Dans sa conférence de presse hier, à Génève, la Directrice Générale de l’OMS [Organisation Mondiale de la Santé] , le Dr. Margaret Chan, a recommandé aux pays de ne pas fermer leurs frontières et de ne pas restreindre leur commerce, en réponse à l’épidémie de la grippe porcine. Pourtant, dans le même temps, elle a relevé le niveau des risques de pandémie de 4 à 5 sur une échelle maximale des risques de 6. Que doit-on comprendre ?
"Que le monde est mieux préparé à affronter une pandémie qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire", a rassuré le Dr. Chan. Son adjoint, le Dr. Keiji Fukuda précise que "cette évolution de la gradation ne signifie pas que la pandémie est inévitable. Il est trop tôt pour prédire si la pandémie sera sévère ou légère". Il ajoute cependant qu’il "est clair que la pandémie continue à s’étendre et qu’il n’y a pas de signes de ralentissement visibles pour le moment".
Voilà donc l’explication de l’augmentation du niveau d’alerte : le risque de généralisation de la propagation du virus précisé par la Directrice Générale, le Dr. Chan de la manière suivante : "la décision d’augmenter le niveau d’alerte indique que tous les pays doivent immédiatement activer leur plans de veille sanitaire. Ce passage à une phase d’alerte supérieure est un signal à destination des gouvernements, des ministères de la santé et des autres ministères, des industries pharmaceutiques que certaines actions doivent être prises en urgence absolue". Il s’agit donc d’une alerte préventive, au nom du principe de précaution.
Alerte confirmée par celle de certains experts qui envisagent le pire scénario en se basant sur le portrait robot des victimes du virus au Mexique : de jeunes adultes bien portants. Les chercheurs ne savent toujours pas comment la transmission du virus se fait d’homme à homme et pourquoi il a frappé la catégorie démographique considérée comme la plus vigoureuse au Mexique.
D’autre part, les chercheurs craignent une mutation éventuelle du virus. Ce qui le rendrait difficile à traiter ou à combattre, puisque les gens n’ont pas d’immunité naturelle contre ce virus. Il faut 6 mois pour mettre un vaccin au point. Pendant ces 6 mois, en cas de mutation du virus, le pire est à craindre.
Il faut 6 mois pour mettre un vaccin au point
Selon l’OMS, l’état d’urgence sanitaire publique est un évènement ou une menace imminente d’une maladie ou des conditions sanitaires causés par le bioterrorisme, une épidémie ou une pandémie. Il s’applique également dans le cas d’agents hautement infectieux ou de toxines qui posent un sérieux risque pour un nombre élevé de personnes.
Les différents niveaux d’alerte de l’OMS
Phase 1. Aucun virus animal répertorié comme cause d’infections humaines
Phase 2. Un virus grippal animal a été identifié comme cause d’infections humaines et présente un risque de pandémie.
Phase 3. Un virus animal ou humain a causé des cas d’infections dans un petit groupe sans que cela soit suffisant pour caractériser une épidémie au sein d’un groupe plus large.
Phase 4. En cas de transmission d’homme à homme de virus humain ou provenant d’un animal indiquant un grand risque de pandémie.
Phase 5. Confirmation de la transmission du virus d’homme à homme dans au moins deux pays accompagnée de l’imminence d’une pandémie.
Phase 6. Pandémie globale en cours. (Source Vitalsigns CNN)
La grippe porcine - définition et symptômes
La grippe porcine est une maladie respiratoire contagieuse qui affecte habituellement les porcs. Elle est causée par un virus grippal. La souche actuelle est une variation de ce virus qui est un mixte de deux versions : humaine et animale.
Lorsque le virus se contamine de personne à personne, au lieu du schéma habituel de l’animal à l’homme, il peut continuer à muter et devient résistant aux traitements existants d’autant que les individus n’ont aucune immunité naturelle pour les protéger.
Les symptômes sont identiques à ceux d’une grippe ordinaire : fièvre, engourdissements, manque d’appétit, toux, nez qui coule, gorge irritante, nausée, vomissements et diarrhée.
La contagion se fait lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue à proximité d’une autre personne. Elle peut aussi se faire chez une personne ayant touché un objet qui a été en contact avec le virus et qui, après avoir touché cet objet, se touche la bouche, le nez ou les yeux -(Source CNN).
Phase d’affolement ou risque réel ?
Malgré tout, des voix s’élèvent contre la suréaction médiatique et la présentation affolante qui est faite de l’épidémie. Alors qu’on a déjà connu pire.
En 1918, la grippe espagnole a tué 100 millions de personnes.
Il y a aussi eu l’épidémie de choléra ; un autre épisode meurtrier.
Plus près de nous, la grippe hivernale et le réchauffement climatique - et ses étés meurtriers - continuent de tuer entre 1 000 et 2 000 personnes. On se souvient de l’été meurtrier qu’a connu l’ancien Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin qui a d’ailleurs sonné le glas de sa mission.
Puis, il y a le Sida qui - à titre comparatif - a déjà tué 1 000 fois plus*. Il semblerait qu’on soit plus sensible à l’apparition de nouveaux virus qu’aux anciens avec lesquels on a pris l’habitude de vivre.
Après la vache folle, la tremblante du mouton et la grippe aviaire, on ne peut pas écarter la psychose de la malbouffe et de nos conditions d’élevage dénoncées par les écologistes comme source d’une bouffe "frankenstein". Alors, le monde a peur de ce qu’il mange, de ce qu’il respire et même de l’information. Civilisation de la peur que le principe de précaution ne suffit pas à contenir ; alors même que l’accélération des échanges est largement compensée par cette même vitesse de l’information, par la rapidité de l’observation et par la capacité de traitement unique dans l’histoire, comme l’a rappelé le Dr. Chan.
Ceci étant dit, un mort est un mort. Et même s’il n’y en a qu’un c’est déjà beaucoup. Il n’y aura donc jamais d’excès de précaution. Quant à la peur, elle a un versant élogieux qui est la prudence et un versant négatif qui est le renfermement sur soi qui - économiquement peut dégénérer en protectionnisme. Le G20 a définitivement rejeté le protectionnisme. Il n’est pas exclu qu’une pandémie puisse servir d’alibi au protectionnisme. La veille sanitaire et la vigilance économique sont liés à la vie comme à la mort. Le Dr. Chan a tenu à préciser hier qu’elle remerciait les Etats-Unis pour l’aide qu’ils apportent à l’OMS. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne mènent la police contre le protectionnisme.
Par Elise Mbock - scenepublique.com



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