De la crise géorgienne à celle du marché financier international, les relations Russie-Union européenne sont passées d'une crise majeure, en août, à une solidarité d'intérêts en ce 14 novembre.
Au plus haut niveau des responsabilités, tout l'art de la politique et de la diplomatie consiste pour le perdant de convaincre son opinion publique d'être sorti de l'affrontement la tête haute. Le vainqueur, lui, laisse croire que l'adversaire a été vaillant et noble. A ce jeu, les opinions publiques des deux adversaires sont rassurées sur la capacité, la bravoure et l'intelligence de leurs gouvernants et sont tranquillisées pour leur avenir. Tout le monde trouve son compte.
C'est un peu l'atmosphère et le ton qui ont dominé la rencontre au sommet entre l'Union européenne et la Russie à Nice (France), vendredi après-midi. Avec le passif de la question géorgienne et abkhaze, avec l'ouragan de la crise financière internationale et le rendez-vous du G20 à Washington, avec l'élection de Barack Obama..., l'UE et sa voisine, la Fédération de Russie, n'avaient d'autre alternative que celle du consensus autour de leurs intérêts communs. En septembre dernier, l'UE avait annoncé, suite à la crise géorgienne, qu'elle suspendait les discussions avec les Russes sur le Partenariat stratégique qu'ils ont commencé à forger depuis mai 2005. La Russie ne fut en rien secouée. Ce 14 novembre à Nice, Russie et UE ont réaffirmé leur attachement à ce Partenariat autour de leurs intérêts réciproques. C'est que plus de 52% des exportations russes se font vers l'UE et la Russie devient ainsi le troisième partenaire commercial de l'Europe, après les USA et la Chine.
Les derniers chiffres de l'échange commercial entre les deux partenaires dépassent les 180 milliards d'euros par an, avec un excédent en faveur de la Russie. Et, bien sûr, l'UE importe 25% de son pétrole de Russie et 50% de son gaz. Ce sont des raisons suffisantes pour que les deux voisins acceptent un « mariage forcé ». Mais toute union, même arrangée, se réalise pour le « pire et pour le meilleur ». Le pire dans ce cas-ci tient à la sécurité et à la défense. Le président russe Medvedev est décidé à maintenir son plan d'implantation de missiles « théâtre » dans l'enclave russe de Kaliningrad. Au coeur de l'Europe. Ripostant ainsi au projet de bouclier antimissile américain en Tchéquie et en Pologne.
L'Europe se trouve piégée dans l'affrontement américano-russe par son alliance de défense transatlantique (Otan). Véritable dilemme pour l'UE : promouvoir sa relation économique avec la Russie pour sa sécurité énergétique et ses intérêts commerciaux, et ne pas se désolidariser des USA pour son projet de défense antimissile sur son propre territoire, aux portes de la grande Russie.
Vendredi vers 20 heures, le président du Conseil européen, Nicolas Sarkozy, s'est prêté lors de la conférence de presse à un vrai jeu de rôle théâtral. « Nous avons parlé avec le président Medvedev de la Georgie, et nous constatons que la Russie a rempli très largement ses engagements sur le retrait de ses troupes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. Nous avons dit au président que nous sommes inquiets pour le déploiement des missile (Iskander) à Kaliningrad ». Et d'ajouter : « Nous nous réunirons vers le milieu de 2009 pour poser les bases de notre sécurité collective. Nous verrons les Américains lors du Sommet UE-USA en juin ou juillet 2009 ». A quoi a répondu juste après le président russe. « Le redéploiement de nos missiles sont une réaction à ceux des USA en Europe ».
Les deux partenaires ont tenu à dire tout haut ce que tout le monde sait, pour que ni la Russie ni l'UE ne perdent la face sur le plan international et devant leurs opinions respectives. Pour le reste, à charge des exécutifs des deux partenaires d'intensifier leurs relations commerciales, culturelles... tel que contenu dans leur Partenariat stratégique.
Sur ce plan, Russie et UE se présenteront en rangs serrés à Washington pour le premier G20 consacré à la crise financière internationale. Les Américains défendront le principe d'un marché financier mondial totalement libre, alors que les Européens, appuyés des Russes, de la Chine, de l'Inde et du Brésil notamment, plaideront pour une plus grande implication des Etats dans le contrôle et la régulation du marché mondial. « Les propositions russes sont de qualité et se rapprochent de celle de l'UE », a déclaré hier soir le président Sarkozy au nom de l'UE.
C'est dire combien l'Europe compte sur la collaboration russe pour sauver son économie et assurer sa sécurité énergétique. L'UE qui sermonnait la Russie au mois d'août dernier lors de la crise géorgienne. Les déclarations finales de ce 22e sommet Russie-UE, empreintes d'apaisement et de réconciliation, n'ont été possibles que grâce à l'art de la politique et de la diplomatie. Personne n'est perdant, tout le monde est gagnant. Pour le moment.
M'hammedi Bouzina Med, correspondant du quotidien d'Oran à Bruxelles



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