Nos sportives de haut niveau sont aussi concernées par l’incontinence urinaire, un mal qui touche plus de 3 millions de Français de tous âges. Il est clairement établi que, chez la femme, certains sports, ou une activité physique trop intense, peuvent avoir des effets néfastes sur la statique pelvienne et donc entraîner une incontinence urinaire d’effort.
Plus de 3 millions de Français sont concernés par l’incontinence urinaire. Le retentissement de ce trouble s’exprime non seulement sur le plan médico-social mais surtout en termes de qualité de vie : conduites d’évitement dans la vie sociale, privée, et parfois professionnelle, problèmes de scolarisation pour les enfants et d’insertion professionnelle pour les adultes ; la nécessité de placement des personnes âgées en institution et difficulté pour trouver un établissement qui assure une prise en charge convenable.
Le message à faire passer pour cette 7e Semaine Nationale de l’Incontinence est que ce mal « ne touche pas forcément les personnes que l’on croit ». On aura par exemple la surprise de savoir que des sportives de haut niveau en sont particulièrement exposées à l’incontinence.
Ainsi, à la question « Entre une femme jeune et sportive et une femme plus âgée et en surpoids, qui court le plus de risques ? », la réponse est : « les deux ! ».
Depuis quelques années, d’autres catégories de personnes ont été identifiées comme des sujets à risque, en ce qui concerne l’incontinence urinaire d’effort (la plus répandue). Parmi ces sujets, les sportives et les personnes en surpoids.
Le sport c’est bon pour la santé, mais ...
Le sport c’est bon pour la santé, et de plus en plus de gens ont une activité physique régulière. Mais il est clairement établi que, chez la femme, certains sports, ou une activité physique trop intense, peuvent avoir des effets néfastes sur la statique pelvienne et donc entraîner une incontinence urinaire d’effort. Ainsi voit-on se multiplier, ces dernières années, le nombre de plaintes pour fuites d’urine au cours d’un effort physique dans les milieux sportifs de haut niveau, entre autres. Car, quelle que soit la tranche d’âge, le sport peut multiplier de 3 à 5 (selon l’activité) le risque d’IUE, et ce pour toutes les pratiquantes, même amateurs.
Pourquoi ?
On le sait, l’IUE survient lorsque la pression vésicale dépasse les capacités sphinctériennes au cours d’un effort, en dehors de toute contraction vésicale. Or, chez les femmes sportives, lorsque la paroi abdominale est très tonique, la tension abdominale est une source de pression « vers le bas », en direction du plancher pelvien. Et les exercices physiques qui occasionnent des sauts répétés (jogging, saut, etc.) ajoutent une pression abdominale - à titre d’exemple, la PIA (pression intra-abdominale) peut être multipliée par 10 lors d’une course ou d’un saut !
Cette mécanique d’hyperpression intra-abdominale influe, à terme, sur la statique pelvienne et finit par produire un déséquilibre entre une sangle abdominale trop puissante et un plancher périnéal insuffisamment musclé, favorisant des « fuites urinaires » d’effort.
Tout dépend du sport ou de l’activité physique
Les sports sont classés selon le risque qu’ils font courir au plancher pelvien.
Dans les sports à risque élevé, on trouve :
- la course à pied, les sauts de haie
- l’aérobic (intensif)
- la gymnastique acrobatique, le trampoline
- le volley et le hand ball
- les arts martiaux...
Dans les sports à risques modérés, on trouve :
- Le tennis
- Le ski...
Enfin les risques sont faibles avec des activités comme la marche, la natation, le vélo, le roller...
Des études qui concordent :
Mêmes constats avec L’étude Nygaard réalisée en 1994 afin d’explorer l’incontinence urinaire chez les athlètes féminines nullipares.
Cette étude a fait apparaître que sur les 156 femmes nullipares enrôlées, ayant pratiqué un sport de haut niveau, 28 % présentaient une incontinence urinaire à l’effort. Parmi celles-ci, 67 % avaient pratiqué la gymnastique, 50 % avaient pratiqué le tennis et 44 % le basket.
Une étude danoise, publiée en 2002, auprès de 291 femmes (âge moyen : 23 ans), montrait que 52 % des femmes pratiquant une activité sportive intensive souffrent de fuites d’urine à l’effort. Cette même étude a pointé les sports les plus « à risque » : par ordre décroissant, gymnastique, danse classique, aérobic, badminton, volley ball, athlétisme, hand ball, basket. Elle soulignait enfin que 60 % des femmes interrogées avaient déclaré devoir porter des protections lors de leur pratique sportive.
En 2002, l’étude américaine Thyssen, portant sur la même thématique a établi que 43 % des femmes recensées souffraient d’incontinence urinaire à l’effort, parmi lesquelles essentiellement des femmes ayant pratiqué la gymnastique, la danse et l’aérobic.
Pourtant, seulement 5 % de ces sportives en avaient informé leur médecin lors d’une consultation...
Enfin, la toute dernière étude suédoise Eliasson, publiée en 2004, s’est intéressée aux jeunes femmes qui pratiquaient le trampoline. Ces jeunes femmes étaient toutes nullipares. L’étude a montré que 80 % d’entre elles souffraient d’une incontinence.
Quelle prise en charge ?
Mieux informer
Il paraît évident que des actions d’éducation devraient être menées auprès de ces jeunes sportives afin de les informer sur le schéma corporel féminin, sans que le rôle du périnée ne soit occulté, et les risques potentiels liés à l’oubli de ce dernier...
Prévention et rééducation
Ensuite, tout dépend du sport pratiqué et de l’importance du handicap, mais l’IUE étant peu sensible aux traitements médicamenteux, la prise en charge doit porter en premier lieu sur une prévention des troubles de la statique pelvienne, mais aussi rachidienne. Dans ce domaine, les techniques de rééducation connaissent de réels succès. Elles ont pour objectif la meilleure utilisation de l’appareil sphinctérien et son renforcement musculaire : exercices périnéaux, cônes vaginaux, biofeedback ou électrostimulation, ces différentes techniques (parfois combinées entre elles) permettent une amélioration certaine, mais peu durable. En effet, il est nécessaire de poursuivre les exercices réalisés chez le kinésithérapeute par des exercices à la maison, sur le long cours, une contrainte à laquelle tous les patients ne parviennent pas à s’astreindre.
Dans des cas plus sévères, les femmes peuvent bénéficier du « MAB program ». Il s’agit d’une méthode dérivée du biofeedback avec télémétrie. Grâce à une mesure des activités musculaires enregistrées par un système EMG, elle renseigne sur les possibilités de chacune du verrouillage périnéal, lors d’activités sportives. Les informations recueillies sont transmises à un ordinateur qui exprime, via un écran de contrôle, les données en temps réel, au cours de l’activité physique ; permettant à la patiente d’adapter et de doser la force musculaire de son périnée en fonction du mouvement à réaliser.
La Femina Gym, est une méthode originale mise au point par des professionnels de santé. Cette méthode concilie les impératifs de conservation du tonus périnéal et l’amélioration de la condition physique. L’originalité de la méthode est de combiner gymnastique, exercices de yoga et aérobic, avec intégration du verrouillage périnéal (avec ou sans cônes vaginaux). Cette rééducation se pratique en groupe (6 personnes maximum), une séance dure 45 minutes et il existe plusieurs niveaux de pratique dans lesquels la patiente peut évoluer en fonction des résultats obtenus.
Enfin, si l’IUE sévère persiste après différents traitements, il peut être envisagé un recours à la chirurgie. L’intervention la plus pratiquée aujourd’hui est le soutènement urétral. Elle consiste à mettre en place (par le vagin) une bandelette en matériau biocompatible qui soutient le conduit de l’urètre lors de l’effort pour éviter qu’il ne s’ouvre de façon intempestive. La bandelette est sans tension (comme un hamac), sous l’urètre, supportant ce dernier pendant l’effort physique, empêchant ainsi toute fuite d’urine. Cette technique est mini-invasive, l’intervention ne dure pas plus de 30 minutes et se pratique sous anesthésie locale ou loco-régionale, la patiente restant hospitalisée de un à deux jours.
Le sport au féminin reste, bien sûr, souhaitable et profitable ! Mais une meilleure information, et une déculpabilisation des femmes sportives concernant l’IUE permettrait une meilleure prise en charge et, le cas échéant, d’orienter précocement vers des rééducations spécifiques. Enfin, si le sujet de l’incontinence urinaire était moins tabou, et si l’on pouvait en parler plus simplement avec des professionnels compétents, les femmes, notamment les plus jeunes, pourraient, dans des cas très précis, envisager de réorienter leur choix d’activité physique et sportive. Source: communiqué de l'Association Française d'Urologie.



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