Ce n’est donc ni Tim Kaine, le gouverneur de Virginie, ni Evan Baugh son homologue d’Indiana, mais Joseph Biden, le sénateur du Delaware, qui a été retenu par Barak Obama comme son colistier à deux jours de l’investiture démocrate, prévue pour aujourd’hui lundi 25 août en principe. Voilà qu’au-delà de la personne choisie, le nom ce petit Etat niché à côté de Philadelphie est de nouveau sous les feux de l’actualité, car le Delaware est célèbre parce qu’abritant les sièges de nombreuses grandes sociétés, la fiscalité y étant très douce. Il avait promis d’informer ses ouailles par courriel et SMS de l’identité de son vice-président et il l’a fait, même si la surprise n’a pas été totale pour tout le monde, puisque la chaîne CNN a donné le nom de ce dernier sur les tubes cathodiques quelques minutes avant que certains ne reçoivent leur message au petit matin du samedi 23 août 2008.
Pour une des rares fois, les calculs de David Axelrod, ancien journaliste dans
un journal de Chicago et « faiseur d’image », et de Chris Hughes, le génie de l’internet, deux des hommes-clés de l’équipe Obama, ont été pris à défaut, mais ce n’est qu’un incident négligeable, dont l’effet est demeuré pratiquement intact chez certains, même s’ils ont modérément apprécié d’être réveillés à pareille heure.
Ainsi, c’est un vieux briscard de la politique américaine qui va désormais accompagner Barak Obama dans la conquête de la maison ovale le 4 novembre 2008. En effet, à 65 ans, Joseph Biden est à son 6e mandat de sénateur, soit 36 ans de présence au Congrès à Washington D.C. D’abord au comité judiciaire et criminel, puis au comité des affaires étrangères pendant longtemps avant d’en prendre la présidence en 2007.
Barak Obama/Joseph Biden, le ticket gagnant de la Maison-Blanche ? Pourquoi pas ! Ce choix est d’abord dicté par des impératifs géopolitiques et immédiats : l’hégémonisme des USA, quel que soit le président américain, est non négociable. Tout chef d’Etat yankee a la grandeur de l’Amérique chevillée au corps. Et qui dit puissance dit maîtrise politique, surtout de la politique internationale.
Qui mieux que Biden, qui a blanchi sous le harnais au comité des affaires étrangères du Sénat, peut répondre à ce besoin ? En faisant appel à ce vétéran des relations internationales, le champion démocrate comble là une lacune, qu’il traînait comme un boulet. Pourvu que la langue de Biden ne fourche pas comme en 1988 (1).
La récente guerre éclair dans le Caucase a aussi fait incliner la balance du côté du sénateur du Delaware : en l’espèce, cette crise géorgienne a donné une petite mesure du déficit du candidat métis en matière de maîtrise de politique étrangère : alors que son rival républicain arrivait à s’exprimer aisément sur la question, Obama a, lui, quelquefois balbutié, preuve que ce sujet n’était pas bien mâché. Ce qui fit penser à 2/3 des Américains, ces derniers jours, qu’Obama ne serait pas un bon commander in chief.
« Je veux un vice-président qui peut être président.... je ne veux pas d’un vice-président qui veut prendre les décisions à ma place », a martelé samedi dernier Barak Obama sitôt après la désignation de son colistier. Ce à quoi Biden a répondu « qu’il était prêt à être le président des USA » devant une foule « obamanisée » à Springfield, là même où, il y a près de 17 mois, Barak Obama avait lancé sa campagne.
Avec ce vice-président, on entame le grand tournant vers l’objectif final, car, après les démocrates, John Mac Cain devrait aussi se choisir un vice-président pour aller à l’investiture républicaine, prévue du 1er au 4 septembre à Minneapolis-Saint-Paul dans le Minnesota. C’est véritablement donc maintenant que les choses vont se dessiner, même si de nos jours le camp démocrate commence à montrer de petits soucis face à une certaine inertie de son candidat.
En clair, les démocrates savent que rien n’est gagné, surtout à l’heure où le candidat républicain est remonté dans les sondages et que ses critiques négatives ad hominem font mouche : le livre de Jérôme Corsi dépeignant le candidat démocrate comme un drogué ou encore le clip concocté par Mac Cain comparant Obama à un messie, à Moise notamment, obsédé par la surmédiatisation, ont eu des effets nuisibles sur les démocrates.
Ainsi, selon certains sondages, 6 des 5 présidents élus triomphalement depuis la seconde guerre mondiale avaient au moins 10 points d’avance dans les sondages à la fin du mois d’août. On y est presque en 2008, et le candidat noir n’a que 2 à 5 petites longueurs d’avance sur Mac Cain. « Il y a comme quelque chose qui freine sa progression », a affirmé Shanto Iyengar politologue à l’université Stanford, et ce quelque chose, selon lui, est la « couleur de sa peau ».
Ce qui ne signifie rien, a répliqué l’équipe du porte-étendard des démocrates, qui poursuit sa campagne « grassroots » (racines de l’herbe), c’est-à-dire fondée sur la mobilisation par petits groupes autour du projet porté par Obama sans oublier ...Internet, où cartonne les démocrates.
Les démocrates se mettent même à caresser un rêve : rééditer l’exploit de Ronald Reagan en 1980, qui, après avoir été à la traîne le mois d’août, l’a emporté par presque un raz de marée. Les démocrates oublient une chose : Obama n’est pas Reagan, et 1980 n’est pas 2008. N’empêche, nous sommes aux USA, le pays où tout est possible. Vous en voulez une preuve ? Il y a 3 ans, personne ne connaissait Barak Obama !
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
Note :
(1) : En 1988, alors candidat aux primaires, Joseph Biden a commis des écarts langagiers (grossièreté, plagiat) et a dû se retirer de la course.



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