Une religieuse catholique a été brûlée vive par des fondamentalistes hindous, qui ont ravagé l’orphelinat qu’elle tenait dans le district de Bargarh (Orissa). Un prêtre présent a été fortement violenté et est hospitalisé pour brûlures.
Le centre social et pastoral de l’archidiocèse à Bubaneswar a été attaqué et incendié, une sœur qui y travaillait a été violée par un groupe d’extrémistes hindous; le P. Thomas qui le dirigeait est à l’hôpital… La résidence de l’archevêque, attaquée à coup de pierres, n’a été épargnée qu’à cause de la présence de la police. Ailleurs des missionnaires de la Charité (de mère Teresa) ont été attaquées à coups de pierre… À Phulbani l’église et les maisons des prêtres ont été incendiées ainsi que l’auberge de jeunesse. On parle de l’enlèvement de deux prêtres dans la même zone.
Des groupes de fondamentalistes hindou, soutenus par un parti politique officiel, le Vishwa Hindu Parishad (VHP), attaquent les églises, les centres pastoraux, les couvents, les orphelinats, en hurlant : « Tuez les Chrétiens; détruisez leurs institutions ! » Ainsi ont été détruits un centre social à K. Nuagam, une église et sa cure à Kandhamal, une chapelle à Sundergarh, deux camionnettes appartenant, l’une aux Missionnaires de la Charité, l’autre aux sœurs du Précieux Sang…
L’archevêque de Cuttack-Bubaneshwar, Raphael Cheenat, a déclaré à AsiaNews : « Nous nous sentons totalement abandonnés. Ce matin les autorités ont envoyés trois policiers pour veiller sur le couvent des sœurs et la résidence épiscopale. Mais ils n’ont même pas un bâton pour nous protéger de la furie de la foule ! » Mgr Cheenath analyse la violence hindoue envers les chrétiens (et les musulmans) comme ancrée dans l’idéologie qui s’est développée autour du Rashtriya Swayamsevak Sangh (R.S.S.), qui inspire d’autres groupes fanatiques liés au Bharatiya Janata Party : « Golwalkar, un membre fondateur du R.S.S., emprunta, dans un livre qu’il écrivit, des idées venant du nazisme d’Hitler. Son admiration pour Hitler était très connue. Il rejeta l’idée que l’Inde était une nation séculière, et postula à la place que c’était un système (Rashtra) hindou. »
« Ici la majorité voudrait bien éliminer la Croix, poursuit l’évêque, mais ses racines sont trop profondes et le cancer du nationalisme ne prévaudra pas. L’Église sera la lumière de nombreuses générations à venir. »
Dans un entretien au Corriere della Sera, le cardinal Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a réagi : « On ne peut que condamner tout cela. C'est un pêché contre Dieu et contre l'humanité. Et il n'y aucune justification possible. On ne peut absolument pas invoquer la religion pour des crimes de ce genre... Je suis allé à New Delhi il y a deux semaines, j'ai rencontré deux groupes de religieux indiens et aucun de ces leaders spirituels ne m'a parlé de ces violences, qui ne se produisent pas non plus pour la première fois… Nous ne nous connaissons pas bien (avec les leaders religieux indiens), ce fut ma première visite en Inde, mais au début de l'année prochaine j'y retournerai. » Et il a ajouté : « Jusqu'à présent, depuis une année (qu'il occupe cette fonction), je ne me suis occupé que d'islam ».
Dans La Repubblica, Mgr Antonio Maria Veglio, secrétaire de la Congrégation pour les Eglises orientales, évoque les « martyrs du troisième millénaire » à propos de ces « missionnaires innocents assassinés et objets de violences invraisemblables ».
« Cela fait encore plus mal de constater qu'il y a des gens qui tuent au nom d'un Dieu, d'une religion. Ce qui arrive est le fruit du réveil du fondamentalisme hindou. C'est une tragédie inhumaine mais le dialogue ne doit jamais s'arrêter », selon Mgr Veglio.
Evoquant « les informations tragiques sur des violences contre des fidèles et des institutions de l'Eglise catholique en provenance d'Inde », le Saint-Siège exprime dans un communiqué sa « solidarité avec les églises locales et les congrégations religieuses concernées ». Condamnant des actions « qui lèsent la dignité et la liberté des personnes et compromettent la coexistence pacifique », il « fait appel à tous pour que soit mis fin à ces violences et que se rétablisse un climat de dialogue et de respect réciproque ».
Yves Daoudal




0 commentaire
|
Aucun commentaire n'a encore été posté.
