -- ont vaincu la diversité pour se fondre dans la nation France. Ils apportent à leur manière leur pièrre à la maison toujours en mouvement. Une réponse à l'inutile débat sur l'identité nationale. Voilà!



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