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Merkel au chevet des chrétiens persécutés d'Algérie
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Publié le 14/07/2008 10:52 par A. Evina

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Photo : Angela Merkel
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            (© Continental News)

La chancelière Angela Merkel*, protestante de l'Est,  compte parler prosélytisme avec le Président Bouteflika parce que, nous dit une source de son gouvernement, « ses services ont été saisis par les églises, pour attirer leur attention sur une loi algérienne, dont les dispositions inquiètent ».

Les propos sont d'une source gouvernementale allemande qui a tenu, à l'instar de tous les responsables allemands, à garder l'anonymat parce que, nous a-t-elle dit, « je suis un fonctionnaire et les politiques n'aiment pas quand on parle à leur place».

« Quand elle sera à Alger, la chancelière visitera en principe une mosquée parce que nous estimons que c'est important », nous a déclaré cette source jeudi dernier à Berlin. En fait, ce qui est important pour les Allemands, c'est qu'Angela Merkel « mette l'accent sur les questions religieuses », ajoute notre source. Et ce qui l'est plus, c'est de lier cette discussion au prosélytisme mais dont les effets inquiètent les autorités algériennes.

« Sans créer l'impression que nous voulons nous immiscer dans les affaires internes de l'Algérie, nous avons constaté avec un certain étonnement, qu'il y a une nouvelle loi sur la pratique des cultes en Algérie, dont certaines dispositions ne correspondent pas à notre vision de la liberté religieuse », explique le haut responsable allemand. Mais, lui avons-nous dit, la loi n'interdit la pratique d'aucune religion mais elle réglemente sa pratique, il faut en premier que ça se fasse dans un lieu légal, autorisé... « Qu'appelez-vous lieu légal, autorisé ? », nous a-t-il demandé pour souligner que « chez nous, la pratique de la religion c'est tout à fait libre, même si ça se fait dans des maisons et le prosélytisme n'est pas interdit chez nous ». Pour notre interlocuteur, « le prosélytisme n'a rien à voir avec les traditions des pays, mais c'est un droit de l'homme qui est universel, on ne peut se taire sur ça ». Et si Merkel a décidé d'en parler à Bouteflika - « elle trouvera la manière pour le lui dire » - « c'est parce qu'après ce qui s'est passé en Algérie, les églises ont réagi et nous ont écrit, il est clair que c'est un problème pour nous », affirme la source du gouvernement allemand.

Pour la coopération en matière de sécurité, « nous serons intéressés d'entendre les autorités algériennes pour savoir comment elles conçoivent la sécurité », nous dit ce haut responsable. Il estime que « malheureusement, nous constatons l'aggravation de la situation sécuritaire en Algérie avec la reconstitution d'El Qaïda dans le Maghreb, nous avons appris la prise d'otages autrichiens, enfin pas en Algérie mais dans la région, nous aimerions savoir comment le gouvernement algérien a réagi à cette prise d'otages ». Notre source berlinoise affirme que « nous essayons de coopérer le plus possible dans le domaine sécuritaire, c'est un sujet très important pour nous et pour les autorités algériennes, le sécuritaire c'est délicat ». Aux yeux des responsables allemands, « la nouvelle restructuration d'Al Qaïda fait que le terrorisme connaît une nouvelle évolution, El Qaïda de 2001, c'était une structure opérationnelle, aujourd'hui, ça a changé. Mais le terrorisme, c'est d'abord un problème algérien et du Maghreb, nous n'avons pas de liens directs mais l'avoir devant sa porte... ».

Lors de sa visite à Alger les 16 et 17 juillet prochain, la chancelière allemande prévoit aussi de rencontrer la société civile. « C'est pour s'enquérir des droits de l'Homme, de l'état de la gouvernance, de la démocratie », est-il dit. Ce genre de rencontre « hors champ politique » est présenté par les responsables allemands comme étant un moyen pour se rapprocher davantage du pays qui est visité.

« La chancelière s'intéresse beaucoup à l'évolution de la société civile, elle veut ainsi sentir le pays», nous dit la source gouvernementale.

«L'Algérie est le 6e fournisseur
de l'Allemagne en hydrocarbures»


Reste que le dossier énergétique est placé en tête de liste des préoccupations de l'Etat fédéral par rapport à l'Algérie. L'on rappelle du côté allemand que « l'Algérie est le 6è fournisseur de l'Allemagne en hydrocarbures et le pétrole constitue 95 % des exportations algériennes vers notre pays ». Il est en même temps noté que « 37 % du pétrole algérien arrive en Union européenne ».

L'Union pour la Méditerranée (UPM) fera certainement l'objet de discussion entre Bouteflika et Merkel. D'autant qu'à Hokkaïdo, l'île japonaise, elle s'est jointe à Sarkozy pour convaincre le président algérien d'assister au sommet de l'UPM prévu pour aujourd'hui à Paris. « Plusieurs projets sont à l'étude, entre autres, celui des énergies renouvelables dans lequel les investisseurs allemands aimeraient être plus présents », indique notre source allemande qui a relevé, à propos de la demande de Kadhafi d'intégrer dans cette union la Ligue arabe et l'Union africaine, que « ce processus enchaîne sur celui de Barcelone, il englobe donc des Etats et non des organisations. L'UPM, ce sont des projets pour des réalisations concrètes ». A propos de la libre circulation des personnes, Berlin n'a pas d'état d'âme. « Elle ne concerne que les Européens entre eux, pour que la circulation des personnes soit libre entre les deux rives, je crois qu'il faut devoir attendre un peu », nous dit la source gouvernementale. En plus, « l'Allemagne n'est pas concernée par la politique des visas, c'est surtout la France et l'Italie qui le sont », est-il ajouté. Rappel de la présidence française de l'Union européenne et de sa proposition d'examen d'un pacte sur la migration...

Pour ce qui est de l'émigration clandestine, la réaction allemande est presque mécanique quand on entend dire à Berlin, que « nous sommes moins concernés parce que notre émigration à nous nous vient de l'est de l'Europe ».

La question du Sahara occidental est, nous dit-on, « un sujet qui est théoriquement sur la table des discussions entre Allemands et Algériens, on souhaite une résolution pacifique, l'application des résolutions onusiennes, on n'ira pas au-delà ». Le Liban, le Moyen-Orient, la Syrie et l'Iran feront partie des questions « d'intérêt commun » devant être discutées entre les deux parties. La chancelière allemande se déplace en Algérie pour, est-il dit par son gouvernement, « renforcer la coopération allemande, le partenariat énergétique, continuer à développer les relations avec le Maghreb ». Les responsables du gouvernement fédéral veulent, indiquent-ils, « un dialogue large avec l'intention d'écouter et d'avoir un vrai échange de vues ». Ils estiment que « c'est une visite importante, que l'Algérie est un pays extrêmement important de par sa jeunesse, ses ressources énergétiques, sa place en Afrique, elle a une voix particulière dans le Tiers monde ». Merkel saisira donc, selon eux, « l'occasion de sa visite pour le souligner et présenter en même temps l'Europe ». Ils font remarquer avec insistance que « la chancelière ne partira qu'en Algérie et en Algérie seulement, ni au Maroc ni en Tunisie comme ce qui est fait d'habitude par les responsables étrangers ».

* Angela Merkel grandit en tout cas dans un environnement singulier. Les hommes de foi, soupçonnés d’endoctrinement par le régime, sont très surveillés. Mais la maison pastorale de Templin, dans un centre qui accueille des handicapés, est aussi un lieu d’ouverture intellectuelle et de tolérance. « Comme une cachette loin de la pensée officielle », explique Jacqueline Boysen, journaliste et auteur d’une biographie de la candidate. Si son père fait partie du groupe de théologiens du « cercle de Weissensee », proche du pouvoir, l’adolescente apprend vite à développer son esprit critique. Elle fait sa confirmation et non, comme le veut la tradition du régime, la « Jugendweihe », forme de cérémonie d’initiation laïque. Membre de la Jeunesse allemande libre par nécessité, elle table sur l’excellence de ses résultats scolaires pour échapper aux injonctions du parti, qui décide des vies professionnelles. Elle se consacrera aux sciences physiques, à l’université de Leipzig puis à l’Académie des sciences de Berlin-Est, de 1978 à 1990. La théologie ? « Je voulais être chrétienne, mais sans fonction à l’Eglise », avance-t-elle pour justifier son choix. (Réforme) - Ghania Oukazi, journaliste au Quotidien d'Oran

 
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