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Grève de l'éducation en Algérie : Vers la paralysie totale
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Publié le 12/11/2009 08:37 par

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Les représentants des syndicats autonomes, membres de l'inter syndicale de la Fonction publique, ont, au cours d'une conférence de presse animée hier à la Maison des syndicats à Alger, annoncé, en signe de solidarité avec les 30.000 enseignants contractuels, qu'ils boycotteront les concours de recrutement prévus pour les 13 et 14 décembre prochain. Ils ont également menacé de bloquer complètement le secteur dans les prochains jours, vu que même les adjoints éducatifs et d'autres travailleurs de l'Education nationale ont décidé de rallier le mouvement de protestation.

 L'éventualité d'élargir la contestation à tous les travailleurs de la Fonction publique n'est pas écartée. Il est également prévu un sit-in devant le Palais du gouvernement le jour de la tenue de la tripartite.

 Prenant la parole, la présidente du Conseil national des enseignants contractuels (CNEC) est revenue sur le sit-in organisé la veille devant le ministère de l'Education et qui a vu l'intervention musclée des forces de l'ordre. Mme Meriem Maârouf a révélé qu'une soixantaine d'enseignants ont été embarqués par la police et retenus jusqu'à 3 heures du matin, avant d'être relâchés. «Nous avons été tabassés, insultés et humiliés», dira-t-elle, en ajoutant que «parmi les contestataires figurent des blessés. Elle citera le cas d'une enseignante enceinte qui a été touchée au ventre, ce qui a nécessité son évacuation en urgence à l'hôpital Mustapha Pacha. Un enseignant a également perdu connaissance par le fait des coups qu'il a reçus sur la tête. Deux enseignantes se sont jetées par désarroi sous un bus pour dénoncer le traitement barbare dont on a fait l'objet».

 Elle poursuit son témoignage en relatant les faits de l'avant-veille : «Nous avons été emmenés de force vers différents commissariats où nous avons subi des interrogatoires comme des malfrats. Ils nous ont fichés, photographiés, pris nos empreintes et gardés toute la nuit, puis ils nous ont relâchés sous escorte par petits groupes et ce calvaire a duré jusqu'à trois heures du matin. Une trentaine de femmes enseignantes ont été conduites à la Maison des syndicats par bus où elles ont passé la nuit dans le froid. Quant aux hommes, ils ont été lâchés dans la rue en proie aux agressions des délinquants et des voleurs». La présidente du CNEC conclut en affirmant «que les enseignants ont subi un traumatisme physique et moral».

 La relayant, le représentant du CLA (Conseil des lycées d'Algérie), Idir Achour, a indiqué qu'«au troisième jour de la grève, le taux de participation a dépassé les 92% dans le secondaire et 70% dans le primaire et le moyen», estimant que «le mouvement ne va pas s'arrêter et qu'il va encore durcir jusqu'à une paralysie totale». Et d'ajouter que «le secteur de l'éducation a connu trois vagues importantes de protestation, en 2003, 2005 et 2009, et que cette année est la plus radicale vu l'adhésion massive des enseignants». Elle conforte, selon lui, «la détermination des enseignants à en finir avec la situation chaotique dans laquelle se trouve l'école algérienne». Il a soutenu que «ni les intimidations du ministre, ni ses menaces de retenue sur salaire et le recours à la justice n'auront raison de notre mouvement car ce sont quelque 500.000 travailleurs de l'enseignement qui expriment leur ras-le bol et qui veulent être réhabilités dans leur dignité». Il a déclaré que tous «les enseignants titulaires sont solidaires avec leurs collègues contractuels et que nous allons boycotter les concours de recrutement devant se tenir les 13 et 14 décembre prochain. C'est nous qui surveillons et corrigeons les épreuves, le ministre n'a qu'à aller chercher ailleurs les enseignants qui s'occuperont de cette besogne».

 Abordant le sujet des inquiétudes des parents d'élèves, il dira que «nous aussi nous sommes des parents», en chargeant le président de la Fédération des parents d'élèves en ironisant «sur la place qu'occupe cette personne au sein de cette fédération, alors qu'il n'a aucun enfant scolarisé ! J'aimerais bien qu'il me prouve le contraire !». Et poursuivant : «Pourquoi n'a-t-il pas soutenu les élèves quand ils sont sortis dans la rue, s'est-il interrogé. Pourquoi n'a-t-il pas soulevé le problème de surcharge des classes et celles des cours, du week-end qui a tout chamboulé et le manque de moyens dans les écoles ?». Il a soutenu que leur objectif n'est pas de prendre en otage les élèves mais que leurs revendications sont légitimes : la revalorisation des salaires, la révision du régime indemnitaire avec effet rétroactif et la permanisation des contractuels qui risquent de se retrouver au chômage avec les dernières décisions qui les excluent des concours.

 Le SG du SATEF, Sadali Mohamed Salem, a estimé quant à lui que «les pratiques du ministre sont connues depuis longtemps. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur la détérioration de l'école publique», a-t-il martelé, en ajoutant que «le ministre va détourner le débat en essayant d'organiser de faux dialogues autour de quotas, de détachements et de promotions comme il le fait toujours. Il s'agit pour nous de faire aboutir les revendications de tous les travailleurs et non des privilèges pour des syndicalistes». Et il affirmera que «le gouvernement bafoue ses propres lois et qu'une simple circulaire peut annuler une loi de la République. Nous avons déjà été poursuivis en justice, mis sous contrôle judiciaire et subi les affres de l'humiliation. Plus rien ne peut nous toucher, au contraire cela renforce notre détermination».

 Il est revenu sur le fonds des oeuvres sociales, dont la gestion est l'apanage de la Fédération nationale des travailleurs de l'Education (FNTE). S'agissant de leur exclusion des négociations avec l'exécutif, il dira que «les syndicats autonomes prévoient d'organiser un sit-in devant le Palais du gouvernement le jour de la tenue de la tripartite pour dénoncer notre marginalisation».

 Pour sa part, le chargé de l'information du CNAPEST, Boudiba Messaoud, a indiqué que «le mouvement a pris un tel élan qu'il est fort probable qu'il soit élargi à tous les travailleurs de la Fonction publique, car les enjeux de notre lutte sont plus profonds que ce qu'ils apparaissent en réalité : c'est la lutte pour les libertés syndicales et collectives et notre droit inaliénable à la grève, tout comme celle des journalistes à exercer leur profession sans être inquiétés».

 Les orateurs ont indiqué qu'ils gardaient un oeil sur le nouveau code du travail en cours d'élaboration, car «ce texte comporte, selon des bribes d'informations, des restrictions concernant le militantisme syndical».

Moufida R., QO Algérie

 
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