Triste est le bilan de la protection civile. Le nombre de suicides ne cessent d'augmenter d'année en année. La wilaya de Tizi Ouzou a connue une fin d'année dramatique. Pas moins de 10 suicides par pendaison ont été enregistrés en une semaine (fin décembre-début janvier), et que des moins de trente ans.
Est-ce parce qu'avec une autre année qui s'est achevée, et une autre qui arrive, rien n'a changé pour eux, ils ont perdu espoir? Ce nombre vient s'ajouter à la trentaine enregistrée depuis le début de l'année 2009.
Pour rappel 53 suicides et une trentaine de tentatives ont été enregistrés dans la wilaya en 2008.
L'autre wilaya kabyle, Béjaïa, n'est pas en reste. La protection civile a recensé 30 suicides, et autant en tentatives avortées. La Kabylie du sud (Bouira) quant à elle, a enregistré une dizaine en 2009, et au moins une vingtaine de tentatives avortées.
En fait depuis une décennie, il ne se passe pas une semaine sans qu'il n'y ait au moins un suicide. La Kabylie caracole ainsi en tête (peut-être même du monde entier), dans l'indifférence totale, dans un pays où la mort n'émeut plus.
La précarité, le dénuement expliquent les suicides des plus âgés. Pour les jeunes qui sont majoritaires, il s'agit de mal vie, dans un pays fait pour les vieux. Pour les jeunes filles, il serait question d'honneur, et parfois de profonde déception amoureuse, ou d'amour interdit. Mal vie, mal être, chômage, désœuvrement, échec, déprime, pression sur la région avec les différentes émeutes, face à tous ces maux, rien. Aucune structure d'écoute, personne à qui se confier. Les pouvoirs ne semblent pas inquiets, on se contente de tenir une comptabilité macabre. De leur côté, les islamo-conservateurs ont une explication toute faite. Pour eux, si l'on se suicide en Kabylie, c'est parce que les gens n'ont pas la foi. Ce qui voudrait donc dire qu'avoir la foi permettrait de supporter les pires situations de la vie, sans avoir recours à la mort. On comprend donc pourquoi on veut islamiser. Et l'on se rappelle le fameux « Il est écrit que tu vives ainsi, quoi qu’il arrive, c'est le mektoub» Et l'on ne peut que se soumettre et accepter la volonté de Dieu, et le pouvoir et ceux qui profitent de la manne pétrolière seront peinards.
C'est suite à l'ampleur du phénomène que Berkennou Ali a réalisé le film kabyle « Igirru aneggaru » (la dernière cigarette), espérant alerter les pouvoirs public. Mais combien de personnes verront ce film? La télévision algérienne reste allergique aux productions berbérophones.
La Kabylie fait face à la récession économique (entreprises qui fuient la région), suicides, terrorisme et banditisme, feux de forêts etc, dans l'indifférence totale. Toutes les conditions, notamment depuis 2001 (printemps noir), sont réunies pour favoriser les fléaux sociaux. Le chômage entraînant la paupérisation d'une partie de la population, atteint les 50% dans certaines localités de Kabylie. La consommation de drogue et autres cachets, phénomène nouveau dans la région, a prit des proportions inquiétantes en 10 ans. A la faveur du terrorisme, le banditisme a fait son apparition, sans compter la petite criminalité.
La Kabylie qui vit notamment grâce aux retraites des émigrés, aux pensions des martyrs et des moudjahidines, se dépersonnalise, dépérit même. N'est-ce pas ce qui est souhaité dans certaines sphères?



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