L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) viennent de publier les résultats d'une étude conjointe portant sur la consommation d'alcool dans chaque région de France. La première chose qui frappe dans cette étude c'est que les Français consomment moins d'alcool. L'atlas révèle par exemple que les habitants de l'Île-de-France que dans les autres régions françaises. La Bretagne est championne, toute génération confondue.
Les consommations
Malgré une consommation en baisse depuis plusieurs décennies, l’alcool reste la substance psychoactive la plus consommée en France : seulement 8,4 % des personnes de 12 à 75 ans déclarent n’avoir jamais bu de boissons alcoolisées (vin, bière, alcool fort ou autres alcools comme le champagne, le cidre, le panaché).
Au cours des douze derniers mois, 13,7 % des 12-75 ans disent avoir bu tous les jours, 32,7 % au moins une fois par semaine, 38,4 % moins d’une fois par mois, tandis que 15,2 % de la population déclarentn’avoir pas bu d’alcool sur cette période. L’usage quotidien s’avère presque trois fois plus fréquent parmi les hommes que parmi les femmes (20,3 % vs 7,3 %) et toucheessentiellement les générations âgées : très rare chez les trentenaires et les plus jeunes, il devient commun dans les générations les plus âgées (42 % des 65‑75 ans).
L’alcool le plus couramment consommé est le vin (77,1 % des 12-75 ans déclarenten avoir bu au cours de l’année), devant les spiritueux (56,1 %) et la bière (53,1 %). Ces deux derniers types de boissons ont la préférence des jeunes, alors que c’est le vin qui domine chez les plus âgés.
L’ivresse et les usages à risques
Parmi les 12-75 ans, 14,4 % déclarentavoir connu au moins un épisode d’ivresse au cours des douze derniers mois (21,6 % des hommes vs 7,5 % des femmes). Selon le test Deta, 13,8 % des hommes et 5,0 % des femmes de 12-75 ans présenteraient un risque d’usage problématique d’alcool, surtout entre 45 et 54 ans. Environ un tiers des enquêtés déclare avoir bu au moins une fois au cours de l’année au moins six verres en une seule occasion (binge drinking) et un tiers (53,5 % des hommeset 21,2 % des femmes) présente une consommation supérieure aux recommandations courantes de 21 verres par semaine pour les hommes et 14 pour les femmes.
Les facteurs associés
Les modes de consommation diffèrent fortement suivant le statut scolaire et professionnel. Les élèves et les étudiants boivent moins que les actifs du même âge, tandis que le chômage est associé à des usagesplus fréquents et plus souvent à risques, soit à moyen terme (selon le test Audit‑C), soit plus ponctuellement à cause des ivresses alcooliques.
Les inactifs ne se distinguent en revanche pas des actifs occupant un emploi, quelle que soit la tranched’âge considérée. La retraite ne semble d’ailleurs pas être un facteur modifiant notablement les usages entre 60 et 65 ans. Parmi les grandes catégories d’actifsoccupant un emploi, les modes de consommation sont relativement homogènes : on distingue d’un côté les agriculteurs exploitants, dont les niveaux de consommation quotidienne ou à risque chronique ou de dépendance, au sens de l’Audit‑C, sont très élevés ; de l’autre les artisans, commerçants, cadres supérieurs et ouvriers, dont le profil est intermédiaire ; enfin, les professions intermédiaires et les employés, dont les niveaux d’usages sont nettement inférieurs (à sexe et âge comparables). Cependant il existe des différences au sein d’une même catégorie sociale suivant les types de métiers.
L’évolution des usages de l’alcool est plutôt orientée de façon satisfaisante d’un point de vue de santé publique. La consommation quotidienne a nettement chuté entre 2000 et 2005 (passant de 20,3 % à 14,4 % sur la tranche d’âge 15-75 ans), mais les ivresses et la consommation problématique suivant le test Deta sont restées stables. De plus, les bénéfices sont inégalement répartis dans la population, certaines catégories sociales comme les chômeurs, ou bien, parmi les travailleurs, les ouvriers, semblant en effet avoir moins profité de ces modifications de comportements que d’autres catégories plus favorisées. Le statut face à l’emploi et les inégalités économiques continuent donc de peser sur les comportements de santé, et notamment les consommations d’alcool.
Des ivresses alcooliques plus fréquentes en Bretagne
La carte des taux standardisés d’ivresse alcoolique au cours des douze derniers mois fait ressortir quatre régions au-dessus du reste de la France (Bretagne, Auvergne, Pays de la Loire et Rhône-Alpes) et trois en dessous (Nord–Pas-de-Calais, Bourgogne, Ile-de‑France).
Cette répartition ne reflète pas celle des usages à risques, ni même des usages quotidiens (bien que l’Ile-de‑France présente également un taux standardisé de consommation quotidienne inférieur).
L’image obtenue une fois les effets de structure neutralisés est assez proche : les Pays de la Loire perdent leur singularité (l’OR n’est pas significatif de justesse), mais la Bretagne, l’Auvergne et Rhône-Alpes se voient confirmées dans leur position de régions où l’ivresse alcoolique est plus fréquente, et la Haute-Normandie rejoint le groupe des régions les moins concernées. La carte des ivresses répétées (au moins trois dans l’année écoulée) présente des similarités, mais apparaît plus homogène : une fois contrôlés les facteurs de confusion, la Bretagne continue de présenter un taux plus élevé, mais avec la région Provence–Alpes– Côte d’Azur, et le Centre se trouve aux côtés de l’Ile-de‑France et du Nord–Pas-de-Calais parmi les régions les moins concernées par ce comportement de consommation. Il est à noter que cette dernière région figure parmi celles où la consommation quotidienne d’alcool est la plus répandue, mais ne se distingue pas par ses prévalences de consommations à risque.
Ces résultats sont proches de ceux observés à l’adolescence, où l’Auvergne et surtout la Bretagne se distinguent très nettement des autres régions pour la fréquence très élevée des ivresses alcooliques, alors que les régions Nord–Pas-de-Calais, Ile-de‑France et Centre présentent des niveaux faibles.
(Cet aticle s'appuie sur une étude de l'INPES sur la consommation d'alcool en France)



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