Par Ahmedtefor
Tout homme politique, opposant de surcroît, peut faire l'objet d'une récupération par le système auquel il s'oppose. Car, tout système qui n'intègre pas ses meilleurs éléments courra à sa faillite. Et les opposants sont parmi les meilleurs. Ils ont compris les règles du jeu. Et ils cherchent à les changer, en imposant d'autres, qui privilégient leurs intérêts. Et c'est le rôle et la raison d'être des officines de renseignement, comme la DST, de leur barrer la route et leur compliquer la tâche. Ainsi, de telles officines ont pour but de les surveiller, les approcher, les recruter, les retourner, et surtout de récupérer les récupérables. En fait, surveiller l'ennemi de classe, en vue d'une récupération, un emprisonnement et à défaut un assassinat pur et simple. Ce sont quelques-unes unes de leur fonction. Souvenons-nous d'un Idriss Benzekri, récupéré par le système après avoir purgé dix sept ans de prison, un Ahmed Herzeni, l'actuel président du CCDH et, autres encore.
Tout système, comme le nôtre, doit durer dans le temps. Donc, la stabilité est recherchée par tous les moyens légaux ou illégaux. Car, seul prime le résultat. Et l'essentiel n'est pas d'arriver au pouvoir, mais de l'exercer dans le temps, de durer. Et ceci via l'hégémonie et la coercition. La première est l'idéologie en gros, la deuxième est la force brute y compris l'assassinat politique des opposants. Et comme exemples, Mehdi Ben Barka, Omar Ben Jelloun et, d'autres.
Également, la population est la cible d'une guerre psychologique, sans relâche. Elle doit être occupée par ses problèmes, sinon on lui fabriquera d'autres. Et l'un des meilleurs outils d'une telle guerre est l'intoxication. Des rumeurs, des fausses informations, une mauvaise qualité de formation de base, la manipulation, une presse aux ordres, des programmes télé sur mesure ... En fait, infantiliser les masses. Ce sont un ennemi de l'intérieur, un ennemi de classe. Raison pour laquelle, la social-démocratie n'est pratiquable que dans les sociétés d'abondance, c'est-à-dire l'état-nation est transformé en un état social. L'ennemi n'est plus à l'intérieur, comme chez nous, mais à l'extérieur. Une politique de collaboration de classes est de mise. Car, il y a suffisamment de richesses pour donner à tout le monde, y compris les chômeurs. Et oui. N'en déplaise à Si Mohamed El Gahs.
Si Mohamed Sassi, l'actuel second du PSU, peut-il être récupéré par le Makhzen? Une simple question. Mais qui mérite une réponse, ou du moins des éléments de réponse à défaut d'une réponse complète. En politique, toute personne est récupérable. Attention, je ne dis pas récupéré. Il suffit de créer les conditions de sa récupération et, surtout d'y mettre le prix. Et le tour est joué. J'entends par conditions tous les évènements qui facilitent un contact physique, comme des débats politiques, la constitution d'associations dont le but ultime est d'approcher la personne cible en vue de son recrutement, étudier sa psychologie, ses faiblesses, ses fragilités, ses relations. En somme cerner sa personnalité et, le faire piéger par la suite de gré ou de force.
En créant le Conseil National de la Jeunesse et de l'Avenir, le Makhzen a pu "recruter"un Lahbib El Malki par exemple. Ledit conseil et, en principe, devrait résoudre le problème du chômage. Mais, c'était, en réalité, une interface de contact entre le Makhzen et les jeunes loups de l'USFP à l'époque. Et ce ne sont que des couvertures, en fait. Et toutes les fondations et autres institutions faites en dehors du gouvernement ont pour mission, entre autres, de récupérer des opposants au régime en place. D'où les budgets colossaux mis à la disposition de ces fondations. Corrompre et retourner les opposants d'hier. Et anticiper sur ceux de demain. Avec un salaire net pouvant atteindre vingt kilos, qui peut résister? Difficile. Très difficile.
Ceci dit, la formation de Si Mohamd Sassi en tant que juriste, son parcours, son profil psychologique, son mode de vie... pourraient concourir à sa récupération. Et les insinuations avancées par Fouad Ali El Himma dans des petites phrases assassines telles que: "on est lauréat de la même université", "on veut travailler ensemble" lors du débat organisé par le quotidien Al Massae, ainsi que la réception faite à son honneur par ce dernier en tant que ministre délégué à l'intérieur, vont dans le sens d'une récupération future. Question de temps et d'agenda. En le recevant sur le plateau de Mostapha El Alaloui, sur la première chaîne, Sassi s'est déclaré Bouaabidi. Comprenez un adepte de Bouaabid, une pure création du Makhzen, qui a "vendu" tous les opposants exilés à l'époque, y compris El Youssoufi, Fqih Bassri, et autres. Alors qu'il représentait au plateau, ce soir là, le PSU.
In fine, toute personne est faillible. Et en politique, il faudrait apprendre à se retirer de la scène après avoir préparé la relève et aller écrire ses mémoires. Et pour l'immortalité. Fonder des fondations de réflexion pour guider l'action politique, des think thanks. Remplir les fonctions de conseillers pour jeunes politiciens assumant une responsabilité. Chose que nos politicards sont incapables de faire et de comprendre. Car, l'institution n'a pas de place dans leur pensée. Seul prime la personne. Ce qui donne au Makhzen toutes les chances de les piéger et, de s'en servir comme des marionnettes et à vie. Indéboulonables. Ils sont chargés de mission auprès de la plèbe. Pour la calmer et, surtout la divertir. Et sans aucune culture d'obligation de résultats, ni cahiers de charge prédéfinis. D'où leur longévité dans des responsabilités politiques. Dommage pour ce "beau" pays du monde.



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