Depuis qu’il s’est lancé à la conquête de la Maison-Blanche, Barack Obama n’a jamais fait mystère de sa volonté de changer les choses à Washington aussi bien au niveau de la politique intérieure que de la politique extérieure. Il avait même prévenu qu’il n’y aurait pas de sujet tabou, pas même le très sensible problème palestinien.
Et lundi dernier, il nous en a donné la preuve. Jamais on n’avait vu cela : Américains et Israéliens étalant au grand jour leurs désaccords, notamment sur la question palestinienne et le nucléaire iranien. Pourtant, c’est ce qui s’est passé à Washington lors de la rencontre entre le président Barack Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. En effet, lors de cet entretien entre les premiers responsables des deux Etats les plus alliés depuis des années, Obama a ouvertement prôné l’arrêt de nouveaux actes de colonisation en Cisjordanie et la création d’un Etat palestinien vivant à côté de celui de l’Etat hébreu. Il est aussi revenu sur la nécessité d’un dialogue avec l’Iran à propos du nucléaire. Netanyahu, qui venait chercher l’appui de l’Amérique, a dû être désarçonné par la position de Washington. Naturellement, Tel-Aviv qui ne pouvait pas accepter les propositions de l’Oncle Sam a vite fait de marquer son désaccord. Cette situation était du reste prévisible quand on sait qu’Obama semble une colombe à côté du faucon Netanyahu. Difficile de trouver donc le bon tempo pour satisfaire un modéré et un extrémiste. Alors, est-on en train d’assister à un revirement de la géostratégie américaine au Proche-Orient ? Difficile de l’affirmer pour l’instant, même si l’administration Obama ne cesse d’envoyer beaucoup de signaux pour manifester sa volonté de changer d’approche et de méthode dans cette partie du monde. En effet, le président américain tend la main partout, y compris aux plus farouches adversaires d’Israël comme l’Iran. Chose impensable du temps de George Bush.
Avant Obama, d’éminentes personnalités, comme le Pape Benoît XVI, l’ont martelé à souhait : la solution au Proche-Orient, c’est la création d’un Etat palestinien viable, vivant en paix, en sécurité auprès d’Israël. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la realpolitik a fini par rattraper les USA qui sont actuellement les seuls à faire ployer leur allié historique.
Mais realpolitik pour realpolitik, on se demande bien si Obama pourra tenir ses engagements et s’il aura les coudées franches pour appliquer son programme dans cette région. N’oublions pas que nous sommes bien aux Etats-Unis, où le président est tout-puissant mais aussi tout fragile, car pris au fer par des lobbys de tous genres dont justement le lobby juif qu’on dit très puissant. On peut comprendre la position d’Israël, qui craint beaucoup pour sa sécurité. Mais l’Etat hébreu doit savoir qu’il ne peut pas rêver de faire d’Israël une île paisible s’il est entouré d’ennemis.
A l’échelle individuelle et même d’une nation, la paix, on l’a si on est en bons termes avec ses voisins. La recherche de la paix reste vaine donc tant que les autres pays limitrophes vivent dans l’insécurité et l’incertitude du lendemain. Pour sûr, les relations américano-israéliennes sont entrées dans une nouvelle phase. Mais ce n’est pas demain la veille qu’interviendra le clash. Il est illusoire de s’attendre à ce que Washington se désolidarise de Tel-Aviv au profit de Téhéran et de Ramallah, surtout lorsque la sécurité d’Israël est menacée.
La suite des autres administrations américaines, celle de Barack Obama s’attaque à un problème difficile à résoudre. A croire que ceux qui ont tué Rabbin ont également tué les espoirs de paix au Proche-Orient, notamment entre Israéliens et Palestiniens. En effet, les autres dirigeants qui se succèdent font très attention aux actes qu’ils posent pour ne pas froisser les extrémistes. Dans ces conditions, on ne peut aller à la paix qu’au ralenti.
San Evariste Barro/ L'Observateur



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