Le candidat républicain John McCain et son rival démocrate Barack obama ont mis l'accent dimanche sur l'économie alors que le taux de chômage fait craindre une récession. Les deux hommes ont l'occasion de redéfinir le débat sur les échanges commerciaux et de concevoir des plans afin de reporter l'attention sur des questions importantes telles que l'amélioration de l'enseignement et de la formation professionnelle et les mesures favorisant l'innovation.
Les échanges commerciaux méritent d'être un des grands dossiers de l'élection présidentielle, a souligné le directeur du Centre de la mondialisation, de la gouvernance et de la concurrence de l'université Duke, M. Gary Gereffi. « Nous avons besoin d'un débat robuste et honnête au sujet de la façon dont nous pouvons accroître la compétitivité des entreprises américaines et continuer de jouer un rôle primordial dans le monde en matière d'innovation de manière à créer des emplois dans le secteur industriel », a-t-il dit à America.gov.
Jusqu'ici, un tel débat n'as pas eu lieu. Les candidats républicains ont défendu le statu quo et les candidats démocrates se sont engagés à faire en sorte que les échanges commerciaux soient plus équitables pour les travailleurs américains qui perdent leurs emplois au profit des pays à faible salaire.
M. Edward Gresser, du Progressive Policy Institute, centre de réflexion proche du parti démocrate, a déclaré à America.gov que le point de vue de M. McCain sur les échanges commerciaux était quelque peu différent de celui du président Bush. Par exemple, à l'opposé de M. Bush, M. McCain est peu favorable aux mesures de protection destinées aux entreprises et aux agriculteurs américains. En revanche, ni l'un ni l'autre n'est désireux de s'attaquer aux préoccupations économiques des travailleurs et de l'ensemble de la population, a-t-il dit.
Selon de nombreux sondages, le nombre d'Américains qui pensent que la politique commerciale du pays a été mauvaise est plus important que celui de ceux qui estiment qu'elle a été bonne. Deux sondages effectués en juin dernier montrent que la majorité des personnes interrogées attribuaient la perte d'emplois aux accords de libre-échange.
Or, rien n'étaye ces sentiments. Les États-Unis ont perdu plus d'emplois ces dernières décennies à cause du progrès technique, comme l'automatisation des usines, que du fait des délocalisations à l'étranger. La mondialisation a permis l'abaissement des prix et la grande variété de produits industriels que l'on peut trouver dans les magasins du pays.
Toutefois, selon M. Gresser, il est exact que, du fait de l'accélération des changements économiques, un plus grand nombre de travailleurs se retrouvent sans emploi, sans assurance maladie (c'est l'employeur qui fournit en général cette assurance aux États-Unis) et sans une pension de retraite suffisante. Les deux candidats se sont engagés à réformer l'assurance contre le chômage et les programmes de recyclage destinés aux travailleurs qui ont perdu leur emploi. Les mesures proposées par M. Obama à cet égard sont de plus grande envergure que celles de M. McCain.
Par ailleurs, M. Obama souhaite inclure dans tous les nouveaux accords commerciaux des dispositions relatives aux conditions de travail et à l'environnement, contrairement à M. McCain (selon le principal conseiller économique de M. McCain, M. Douglas Holtz-Eakin).
Selon un politologue de l'université Duke, M. Frederic Mayer, les dirigeants politiques devraient se rendre compte que les vertus du libre-échange, notamment la distribution de ses avantages entre les divers pays et les divers groupes sociaux, font actuellement l'objet d'un réexamen dans le monde entier. « Il me semble que l'ancienne formule du libre-échange assorti d'accords annexes sur les conditions de travail et l'environnement est tout à fait insuffisante », a-t-il dit à America.gov.
Pendant les élections primaires, les candidats démocrates Hillary Clinton et Barack Obama ont indiqué qu'ils voulaient aller au-delà du peaufinage de nouveaux accords commerciaux. Ils ont préconisé la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain(ALENA). Ce fait et le ton antimondialisation des discours démocrates ont commencé à inquiéter les partisans américains du libre-échange et les dirigeants d'autres pays.
Chercheur dans le centre de réflexion de tendance conservatrice American Enterprise Institute, M. Michael Barone estime que Mme Clinton et M. Obama ont fait l'objet de pressions de la part des syndicats qui sont en faveur de restrictions en matière d'échanges commerciaux. Ces mêmes pressions ont fait que les parlementaires démocrates, qui sont majoritaires au Congrès, ont bloqué l'examen des accords de libre-échange conclus par le gouvernement Bush avec la Colombie et la Corée du Sud.
M. Barone, qui est également journaliste à la revue U.S. News and World Report, a déclaré à America.gov que M. Obama allait se trouver coincé entre deux grandes forces du parti démocrate, à savoir les syndicats et les gros financiers de sa campagne électorale qui proviennent pour la plupart de Wall Street. Ces derniers estiment que les restrictions au commerce sont absurdes.
Le candidat démocrate à la présidence semble avoir modifié quelque peu sa première position relative à l'ALENA. Il a récemment déclaré à la presse que l'on avait mal compris ses propos à ce sujet. Selon M. Gereffi, M. Obama aurait atténué ses critiques à la suite des réactions négatives d'Ottawa et de Mexico.
Lors de son discours d'acceptation de l'investiture du parti démocrate le 28 août, il n'a mentionné la mondialisation qu'une seule fois, en disant qu'il proposerait des mesures visant à inciter les entreprises américaines à créer des emplois aux États-Unis plutôt qu'à l'étranger.
La plupart des spécialistes estiment que le débat au sujet des échanges commerciaux sera moins politisé dans les mois à venir car les deux candidats se rendent compte qu'on suit de plus près que pendant les primaires ce qu'ils disent pour avoir une idée de leur future politique.
Critiquer la mondialisation ou d'autres pays pour les problèmes économiques des États-Unis ne serait pas dans l'intérêt de M. Obama, a dit M. Gereffi, car il négligerait ainsi la question de la compétitivité des entreprises du pays.
Les candidats démocrate et républicain, a-t-il fait remarquer, ont l'occasion de redéfinir le débat sur les échanges commerciaux et de concevoir des plans afin de reporter l'attention sur des questions importantes telles que l'amélioration de l'enseignement et de la formation professionnelle et les mesures favorisant l'innovation.
Privilégier les intérêts des Américains
C'est avec « gratitude, humilité et confiance » que M. John McCain (sénateur de l'Arizona) a accepté l'investiture du parti républicain comme candidat à la présidence des États-Unis, lors de la convention nationale de ce parti qui s'est tenu à St-Paul (Minnesota). Il s'est engagé à relever les défis tels que celui du terrorisme et celui de l'énergie en tenant compte, avant toute autre chose, de l'intérêt public.
Lors du discours qu'il a prononcé le 4 septembre à la fin de la Convention nationale du parti républicain, M. McCain a critiqué de nombreux aspects du programme politique de son adversaire démocrate, M. Barack Obama (sénateur de l'Illinois), et l'inexpérience relative de ce dernier. Il a cependant ajouté que M. Obama et ses partisans avaient son respect et son admiration.
« En dépit de nos divergences, ce qui nous unit est beaucoup plus important que ce qui nous divise. Nous sommes des compatriotes, fait qui a une plus grande signification pour moi que tout autre », a-t-il dit.
Le sénateur de l'Arizona s'est déclaré favorable à l'épithète de « non conformiste », que l'on attache souvent à son nom en raison des positions impopulaires qu'il a prises tout au long de sa carrière politique et du fait qu'il a voté contre des mesures et des textes de loi qui avaient le soutien du parti républicain.
« Parfois il s'agit d'un compliment et d'autres fois non. Ce que cela veut réellement dire, c'est que je comprends pour qui je travaille. Je ne travaille pas pour un parti. Je ne travaille pour un groupe d'intérêt. Je ne travaille pas pour moi-même. Je travaille pour vous », a-t-il souligné.
Il a fait état du soutien qu'il avait apporté récemment au renfort des forces américaines en Irak, bien que l'opinion publique soit de moins en moins favorable à leur maintien dans ce pays. « Cette stratégie, a-t-il dit, a réussi et nous a sauvés d'une défaite qui aurait démoralisé notre armée, entraîné peut-être un élargissement de la guerre et porté atteinte à la sécurité de tous les Américains. »
M. McCain s'est déclaré prêt à s'occuper des nombreuses menaces qui pesaient sur la sécurité des États-Unis, en indiquant qu'il connaissait les capacités et les limites des forces armées américaines.
« Je sais, a-t-il dit, comment œuvrer de concert avec les dirigeants qui ont les mêmes aspirations en ce qui concerne un monde plus libre, plus sûr et plus prospère et comment m'opposer à ceux qui n'ont pas ces aspirations. Je sais comment garantir la paix. »
Le candidat républicain a souligné que le réseau Al-Qaïda et l'Iran continuaient de faire peser une menace sur les États-Unis et leurs intérêts. Il a critiqué les dirigeants de la Russie en les qualifiant de personnes devenues « riches par la valeur du pétrole », mais « corrompues par le pouvoir », et qui avaient « rejeté les principes démocratiques et les obligations d'une puissance responsable ».
Il s'est néanmoins engagé à avoir de bonnes relations avec la Russie, tout en déclarant qu'il ne pouvait « pas fermer les yeux devant l'agression et le non-respect du droit international qui menaçaient la paix et la stabilité du monde et la sécurité des Américains ».
En ce qui concerne la politique énergétique, M. McCain a déclaré que, s'il était élu président, il entreprendrait « le projet national le plus ambitieux depuis des décennies » afin de réduire la dépendance des États-Unis envers des pays « qui ne nous aiment guère ». Il s'est prononcé en faveur du forage de puits de pétrole dans le territoire américain, de la construction de centrales nucléaires, de l'accroissement de l'exploitation de l'énergie du vent, des marées et du soleil, ainsi que du recours au gaz naturel et aux technologies du charbon épuré.
« Il nous faut, a-t-il dit, nous servir de toutes nos ressources et mettre au point les technologies nécessaires pour sauver notre économie des dommages causés par la hausse du cours du pétrole et pour rétablir la santé de notre planète. »
Tout au long de son discours, M. McCain a fait allusion à sa captivité lors de la guerre du Vietnam et aux problèmes auxquels les autres soldats américains et lui s'étaient heurtés. « Je suis tombé amoureux de mon pays lorsque j'étais prisonnier dans un autre pays », a-t-il déclaré en ajoutant : « Mon pays m'a sauvé, et je ne peux pas l'oublier. »
Andrzej Zwaniecki/ America Gov



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