L’Iran a été un des temps forts du débat entre Barack Obama et John McCain de vendredi dernier. Au cours de cet échange, McCain a traité Obama de dangereux. Et, Obama a traité McCain de ridicule. L’Iran étant au cœur de la menace nucléaire aujourd’hui, il est à prévoir que le débat de ce jour entre Sarah Palin et Joe Biden reviendra sur la question iranienne. Cette chronique vous propose deux articles. Le premier, celui que vous avez sous les yeux, revient sur l’échange des deux candidats à propos de l’Iran, lors de leur débat du 26 Septembre dernier. Le second, sur les propos du Président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, tenus chez Larry King Live, quelques jours avant le débat Obama/McCain, le mercredi 24 Octobre.
Première chronique : l’Iran dans le débat Obama/McCain modéré par John Lehrer.
J. Lehrer : Quelle est votre vision sur la menace de l’Iran pour la sécurité des Etats- Unis ?
Sénateur McCain. L’Iran constitue une menace pour Israël, pour la Région et pour la prolifération nucléaire. Seule l’imposition de sanctions pourra avoir une incidence sur le comportement de l’Iran. Pour cela, nous devrons solliciter nos alliés européens.
Sénateur Obama. Ces 7 dernières années, la position de l’Iran dans la région a été renforcée précisément par la guerre en Irak. L’Irak était le plus grand ennemi de l’Iran. L’influence de l’Iran a grandi autour du Hezbollah et du Hamas notamment. Ce que je veux dire c’est que la politique proposée par le sénateur McCain n’a pas marché, puisque l’Iran est passée, depuis 7 ans, de zéro centrifugeuse à 400 centrifugeuses. Ceci étant, le sénateur McCain a raison de dire que nous ne pouvons pas tolérer une prolifération nucléaire, pas seulement pour la sécurité d’Israël mais aussi pour éviter une course aux armements dans la Région.
Sur les sanctions, je pense que le sénateur McCain sera d’accord avec moi pour dire que nous ne pouvons pas le faire sans inclure la Russie et la Chine qui entretiennent d’importantes relations commerciales avec l’Iran, même si, et le sénateur McCain sera d’accord avec moi, même si la Russie et le Chine ne sont pas véritablement des démocraties. Nous devons engager une diplomatie dure avec l’Iran, c’est un point de désaccord que j’ai avec le sénateur McCain qui propose des sanctions. La norme selon laquelle on punit les gens par le silence n’a pas marché. Ca n’a pas marché en Iran, ça n’a pas marché en Corée du Nord. L’isolationnisme n’a fait qu’accélérer l’acquisition du nucléaire.
Sénateur McCain. A deux reprises, le sénateur Obama a dit qu’il est prêt a s’asseoir avec Ahmadinejad, Chavez et Raoul Castro sans préconditions. Ecoutez, le Président iranien Ahmadinejad se trouve en ce moment à New-York où il parle d’extermination d’Israël et de rayer Israël de la carte. Et nous allons nous asseoir sans conditions préalables sur la table pour légitimer cela et lui offrir une tribune pour sa propagande pour exposer l’extermination d’Israël et, ce faisant, légitimer son comportement ignoble ! Avant que le Président Reagan ne reprenne les relations avec la Russie, il a attendu d’être sûr que Gorbatchev se tenait prêt avec sa « glasnost » (la politique qui prônait la transparence dans le pays jugé alors le plus opaque et le plus répressif au monde). De la même façon que le Secrétaire d’Etat, Henry Kissinger, avait préparé le terrain pour les relations sino-américaines. On ne peut pas s’asseoir à la même table, face à face avec le président Ahmadinejad sans conditions préalables. Et le sénateur Obama dit : pas de conditions préalables!
Sénateur Obama. Je me réserve le droit, en tant que Président des Etats-Unis, de rencontrer quiconque, si la sécurité des Etats-Unis en dépend. Je note que Henry Kissinger vient de dire qu’il faut rencontrer l’Iran sans conditions préalables. Je sais bien que préconditions ne signifie pas une invitation à prendre le thé ensemble. Mais, préconditions ne revient pas non plus à dire que tant que vous n’êtes pas entièrement d’accord avec ce que nous proposons, nous n’aurons pas de contacts directs avec vous. Il y a une différence entre préconditions et préparations. Ceci étant, ces préparations que je préconise peuvent parfaitement échouer. C’est seulement lorsque les préparations auront échoué qu’il faudrait envisager les mesures préconisées par le sénateur McCain. Mais, seulement après les préalables, pas avant. Nous avons besoin d’explorer toutes les voies de contacts avec l’Iran avant d’imposer des sanctions contraignantes.
Un dernier exemple, sur le sujet, si vous permettez. Nous avons dit à la Corée du Nord, pas de pourparlers avec vous, pas de négociations d’aucune sorte. Résultat : la Corée du Nord a quadruplé ses capacités nucléaires, elle a fait des tests et a probablement transmis les secrets nucléaires à des pays comme la Syrie. L’administration Bush est en train de revoir sa stratégie dans le sens inverse de ce qu’elle a fait jusqu’à présent. McCain reste le seul à tenir cette position.
Sénateur McCain. Henry Kissinger n’a jamais parlé de face à face entre les présidents des Etats-Unis et Ahmadinejad. Ce face à face peut se faire entre les Secrétaires d’Etat. Ce que le sénateur Obama ne comprend pas c’est qu’en s’asseyant avec quelqu’un qui dit qu’il faut rayer Israël de la carte, on légitime son propos. Ce n’est pas seulement de la naïveté, c’est tout simplement dangereux. Pour le Corée du Nord, c’est probablement le régime le plus brutal et le plus répressif du monde.
Sénateur Obama. Je maintiens que Henry Kissinger a dit que nous devons initier des contacts sans préconditions avec l’Iran. L’idée c’est quoi ? Il est illusoire de croire qu’on peut résoudre un problème avant d’en avoir parlé. La notion selon laquelle nous allons nous contenter de nous asseoir avec Ahmadinejad sans critiquer la virulence de ses propos sur Israël est tout simplement ridicule.
Sénateur McCain. C’est ça. On va s’asseoir et écouter Ahmadinejad dire qu’il va rayer Israël de la carte et nous on va se contenter de répondre : Non, vous n’allez pas le faire ! (rires dans la salle, pourtant interdits par le modérateur J. Lehrer pour ne pas transformer l’évènement en Comedy Center). Et puis ça veut dire quoi les préparations ?
Sénateur Obama. J’utilise les mêmes termes que vos propres conseillers. (Sous entendu, au cas où cela vous aurait échappé). On ne parle pas encore de rencontres entre les Présidents, mais de contacts.
A suivre : Ahmadinejad chez Larry King Live, le mercredi 24 Septembre.
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