Des années après la conclusion de l'accord d'association avec l'Union européenne, le constat de ce qui était prévisible d'emblée se confirme : l'Algérie importe beaucoup d'Europe et n'y exporte que très peu, ou plutôt quasiment rien. Ce n'est pas de notre faute, clament les Européens, si les entreprises algériennes ne se déploient pas pour se mettre à niveau et être à même de surmonter l'obstacle des normes européennes. Les flux d'investissements directs ne sont pas fameux non plus. Et là également, les Européens ont beau jeu de faire valoir la complexité et les lourdeurs algériennes.
Le gouvernement algérien était averti et pas seulement par des «anticapitalistes» invétérés. Il suffit de se souvenir des appréhensions exprimées par le patronat privé pour s'en convaincre. Mais le gouvernement avait opté pour cette voie - à une époque où l'on ne jurait que par les IDE, les tant convoités investissements directs étrangers - en estimant qu'au bout du compte, l'économie algérienne y gagnerait. Quatre ans plus tard, les IDE ne sont plus l'objet de désir et l'on développe un discours de néopatriotisme économique encore vague. L'heure est aux «déplorations». Les comptes sont vite établis : les importations de la zone euro ont augmenté de 80%, les exportations hors hydrocarbures peinent à atteindre le milliard de dollars. Et bien entendu, on découvre que les IDE hors hydrocarbures - là où cela a du sens - ne viennent pas et que l'Algérie est réduite au statut de marché de déversement des produits européens.
Mais il y a dans la mise en avant de la faiblesse des exportations hors hydrocarbures algériennes quelque chose de factice. Les structures de l'économie nationale ne permettent pas un rééquilibrage dans ce domaine. Par contre, la faiblesse des IDE est effectivement un problème. Les Européens l'imputent à la partie algérienne. Pourtant, ces projets n'ont pas montré le bout du nez au cours des dernières années, bien avant les fameuses mesures de cadrage de l'investissement. Les Européens se plaignent, paraît-il, d'une incompréhension algérienne.
En réalité, la rationalité de leur démarche est claire et parfaitement entendue. Il s'agit d'une approche purement commerciale - ce qui n'est pas une honte - qui ne voit dans l'Algérie qu'un marché solvable. Il peut être reproché aux stratèges européens de ne pas engager une démarche à long terme. Leurs intérêts économiques ne seront pas préservés s'ils n'investissent pas dans la production en Algérie. Mais quid de l'attitude du gouvernement algérien ? Si aujourd'hui l'exécutif prend des mesures «patriotiques» qui paraissent sacrilèges aux Européens, c'est qu'il a développé, sans grand succès et pendant une assez longue période, un discours très libéral, au sens économique du terme.
Il existe également un élément de naïveté de la part du négociateur algérien. Qui se révèle quand le ministre du Commerce reproche aux Européens de ne pas respecter leur engagement d'aider l'Algérie à intégrer l'OMC. Selon ce responsable, il était «écrit noir sur blanc qu'en contrepartie de l'accord d'association (avec l'UE, les Européens devraient aider l'Algérie à accéder à l'OMC, chose qui n'a pas été faite jusqu'à aujourd'hui. Nous recevons encore des questions de la part de l'UE qui ne facilitent pas cette accession».
Mais que pouvait bien valoir un vague «engagement» sur des négociations à venir face à des engagements concrets de démantèlement tarifaire ? N'était-il pas naïf de conclure l'accord d'association avant l'entrée à l'OMC ? Les promesses ne valent que pour ceux qui y croient...
K. Selim



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