Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos charge le pape à son tour. Contrairement aux autres ministres, monsieur Darcos fait dire à Benoît XVI ce qu'il n'a pas dit. Est-ce intentionnel ?
"Aller dire en Afrique qu'il ne faut pas utiliser le préservatif, c'est criminel.", affirme Xavier Darcos, en ajoutant que "cela entraîne des morts tous les jours".Le pape ne l'a jamais dit, monsieur le ministre.
Mais qu’a donc dit le pape Benoît XVI de si abject ou de si nouveau par rapport aux positions traditionnelles de l’Eglise catholique romaine sur ce sujet sensible ? "Je dirais, a souligné le pape, que l’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires". Avant d’ajouter pour mieux expliciter sa pensée sur ce sujet: "S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut pas résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs. Au contraire, cela risque d’augmenter le problème".
Le pape dispose de ressources de qualité pour défendre ses positions sur un sujet donné. L’on ne peut cependant s’empêcher de relever au moins deux faits : d’abord, la réserve, voire l’hostilité du Vatican envers l’utilisation du préservatif ne datent pas du 17 mars dernier. Au contraire, il s’agit d’une position ressassée depuis plusieurs années déjà. Et aucun des journalistes qui accompagnaient le pape dans l’avion qui le transportait vers le Cameroun ne pouvait prétendre l’ignorer. Sauf impréparation blâmable du voyage, ce qui semble peu probable.
Il faut donc chercher ailleurs la « justification » de ce tintamarre indécent qui a occulté jusqu’aux motivations profondes de la toute première visite de Benoît XVI en terre africaine. Sans doute devrait-on la trouver dans le principe bien établi selon lequel l’information est conçue pour mettre en place ou pour consolider des modèles sociaux préalablement définis.
On sait que les sociétés post-industrielles, dans l’ensemble, tiennent Dieu pour « mort ». Et que la foi tend à devenir là-bas un terrain aride de moins en moins attractif. Sinon, comment comprendre que les commentateurs n’aient pas pris soin de s’attarder sur ce préalable énoncé par le pape : « S’il n’y a pas l’âme » qui s’inscrit bien en droite ligne de la chapelle… vaticane ? L’«oubli » laisse songeur, même s’il était destiné à caresser les téléspectateurs visés dans le sens du poil.
Mais pour nous autres Africains de la périphérie, pour nos publics et nos peuples meurtris par la maladie et la misère, ces déshérités, accrochés au message de paix et d’espérance, qu’avions-nous à faire d’une polémique stérile qui exsude des intérêts bassement matérialistes ? Eh oui, c’est cela aussi le sida, c’est-à-dire des industries, des capitaux, des batailles… Au-dessus de nos têtes qui ne comptent même pas pour un sou. Et puis, force est de reconnaître, avec Roger Clausse, que dans ses fonctions d’expression et de pression, la presse ne se contente pas seulement de rapporter les opinions, mais aussi elle les cristallise. En présentant sous un éclairage pas toujours innocent les faits sur lesquels l’opinion se fonde ou croit se fonder. De manière à provoquer ou à accroître l’adhésion des consciences aux thèses qu’on présente à leur assentiment.
Il y a quelque temps, se mettant à cœur de défendre a hue et a dia des modèles sociaux qui ne sont pas les nôtres, certaine campagne médiatique avait voulu nous faire admettre l’homosexualité comme une « valeur » à promouvoir et à pérenniser. Le faux débat sur les préservatifs pourrait s’avérer l’autre face d’une même réalité : une volonté acharnée de domination à travers une standardisation des schèmes et comportements. Au nom d’une globalisation inique, univoque et insidieuse. Il est du devoir impérieux des Africains de rejeter fermement ces « visions» et autres logiques d’enfermement qu’on cherche à leur imposer à tout va. Alors, vigilance !" Source: Cameroun Tribune



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