Les Français sont les premiers consommateurs d'antidépresseurs dans le monde. Ce record pousse une quinzaine de médecins à lancer un appel dans Psychologies magazine pour dénoncer "la surmédication du mal-être".
Il existent des records qui suscitent colère et indignation. Dire que les Français sont les premiers consommateurs d'antidépresseurs ne réjouit personne. Les Français consomment trois fois plus de tranquillisants et d'antidépresseurs que leurs voisins européens. Et cette surconsommation augmente chaque année. Des centaines de milliers de personnes, dans des périodes de vie difficiles mais ne souffrant d'aucun trouble psychiatrique, se voient prescrire ces médicaments sur de longues durées, sans être averties de leurs effets secondaires ni bénéficier d'un suivi régulier. "Il est urgent de briser le silence", estiment un groupe de 15 médecins qui lancent un appel contre l'abus des antidépresseurs. Il s'agit des spécialistes suivants:
- Gérard Apfeldorfer, psychiatre,
- Boris Cyrulnik, psychiatre,
- Frédéric Fanget, psychiatre,
- Serge Hefez, psychiatre et psychothérapeute,
- Thierry Jassen, chirurgien et psychothérapeute,
- William Lowenstein, psychiatre,
- Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre,
- Daniel Marcelli, psychiatre,
- Christophe Massin, psychiatre,
- J-D Nasio, psychiatre,
- Robert Neuburger, psychiatre,
- Serge Rafal, médecin généraliste,
- Marcel Rufo, pédopsychiatre,
- David Servan-Schreiber, psychiatre,
Gérard Tixier, psychiatre
L'objectif de ces médecins n'est surtout pas de remettre en question l'aide majeure apportée par ces molécules dans le traitement des pathologies mentales ni dans les situations de crise aigüe. Mais ils estiment qu'il est nécessaire et urgent d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur les dangers de cette surmédicalisation du mal être et sur l'existence d'alternatives non médicamenteuses aussi efficaces. Ils souhaitent une meilleure utilisation des antidépresseurs, aussi bien de la part du grand public que des médecins généralistes.
Selon ces experts, "des centaines de milliers de personnes, dans des périodes de vie difficiles mais ne souffrant d'aucun trouble psychiatrique, se voient prescrire ces médicaments sur de longues durées, sans être averties de leurs effets secondaires ni bénéficier d'un suivi régulier."
Selon une étude récente, la moitié des personnes consommant des antidépresseurs ne présentent pas de trouble psychiatrique avéré. "Actuellement, le mot dépression, considère Dre Verdoux, est utilisé à tort et à travers. Il existe en France une surprescription d'antidépresseurs pour des personnes qui n'ont pas de pathologie dépressive, au sens médical du terme. Ils ont une plainte de mal-être face à laquelle la réponse médicamenteuse n'est pas forcément adéquate. Chez quelqu'un qui n'en a pas besoin, l'antidépresseur peut favoriser la survenue d'une vulnérabilité et entraîner des complications. Ces personnes ont davantage besoin d'écoute, de psychothérapie, de soutien. Malheureusement, les consultations de psychologues ne sont pas remboursées."
Il n'est pas question, "dans un contexte de déficit de la Sécurité sociale", a précisé Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de prendre en charge l'accès à un psychologue.
La France est la championne d'Europe de la consommation d'anxiolytiques et d'antidépresseurs comme elle l'est aussi pour les antibiotiques. "Cela relève, commente Mme Verdoux, d'une culture française en faveur du médicament et d'un système sans contrôle." A l'inverse, moins d'une personne sur trois souffrant de dépression bénéficie d'un traitement approprié.
Les symptômes de la dépression sont mal connus, d'où l'intérêt de la campagne nationale qui vient d'être lancée. "Lorsqu'une personne consulte, il faut que le médecin puisse reconnaître la dépression. Très souvent, le patient évoque des problèmes de fatigue et de sommeil et se retrouve avec une prescription d'hypnotique. Le médecin doit prendre le temps d'explorer tous les symptômes."
L'usage des antidépresseurs est par ailleurs souvent incorrect. "Il faut bien savoir, rappelle Dre Verdoux, que le délai d'action de ce médicament est au minimum de deux à trois semaines et que cette période peut être particulièrement difficile.
Le traitement doit être poursuivi au minimum pendant six à huit mois après la disparition des symptômes. Lorsqu'une personne a fait plusieurs épisodes dépressifs (au moins trois au cours des cinq dernières années), la question d'un traitement préventif peut se poser. Enfin, l'arrêt d'un traitement doit se faire progressivement."
Alors que plusieurs patients s'inquiètent des cocktails de médicaments, Dre Verdoux précise, "qu'en début de traitement, il n'est pas aberrant de prendre un hypnotique pour réduire les problèmes de sommeil et un anxiolytique pour lutter contre l'anxiété. Mais, lorsque l'antidépresseur agit, mieux vaut arrêter ces autres médicaments et privilégier la monothérapie."
En ce qui concerne les effets secondaires, Dre verdoux, mentionne les nausées et vertiges qui se présentent surtout au début du traitement. "Le problème majeur qui peut être rencontré, dit-elle, est celui de l'inversion de l'humeur. La personne devient par exemple euphorique ou hyper-active. Dans ce cas-là, il faut arrêter rapidement le traitement, car il a dépassé son but."



1 commentaire
|


Merci pour votre article. Ma fille avait 15 ans lorsque, à mon insu, on lui a prescrit un antidépresseur et un antipsychotique suite à une opération au genou. Ce fut le début d’un long cauchemar qui l’amènera jusqu’au suicide...
