La ministre de la santé Roselyne Bachelot, les présidents du comité éthique et cancer, les professeurs Axel Kahn, président de l’Université Paris Descartes et Francis Larra, président de la Ligue contre le cancer, ont inauguré vendredi 19 septembre à 9h30 en présence de la presse au siège de la Ligue contre le cancer le comité éthique et cancer, composé de 40 membres permanents, personnalités reconnues dans leur discipline, pouvant être saisi à tout moment, par toute personne et sur toute question légitime soulevant une problématique éthique concernant la pathologie cancéreuse.
Il sera saisi en cas de "conflit entre des principes très forts, des rationalités morales opposées", selon les termes du généticien Axel Kahn, coprésident.
Crée sous l’impulsion de la Ligue contre le cancer à la suite du 1er colloque éthique et cancer du 14 février 2008, ce comité est officiellement installé.
Placé sous l’égide de la Ligue contre le cancer, le comité éthique et cancer est un organe de recours indépendant
Un avis sera rendu par le comité éthique et cancer dans les quinze jours consécutifs de cette première session, et proposera des solutions applicables dans la pratique professionnelle quotidienne.
Les débats de sa première séance ont porté sur une saisine déposée par le corps médical, relative à un litige opposant le droit sur le secret professionnel et l’information délivrée à un entourage en situation de détresse. Ce différend sur le moyen de porter assistance à la famille sans enfreindre la loi sur la confidentialité de l’état d’un patient atteint de cancer, surtout lorsque celui-ci en a fait la demande, confronte les personnels médicaux et soignants à un cas de conscience vécu comme inextricable.
Tout patient, fût-il mourant, a droit au secret sur sa maladie, mais sa famille peut avoir un besoin absolu d'être informée: le comité "Ethique et cancer" a tenu sa première séance vendredi pour essayer de répondre à ce dilemme.
Le premier cas qui lui a été soumis, s'est présenté récemment dans un service de cancérologie. Cas à valeur d'exemple, il met en opposition le principe du respect du secret professionnel et celui de l'assistance à la famille.
Georges B., soigné pour un cancer du poumon dans un établissement de la région parisienne, était âgé de 45 ans lorsque les médecins lui annoncent qu’il est en situation d’échec thérapeutique. Il leur demande alors de n’en rien dire à sa famille. Au sortir de la chambre, ceux-ci sont interpellés par l’épouse du malade, 40 ans, qui exige de connaître la vérité au motif qu’elle a 3 enfants en bas âge (6, 8 et 12 ans) et que cette situation rendrait nécessaire pour elle de reprendre une activité professionnelle interrompue depuis 8 ans.
Le seul désir de Georges suffit-il pour justifier un quelconque mutisme des médecins ? D’un autre côté, a-t-on le droit de passer outre son souhait pour satisfaire celui de son épouse confrontée à des obligations vitales ? Est-ce aux seuls médecins de trancher ? Ont-ils intérêt à informer l’épouse sans en avertir Georges ? Pris en étau entre deux demandes inconciliables, peuvent-ils aider à un rapprochement des points de vue ? Pour y parvenir, la volonté de Georges devra être transgressée. Peut-on enfreindre la loi en ne respectant pas la confidentialité de cette demande ?
Cette saisine pose un réel problème éthique, celui d'une opposition entre deux principes moraux forts : le secret professionnel garant de l'intimité des personnes et base d'une relation de confiance entre le médecin et son malade, d'une part ; l'assistance à une famille en détresse, d'autre part.
Quel conseil doit-on donner aux soignants? De se taire, conformément à la loi, ou au contraire, pour l'aider, de prévenir la famille? Que faut-il privilégier: l'exigence du malade, le premier concerné, ou les besoins de ceux qui lui survivront?
"L'épouse est seule à pouvoir dire son angoisse à son mari, le soignant ne peut intervenir qu'en la poussant à lui parler", estime Françoise May-Levin, conseillère médicale à la Ligue.
La majorité des intervenants ont estimé aussi qu'il n'appartient pas au soignant de s'immiscer dans la vie de la famille mais d'inviter le couple à "retourner dans l'intimité du dialogue".
"Il faut donner du temps au temps", note une infirmière, suggérant l'aide d'un psychologue ou d'une assistante sociale.
Un membre de la Ligue raconte qu'il a respecté la volonté de sa femme cancéreuse en ne disant pas à sa fille que sa mère allait mourir. "Huit ans après, ma fille est toujours traumatisée", dit-il. Une mère de malade estime qu'à partir du moment où on a arrêté un traitement, "toute la famille s'en aperçoit", et "le malade sait que la famille sait".
Dans le cas de Georges B., les médecins ont finalement dit à sa femme que son mari n'allait "pas bien" et que "rien ne permettait de penser qu'il puisse aller mieux". Ils lui ont dit aussi que son mari ne voulait rien lui dire pour "la protéger", son premier mari étant mort d'un cancer dans des circonstances difficiles.
Le malade n'a jamais su que son épouse était au courant.
Ce comité aura un rôle consultatif et se réunira chaque trimestre.
Les avis, rendus à bref délai, seront publiés sur le site de la Ligue.
Le Comité peut être saisi par voie postale (Ligue contre le cancer, question éthique, 14 rue Corvisart, 75013 Paris) ou par internet (ethique@ligue-cancer.net ).



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