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Débattra ou débattra pas : McCain, la campagne au bluff
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Publié le 26/09/2008 15:59 par Elise Mbock

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Photo : Obama-McCain
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            (Continentalnews)

On peut avoir une réputation d’imprévisible et avoir une stratégie aussi claire que l’eau de roche. C’est le cas du candidat John McCain. Après l’effet Sarah Palin qui s’est traduit pas une embellie sondagière, le soufflet est retombé et l’écart qui existait avant les deux conventions s’est rétabli repositionnant Barack Obama en tête : 52 % d’intentions de vote contre 46 % pour John McCain.

Pour reprendre la main, John McCain a annoncé qu’il suspendait sa campagne et « proposé » à Barack Obama de faire de même. Par cet acte, il a tenté de mettre la commission organisatrice du débat hors jeu et de mettre Barack Obama en porte-à-faux. Bien tenté, ce grand bluff et la mise aux oubliettes du Président en exercice G. Bush, comme s’il y avait une vacance du Pouvoir à Washington. Mais, les démocrates ne sont pas tombés dans le panneau. Barack Obama se présentera au débat prévu à l’université du Mississipi ce soir à 21 heures, heure américaine. John McCain fera ce qu’il veut. La commission du débat maintient la rencontre. Trop joué pour être sincère D’abord le motif. John McCain a estimé que la situation de crise était trop grave pour justifier que l’on mette la campagne présidentielle entre parenthèse. Sa présence était à Washington pour discuter le plan Paulson. Mais, tout ceci n’est pas dénué de calcul politique. La première idée que ses conseillers ont vendue est que, contrairement à Barack Obama, John McCain place l’intérêt national au-dessus de sa personne. Country comes first. John McCain nous avait déjà fait le coup avec l’ouragan Gustav, en annulant la première journée de la convention républicaine, qui se tenait – hasard de la nature – au moment du passage de l’ouragan. Cette journée conventionnelle annulée avait été accordée à la solidarité nationale, au soutien de ceux qui seraient touchés par l’ouragan. Après la cause nationale « Gustav », voici l’autre cause nationale « le plan de sauvetage économique » : 700 millions de dollars. Une chose saute pourtant aux yeux, c’est que John McCain annonce qu’il suspend sa campagne et, dans le même temps, ses conseillers récupèrent cette suspension à leur compte pour continuer à faire campagne contre BarackObama. La campagne continue donc ; le bluff de John McCain avec. Déjà hier, il a dit qu’il espérait être présent au débat d’aujourd’hui et se disait optimiste pour cela. Le Congrès se rapprochait alors d’un accord. Pour l’instant, le compromis semble délicat et il semblerait que les débats doivent se prolonger pendant le week-end. Si John McCain pensait revenir au débat avec cet accord sur le plan Paulson, porté en trophée de guerre, là c’est loupé. John McCain est allé rechercher de l’air à Washington. Lors de la convention de Minneapolis, il avait promis un vent de changement aux technocrates de Washington. Finalement, c’est lui qui va y rechercher de l’air.

John McCain a récupéré Gustav. Il a récupéré la défaite de Hillary en choisissant Sarah Palin parce que c’est une femme, jeune, de surcroît du même âge que Barack Obama. Il a même récupéré le slogan des démocrates : « change ». Il avait fait de l’expérience, son axe de campagne. Finalement débordé par le changement, il vampirise l’idée sans sourciller. Le même John McCain avait fait de la jeunesse un critère d’inexpérience. Sarah Palin étant concernée, John McCain ne parle plus d’expérience. Aujourd’hui il récupère la crise économique. John McCain est un excellent stratège de la récupération : il a récupéré le thème de campagne, il a récupéré la crise naturelle, la crise financière et la défaite féminine d’Hillary.

Chez Larry King Live aujourd’hui, un commentateur a rappelé les conditions du choix de Sarah Palin. En fait un coup de dé. John McCain l’a rencontrée, une seule fois il y a un ou deux ans. Et, tout d’un coup, il s’est souvenu d’elle, après la convention démocrate. Après cela, John McCain se targue de placer le pays avant tout. Qui peut le croire ? C’est la campagne d’abord.

Chris Rock chez Larry King Live et la lecture de McCain entre les lignes

Puisqu’on parle de Larry King Live, la seconde partie de l’émission était consacrée au regard politique de l’humoriste Chris Rock. D’anecdote en anecdote, d’extraits de spectacles en extraits de sketches, Chris Rock présent sur le plateau s’est livré au jeu des questions réponses de Larry King. Mais on a beau interroger un humoriste, au final, c’est lui qui mène la danse. Chris a commencé par dire que franchement, avec la crise, il préfère un candidat qui possède 1 million de dollars de fortune personnelle et une maison à celui qui a 8 maisons et 100 millions de dollars de fortune personnelle. Celui qui a une maison risque sa maison tout comme lui. Celui qui en a 8, même s’il en perd 5, aura toujours une maison où se poser. A ses yeux, le dernier grand Président des Etats-Unis reste Bill Clinton parce qu’il n’était pas riche au moment de son élection. Son patrimoine était semblable à celui d’un citoyen ordinaire. Non, franchement, on devrait interdire au multibillionnaire de se présenter à la candidature à la Présidence de la République, le jeu n’est pas équilibré. Georges Bush n’est pas millionnaire ! Oui, répond Chris. C’est encore un autre problème. Le Président Georges Bush est le fils d’un ancien Président de la République. Là aussi, les choses ne sont pas claires. Les postes de responsabilité publique de cette importance ne devraient pas être ouverts aux fils d’anciens Présidents de la République, aux épouses, bref aux membres de la même famille. Il faut des barrières morales. Une compétition à la Présidentielle et aux responsabilités publiques devrait être organisée comme dans les stations radios. Ceux qui ont des membres de la famille dans la station ne peuvent pas faire partie des gagnants. On retient ici l’idée de base de l’esprit des lois de la gouvernance ou de l’accès à celle-ci, de ne pas être participant et organisateur ou tout au moins initié à la fois, code d’équité s’il en est.

A la question « Qu’attendez-vous de Barack Obama, s’il est élu ? ». Réponse de Chris Rock. Ce que je crois c’est que lorsqu’il sera élu, si c’est lui, il aura pour première préoccupation d’appeler les Chefs d’Etats du Monde et de s’entretenir avec eux, de former un gouvernement, de consulter, bref toutes choses que n’importe quel Président ferait. Barack Obama est un Homme avant d’être Noir. Regardez ce qui s’est passé avec Katrina. Pourtant 30% de gens de là-bas soutenaient G. Bush. Comme quoi !

La vérité décalée des humoristes gicle comme un geyser. Incontrôlable, comme le rire qu’elle engendre. On se surprend à rire des ruses avec la morale et des libertés prises par des habitués du passe muraille avec certains engagements publics. John McCain peut décréter tout seul de ne plus se présenter à un débat pour lequel il avait donné son accord depuis longtemps. Questions morales qui débordent sur le débat actuel à propos de l’économie et des golden boys et des parachutes. Questions morales qui débordent également sur les rentes de situations que l’on se transmet en héritage, y compris en politique. Ce contre quoi les Républiques ont été instituées. Les propos de l’humoriste traversent les acteurs et les débats de cette campagne présidentielle aux Etats-Unis et se connectent, par la magie de l’humour, sur les grandes démocraties occidentales où certaines de ces questions restent mal réglées, laissant un boulevard pour le bluff, les enchères et le cynisme. Dernière nouvelle : John McCain annonce qu’il ne se présentera pas au débat de ce soir, si les discussions sur le plan Paulson devaient se poursuivre ce week-end. Fuite en avant prévisible.

© Elise Mbock

Visitez le site de l’auteur : http://www.elise.blogs.continentaln...

Lire sur le même sujet dans le blog de l’auteur - Rubrique « America 2008 », McCain a les troubles de la mémoire immédiate.

Dernier article publié : RSA, le brouillard de la solidarité. Si on parlait partage et répartition des richesses à la place de la redistribution, on commencerait à se rapprocher de l’égalité des chances.

 
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