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Vers un échange de détenus entre l’Algérie et la Libye
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Publié le 19/05/2009 01:02 par La Rédaction

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Photo : Echanges
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«Les Algériens détenus en Libye sont issus de familles très pauvres et n’ont pas les moyens pour assurer leur défense», nous a dit hier maître Ksentini.

Le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’homme (CNCPPDH) parle de 56 détenus algériens dans les geôles de la Jamahiriya libyenne même si des sources crédibles avancent le chiffre de 85. «Il semblerait que le chiffre aurait augmenté depuis un an, mais je préfère m’en tenir au chiffre officiel qui m’est communiqué qui est celui de 56 détenus», nous a précisé hier maître Mustapha Farouk Ksentini. L’on dit que le trafic de drogue a été en général à l’origine de la condamnation de ces détenus. «Certains d’entre eux sont condamnés à mort y compris des femmes», souligne M. Ksentini qui fait savoir qu’il y a eu même des condamnations à l’amputation de la main. «Pour l’instant, aucune condamnation de ce type n’a été exécutée», a-t-il affirmé. Nous avons appris de sources proches du ministère des Affaires étrangères que l’Algérie avait engagé, il y a plus d’une année, des pourparlers avec les autorités libyennes pour que ces détenus puissent purger leurs peines dans leur pays d’origine «mais, nous dit-on, rien n’a encore été décidé du côté de la Libye». Il est même avancé à cet effet, de sources bien au fait de ce dossier, que les Libyens négocient eux aussi un transfert de leurs détenus en Algérie. «Les Libyens hésitent à faire transférer les Algériens vers leur pays pour des raisons qu’ils n’ont jamais données d’une manière officielle. Mais nous savons, par contre, qu’ils ont eux aussi demandé à ce qu’ils puissent en contrepartie rapatrier 12 de leurs ressortissants arrêtés en Algérie dans le cadre de la lutte antiterroriste», nous disent nos sources. Mais «l’espoir est permis de voir un jour les détenus algériens transférés parce que les Libyens sont capables de le faire comme ils ont décidé de libérer les infirmières bulgares. Rappelez-vous, personne ne s’y attendait, mais ils l’ont fait quand même», ajoutent nos interlocuteurs. M. Ksentini regrette, pour sa part, qu’un tel dossier n’ait pas encore été réglé mais lui aussi continue d’espérer que «son règlement puisse se faire d’un jour à l’autre». D’autant qu’il a tenu à souligner que «ce qui me désole, c’est que ces détenus sont en général issus de familles très pauvres et n’ont pas de moyens pour assurer leur défense». Interrogé sur le sort des détenus algériens à Guantanamo, M. Ksentini rappelle que 17 d’entre eux ont été libérés et «un l’a été hier (NDLR: avant-hier). Il s’appelle Boumediene et est natif de Aïn Defla. Il a été rapatrié vers la France.» Le président de la CNCPPDH estime à 16 le nombre d’Algériens «de nationalité bosniaque» qui sont encore détenus à Guantanamo.

M. Ksentini s’est aussi exprimé sur l’amnistie générale évoquée par le président de la République lors de sa campagne électorale en tant que candidat à l’élection présidentielle du 9 avril dernier. L’homme de droit qu’est M. Ksentini estime qu’«un tel projet serait en principe strictement politique et devrait lever les restrictions contenues dans la charte pour la paix et la réconciliation nationale». Pour rappel, les dispositions de cette charte excluent en principe des bénéficiaires, les terroristes qui ont participé aux massacres de citoyens, qui ont violé des femmes et qui ont posé des bombes dans des lieux publics. A une question sur la possibilité de voir bénéficier les repentis de leurs droits politiques à la faveur d’une amnistie générale si le chef de l’Etat la décide, M. Ksentini pense que «oui». Mais il tient à préciser que «l’amnistie générale, c’est avant tout l’affaire du président de la République, c’est lui seul qui doit décider de son contenu et de sa faisabilité».

Le président de la Commission nous parlera aussi de l’école «de l’Algérie de demain» parce que la CNCPPDH a décidé de désigner une de ses sous-commissions pour, nous a-t-il dit, «entreprendre des visites dans les écoles parce l’école fait partie des droits de l’homme». La conviction de M. Ksentini est que «c’est l’école qui va sauver l’Algérie, l’école classique et l’école professionnelle». Il est persuadé que «l’avenir de l’Algérie va se jouer à ce niveau». Il fait savoir que «par ces visites dans les écoles, nous n’allons juger ou condamner personne. Ce sont des visites que nous allons entreprendre pour écouter les enseignants, les élèves et aussi leurs parents. Nous ferons des recommandations à ce sujet.»

Encore une fois, M. Ksentini n’échappera pas à la question: comment se portent les droits de l’homme en Algérie ? «Si nous répondons que les droits de l’homme vont bien chez nous, c’est un mensonge grossier !», nous répond-il. Il affirme que «les droits de l’homme, c’est un mode de société, or notre société n’est pas celle des droits de l’homme». Il en conclut que «les droits de l’homme sont une culture mais nous, nous en sommes en sous-culture. C’est une question qui nous concerne tous.»

Ghania Oukazi

 
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