Ce mardi 20 janvier 2009, Barack Obama prononcera, non loin du capital à Washington, la formule désormais consacrée : "Moi, Barack Obama, je jure solennellement que je remplirai fidèlement la fonction de Président des USA et que je me consacrerai à préserver, protéger et défendre la Constitution des USA".
Une clause constitutionnelle (article 2) qui investit ainsi le président élu comme le 44e magistrat suprême des USA. Sans doute, celui qui était sénateur de l’Illinois ajoutera également, la main sur la Bible, le "So help me God" (Avec l’aide de Dieu), perpétuant ainsi, comme ses prédécesseurs, le serment sur la Bible, fait par le premier président, Georges Washington.
C’est donc aujourd’hui qu’il se sentira vraiment le chef d’Etat de tous les Américains, car, comme il aimait à le rappeler lorsqu’on l’invitait à se prononcer sur une question de politique intérieure et, surtout, extérieure, "il n’y a qu’un seul président des USA". Au son de la musique de célébrités telles Beyoncé, U2, Shakira et, particulièrement, le "Boss", Bruce Springteen, celui que les Américains ont plébiscité le 4 novembre 2008 empoigne sa chose, conquise de hautes luttes.
Exit George W. Bush, dont le bilan est catastrophique pour les pessimistes ou mitigés pour les plus optimistes. En fait, des 8 ans de bushisme, beaucoup ne retiennent que la "mauvaise guerre", en Irak, et son Guatanamo, bref, sa fameuse lutte contre l’axe du Mal. Les Américains et la Communauté internationale lui reprochent, entre autres, les réelles motivations de ce "second Vietnam". A l’intérieur, plus le temps passait, plus ses compatriotes, et au regard des cercueils des Boys qu’on rapatriait du pays de Sadam Hussein, contestaient le bien-fondé de cette guerre irakienne.
Certes, le 11 septembre 2001 a fourni le prétexte tout trouvé pour en finir avec le terrorisme, mais la tournure des événements, et surtout le mensonge d’Etat pour engager les USA dans ce bourbier ont semé le doute, puis la révolte dans le monde entier.
Cependant, il ne faut pas diaboliser Georges W. Bush à bon compte, car, pour certains, il a fait le sale boulot pour les autres, notamment pour l’Europe, et, affirment ses partisans, les générations futures rendront grâce à Bush Junior pour ce travail.
Une page de l’histoire américaine commence à s’écrire ce 20 janvier 2009. Car, véritablement, au-delà des flon-flon, (petit train du président, qui transporta Obama de Philadelphine à Washington, des concerts et des hurrahs des millions d’Américains), c’est une nouvelle alliance qui se noue entre un espoir (des Américains) et une ambition (Obama).
C’est aujourd’hui mardi 20 janvier que débutent aussi les problèmes de Barack Obama. Et quels problèmes ! "La première tâche de mon gouvernement sera de ramener les gens au travail et de remettre en marche notre économie", a-t-il laissé entendre lors d’un meeting, tenu le 16 janvier dernier à Cleveland dans l’Ohio.
En effet, c’est d’abord sur le terrain de la relance économique que le nouveau président doit montrer ses compétences keynésianistes. Adoubé par les riches, Wal Street et le Big Business, le 44e président des USA devra donc rapidement se couler dans la peau d’un Franklin D. Roosevelt, qu’il admire d’ailleurs. En effet, tout comme cet illustre devancier, qui avait hérité de la grande Dépression de 1929, Obama prend les rênes d’une Amérique à l’économie anémique.
Irving Kristol, en 1997, écrivait que "l’inégalité des revenus est submergée par une égalité sociale encore plus forte... Dans toutes nos grandes villes, il n’y a pas un seul restaurant où un PDG peut aller déjeuner ou dîner en étant absolument sûr de ne pas tomber sur sa secrétaire..."(1). Pour signifier que l’American Way of life est une réalité.
Ce que conteste, de nos jours, le prix Nobel d’économie de 2008, Paul Krugman, qui a écrit à ce propos : "Le monde fantasmé par Kristol, où les riches vivent exactement comme vous et moi et où personne ne se sent en situation d’infériorité ne ressemble pas du tout à l’Amérique réelle, qui nous entoure" (2).
Il faut en 2009 donc nuancer le constat de Kristol, car les USA croulent sous le poids d’un déficit budgétaire gonflé par les guerres en Irak et en Afghanistan, et un tarissement des rentrées fiscales. En cela, il devra poursuivre ce que, déjà, George Bush avait entamé : grand interventionnisme de l’Etat en injectant des millions de dollars pour sauver des banques et des maisons d’assurances, sans oublier l’industrie automobile, et en accordant une ristourne fiscale aux Américains. Keynesien, Roosevelt l’était, à l’évidence, Obama devra l’être avec un New New Deal.
Il y a aussi que la météo politique internationale est tout sauf calme : rien que le brûlot irsaélo-palestinien suffit à donner des insomnies au nouveau président américain, conscient que ses prédécesseurs ont tenté en vain de l’éteindre.
Sur les frêles épaules de Barack Obama, repose donc toute l’espérance de la Nation la plus puissante du monde. Mais il ne faut pas rêver, même si le rêve a été au cœur de sa campagne, et que certains voient en lui un messie. Il décevra, cela est certain.
Mais il décevra ceux qui n’arrivent toujours pas à faire le distinguo entre les promesses de campagne et les réalités d’un pays. Certaines promesses, le nouveau locataire de la Maison- Blanche devra les mettre sous le boisseau. A l’épreuve du terrain, il devra adapter son discours. A propos de certains problèmes, il dira, sans doute, à ses concitoyens : "We can but not yet" (nous le pouvons, mais pas maintenant).
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana/ L'Observateur
Notes
1. Irving Kristol in "Income Inequality without classe conflict", Wall Street journal du 18/12/1997
2. Paul Krugman in l’Amérique que nous voulons



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