McCain qui se dit désolé du ton négatif pris dans cette campagne. Cela rappelle étrangement le « je suis désolé » de Lionel Jospin (2002), se rétractant après avoir dit que Jacques Chirac était "vieux, usé et fatigué". Regret de McCain en forme de mea culpa ou facétie ? Plutôt facétie car, d'après ce qu'on a entendu hier, le choix de Mme Palin semble relever d'un protocole compassionnel.
C'était donc hier le dernier des trois débats présidentiels. Le salut cordial d'entrée entre les candidats a très vite viré à l'offensive de John McCain qui a gardé la main jusqu'à ce que Bob Schieffer, le modérateur de ce débat qui se tenait à l'université de New York, rappelle les mots durs employés par les deux candidats dans leurs campagnes télévisées. Et de poser la question : n'avez-vous pas franchi la ligne jaune, l'un comme l'autre ? John McCain a dit regretté le ton pris dans cette campagne mais, a-t-il rappelé, à chaque fois qu'il y a eu un mot de trop dans ces meetings avec un public formidable mais sur lequel – tout le monde peut le comprendre - il n'a aucun contrôle, il a systématiquement rectifié le propos. Il regrette que Obama n'ait pas fait de même.
Barack Obama dit que la campagne républicaine contre lui renseignait plus sur les républicains que sur lui.
Bien sûr, pour ceux qui suivent la campagne depuis le début, il y avait de quoi se pincer. C'est McCain qui est maintenant la victime des attaques personnelles. Barack Obama, visiblement peu à l'aise avec cette question sur laquelle il lui était facile de jouer les victimes (ce qu'il ne fallait surtout pas faire), a commencé par faire des réponses générales du genre « je peux encore supporter 3 semaines d'attaques de McCain, mais le peuple américain ne peut plus se prendre 4 ans de plus de l'ancienne politique ». Ne voulant pas clairement énoncer les propos de Mme Palin qui l'avait accusé d'être lié d'amitié avec William Ayers, ex- membre d'une ex-organisation terroriste, le modérateur a introduit la question qui fâche : l'amitié avec Mr. Ayers. Obama a quand même lâché que la campagne républicaine contre lui renseignait plus sur les républicains que sur lui. Tout de même, il a expliqué ses liens avec William Ayers.
Les analystes sont tombés d'accord sur le fait que cette question marque le moment où la main est passée de John McCain très offensif à Barack Obama, jusque là sur la défensive. Le retrait de John McCain tient à une difficulté : jusqu'où peut-on aller dans le questionnement de l'adversaire sans devenir inquisiteur ? McCain a donc dû arrêter sa charge contre Obama. Et, c'est le deuxième point faible de John McCain : il est perçu comme faisant une "campagne contre" et non une "campagne pour". Son programme semble peu détaillé, en dehors de ce qui l'oppose à son adversaire. Barack Obama a su éviter ce double écueil en prenant le temps d'expliquer son programme, point par point, avec des « number one », « number two », etc... Cela ressemble à la rigueur professorale que certains commentateurs républicains lui reprochent. Mais, à la fin, on a une lisibilité.
Sarah Palin, un choix campassionnel
Sur les programmes proprement dits, les axes des deux programmes sont assez similaires, puisqu'il s'agit de préoccupations nationales : logement, relance économique par la réduction des impôts et les crédits d'impôts pour les entreprises qui produisent et embauchent surplace, emploi, protection sociale, éducation, environnement et (in)dépendance énergétique. En marge de tout ceci, l'égalité professionnelle et salariale entre hommes et femmes. John McCain y a ajouté une meilleure prise en charge de l'éducation des enfants trisomiques, l'adoption et ses engagements provie.
Lorsque Bob Schieffer a demandé à chacun des candidats de dire en quoi le choix de leur vice-président était le meilleur, Barack Obama est parti sur le registre des valeurs qu'ils partagent avec son colistier, Joe Biden. « Si je venais à être indisponible, Joe Biden a les qualités nécessaires pour être Président ». Plus exactement pour en assurer l'intérim ou la transition. Pour expliquer le choix de Mme Sarah Palin, McCain a emprunté au registre émotionnel d'une mère qui se bat avec un enfant trisomique dans un système de prise en charge défaillant. On savait déjà que sa fille mineure (17 ans) attend un enfant dont elle n'a pas voulu avorter parce que la famille est provie. Une forme de protocole compassionnel auquel McCain a ajouté l'enfant adopté par lui et Cindy. Sarah Palin représente la captation du politique par le familial. L'anti-avortement, L'adoption, la trisomie et sa prise en charge dans le système éducatif deviennent des grandes causes nationales et Mme Palin en est la quintessence. Les fameuses limites entre la vie privée et publique énoncées par Barack Obama lui-même sautent. On assiste à une confusion entre les deux. C'est à se demander si Mme Palin n'a pas été manipulée ? On passe sur son prosélytisme religieux et sur son amour du tir et des armes.
Que pensent les américains de tout cela ? Tests grandeur nature. 1 - Auprès d'un panel d'indécis : 3/0 en faveur d'Obama.
Dans l'Ohio, depuis le débat Biden/Palin, on y mesure l'effet des « arguments négatifs» sur le rejet des candidats. Hier, ce public était composé de 12 démocrates, 12 républicains et de 11 indécis qui réagissaient en temps réel à l'argumentaire des candidats. A la fin du débat, le panel a été consulté en direct sur CNN. Réponses du vote à main levée : 10 citoyens se sont déclarés en faveur de McCain. 15 en faveur de Barack Obama. Plus significatifs, ceux qui ont changé d'avis parmi les 15 : 3. L'interprétation est que Barack Obama a un électorat mobilisé qu'il fixe. Il gagne 3 votes parmi les indécis. John McCain perd un électeur républicain en route et ne gagne pas d'indécis.
2 - Par le vote étudiant. 3 - La bataille dans les Etats décisifs : Le Colorado, la Floride, le Missouri, la Virginie et la Georgie. L'Etat de l'Ohio est comptabilisé dans les Etats ayant basculé dans le camp démocrate.
|
ETATS
|
Obama (2008)
|
McCain(2008)
|
J. Kerry (2004)
|
G. Bush (2004)
|
|
Colorado
|
51 %
|
47 %
|
47 %
|
52 %
|
|
Floride
|
51 %
|
46 %
|
47 %
|
52 %
|
|
Missouri
|
48 %
|
49 %
|
46 %
|
53 %
|
|
Virginie
|
53 (+ 10 points)
|
43 %
|
46 %
|
54 %
|
|
Georgie
|
45 %
|
53 %
|
17 points d'avance pour G. Bush
|
|
Pour la première fois depuis 44 ans, la Virginie vote démocrate. C'est le basculement le plus net. Pour le reste on assiste à un vote à front renversé, comparativement à 2004.
Questions intérieures : les positions avant le débat.
Ce dernier débat présidentiel était consacré aux questions intérieures. Il a eu lieu à l'université de New York. Avant le débat, le poll of polls (le sondage des sondages) de CNN indiquait Obama à 50 % d'intentions de votes ; McCain à 42 % de ces mêmes intentions de votes et 8 % d'indécis. Au niveau national, les sondages de Times magazine rapportés par CNN indiquaient que 61 % des électeurs pensent que McCain a passé plus de temps à attaquer Obama qu'à dire ce qu'il fera. 30 % pensent que John McCain a dit ce qu'il fera.
Parmi les électeurs indécis, 44 % pensent que, durant cette campagne, McCain a été trop critique envers Obama. 23 % pensent que c'est Obama qui a été le plus critique envers McCain.
Le pointage des Etats indique 277 Etats bleus démocrates et 174 rouges républicains. L'Ohio est déjà comptabilisé dans le camp démocrate.
Avant les trois débats présidentiels, Barack Obama a été confronté à 18 débats pendant les primaires démocrates et John McCain en a fait 15.
Lire également : La laîcité positive des indépendants - McCain a des troubles de la mémoire immédiate - l'Iran sera un temps fort du débat Biden/Palin.
Consulter notre Dossier "America 2008" sur mon blog http//elise.continentalnews.fr



0 commentaire
|
Aucun commentaire n'a encore été posté.
