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Le bisphénol A reconnu coupable !
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Publié le 17/09/2008 16:57 par Johnny Messy

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Photo : bisphénol A
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            (© Le Point)

Une étude a relié le bisphénol A (BPA) à l'apparition de certaines maladies cardiovasculaires et du diabète chez l'humain. Pour en parvenir à ces conclusions, des chercheurs anglais de l'Université Exeter ont analysé des données portant sur 1455 Américains âgés de 18 à 74 ans. Le BPA est un produit chimique utilisé dans la fabrication de produits plastiques comme les bouteilles ou les biberons.

Le bisphénol A est connu pour s'extraire des plastiques nettoyés avec des détergents puissants ou utilisés pour contenir des acides, ou des liquides à hautes températures. La contamination humaine se fait essentiellement par ingestion mais un passage par les voies respiratoires ou la peau est possible. Des chercheurs britanniques viennent de publier les résultats d'une étude sur le BPA montrant que des concentrations les plus élevées de BPA dans l'urine de ces personnes étaient liées à une augmentation significative pouvant aller jusqu'à 39 % en moyenne du risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et d'anomalies des enzymes du foie.

Les premières études sur l'action oestrogénique du bisphénol A datent des années 1930 durant lesquels il fut administré à des rates ayant subi une ablation des ovaires. Une action en tant qu'androgène est fortement suspectée. Ces effets pourraient entraîner des problèmes de santé chez l'homme, tels qu'une diminution du taux ou de la qualité des spermatozoïdes. Le bisphénol A peut causer des anomalies de fonctionnement d'autres organes, comme le pancréas ou la thyroïde.

Cette molécule est détectée dans les urines de plus de 90% de la population américaine. Un taux urinaire élevé semble corrélé avec la survenue d'un diabète, avec la survenue de maladies cardio-vasculaires ainsi qu'avec la présence d'anomalies du bilan hépatique.

L'industrie du plastique a longtemps affirmé que le bisphénol A est sans danger pour l'homme, minimisant ou réfutant les tests donnant des résultats contraires. 11 études effectuées par des industriels ne mettent aucun risque en évidence, tandis que d'après un rapport de Frederick vom Saal et Claude Hughes 90% des 104 études indépendantes montrent un risque possible. Un rapport précédent rendu public par le Centre pour l'analyse des risques de l'Université Harvard et financé par le Groupement américain du plastique qualifiait le risque de «faible» et «non significatif». Claude Hughes considère dans le rapport de 2004 que cette publication du centre pour l'analyse des risques n'est pas fiable parce qu'elle ne prend en compte que peu des travaux publiés depuis 2001 sur l'effet des faibles doses de BPA sur la santé.

En 2005, une équipe conduite par S.M Belcher a démontré que de faibles taux de bisphénol-A peuvent entraîner une altération du développement du fœtus chez le ra.

En 2006, vom Saal et Welshons ont publié une analyse détaillée expliquant pourquoi certaines études, principalement menées par des laboratoires financés par l'industrie, n'obtenait pas des résultats reproductibles sur les effets à faible dose du bisphénol-A. Un comité scientifique indépendant a réanalysé les données du rapport pour le compte d'une agence du gouvernement américain, et a montré qu'en réalité un effet existe en dépit des conclusions opposées du rapport originel. Depuis le 18 avril 2008, Santé Canada, l'office public de santé du Canada, a classé le bisphénol A au rang de substance dangereuse. Le Canada a été ainsi le premier pays à classer au rang des toxiques cette substance, ce qui doit amener Etats-Unis et Union européenne à se prononcer.

En août dernier, l'agence américaine de réglementation des médicaments et des produits alimentaires FDA (Food & Drug Administration) aux Etats-Unis a déclaré cette molécule "non dangereuse pour les adultes et les enfants". Elle s'oppose à la nouvelle étude réalisée par des chercheurs anglais. La FDA a réitéré devant un groupe d'experts indépendants les conclusions de son rapport selon lequel le BPA présent dans le plastique de consommation quotidienne ne présentait pas de risque pour la santé humaine.

De son côté, l'American Chemistry Council (ACC), le groupement des industries chimiques américaines, a rejeté en bloc les conclusions de l'étude britannique, qu'il qualifie de prématurées. Il critique aussi sa méthodologie.

Bisphénol A (BPA): un œstrogène synthétique, utilisé dans le plastique des bouteilles et biberons pour bébés, passe dans les liquides et est suspecté d'avoir des effets sur le corps

Un comité américain d'experts a déclaré en août 2007 que le bisphénol A (BPA), une molécule aux mêmes effets que les œstrogènes présente dans de nombreux récipients, parmi lesquels des biberons pour bébés, pourrait potentiellement causer des effets sur le système nerveux des fœtus et enfants. Les experts se sont basés sur une multitude d'études chez l'homme et l'animal, et se disent préoccupes par la possibilité d'effets chez l'homme. Ils préconisent la précaution dans leur rapport officiel, et que chacun limite son exposition individuelle (1). De nombreux autres experts, ayant analysé les différentes études existantes et qui a publié ses conclusions en août 2007, les accuse d’être trop modérés et d’avoir négligé de nombreux autres effets sérieux chez l’animal qui pourraient très bien être retrouvés chez l’homme (2). Face aux incertitudes, des grandes enseignes ont retiré de la vente ces biberons depuis avril 2008, et le Canada propose également d'en interdire la vente.

Le bisphénol A est une molécule chimique qui fut étudiée dans les années 1930 pour son activité similaire aux œstrogènes, comme œstrogène de synthèse. Il ne fut jamais utilise comme œstrogène de synthèse car d'autres molécules aux propriétés plus intéressantes furent découvertes au même moment. Le bisphénol A est actuellement utilisé en grandes quantités (plus de 3 milliards de tonnes) notamment comme additif dans le plastique de type polycarbonate (souvent noté sur les récipients avec le sigle "PC"). On le retrouve donc notamment dans de nombreuses bouteilles, biberons de bébés, et boîtes de conserves (3). Plusieurs études ont montré que le bisphénol A (BPA) présent dans de tels récipients diffuse dans le liquide qu'ils contiennent. Le bisphénol A est retrouvé dans le corps de la plupart (plus de 95% de la population américaine etudiée) des gens testés (4). Les quantités auxquelles le corps est exposé sont faibles, et en dessous des actuelles limites gouvernementales autorisées. Cependant, de nombreuses études montrent des effets sur le corps à ces faibles doses.

Les nouvelles conclusions d'un comité d'experts

Un comité américain d'experts a analysé près de 500 études existantes chez l'homme et chez l'animal. De nombreuses études où la molécule est injectée directement dans le sang ne furent pas considérées, car elles ne tiennent pas comptent de la dégradation de la molécule lorsqu'elle est absorbée par voie orale. Malgré cela, le comité put se baser sur une demi-douzaine d'études où l'administration du bisphénol A (BPA), par voie orale à des doses similaires à celles retrouvées chez l'homme, résulte en des effets sur le système nerveux ou sur le comportement chez des rongeurs exposés au bisphénol A in utero, tels que des changements de la structure du cerveau et du comportement des mères envers leurs petits. Le comité n'était pas consulté pour une recommandation quant à l'interdiction d'utiliser le bisphénol A dans le plastique, mais s'est quand même prononcé en août 2007 pour un principe de précaution, selon lequel la population devrait considérer l'utilisation de récipients sans bisphénol A.

Certaines associations de défense de l'environnement ont accusé le comité en août 2007 d'être base sur de nombreux experts en faveurs de l'industrie. Il est aussi reproché de ne pas avoir tenu compte d'études publiées et acceptées par la communauté scientifique comme robustes, où il est observé par exemple que les niveaux faibles de bisphénol A mesurés chez l'homme sont suffisants pour augmenter le risque de cancer de la prostate, du sein, le diabète de type II, causer des anomalies lors de la reproduction, réduire la qualité du sperme, causer des fausses-couches à répétition, de l'obésité, et des troubles du comportement similaires aux troubles déficitaires de l'attention (5). D'autres experts internationaux, ayant aussi inspecté tous les résultats disponibles et ayant publié leurs conclusions en août 2007, reprochent au comité américain de négliger de potentiels effets sur le fœtus, qui reçoivent directement la dose de bisphénol A présente dans le sang de leur mère, indépendamment de la voie par laquelle elle l'a assimilé. Ce groupe de 38 experts internationaux préconise encore plus de précautions au regard des nombreux et importants effets observés chez les animaux (2).

Méfiez-vous des contrefaçons d’études scientifiques vantant l’innocuité du bisphénol A

Les intérêts économiques industriels en jeu dans le débat sur la toxicité ou la sécurité du bisphénol A (BPA), même au niveau des enfants et nourrissons, sont si grands que certains industriels sont soupçonnés de manipuler l’information scientifique pour faire pencher l’avis du public du cote de leurs intérêts. En témoigne une lettre envoyée en février 2008 par le congrès américain à une entreprise de consultants de Washington, The Weinberg Group (6). Dans cette missive, deux députés de l’assemblée (John Dingell et Bart Stupak) somment le PDG de s’expliquer sur l’activité de l’entreprise dans le domaine de l’influence de l’opinion publique sur le bisphénol A pour le compte de clients industriels. En effet, un chercheur d’une respectable université ayant récemment publié un article dans une revue scientifique notable, se révèle être un consultant pour The Weinberg Group. Le conflit d’intérêt et le manque d'objectivité de ce chercheur sont suspectés suite à la mise à jour d’une ancienne lettre adressée par The Weinberg Group à son client le producteur de composés chimiques Dupont de Nemours, où l’entreprise assure à son client qu’elle va « capter, regrouper et impliquer tout le capital intellectuel et scientifique de [l’] entreprise avec pour seul fin d’atteindre le but désiré par son client ». The Weinberg Group y décrit être prêt à « pousser la publication d’articles discréditant l’association entre » une autre molécule chimique possédée par Dupont et des effets toxiques bien connus du public. L’entreprise décrit aussi comment il est possible de réunir des comités d’experts dont le seul message sera de vanter la sécurité de la molécule.

Le congrès américain veut donc s'assurer que le débat public sur le bisphénol A a été conduit de manière objective, sans manipulations, et que les résultats soi-disant scientifiques établissant la sécurité du bisphénol A ne soit que des morceaux choisis d’études permettant de publier un message soutenant des intérêts économiques particuliers. Ces dernières informations sur des pratiques avérées peu recommendables, et bien loins de la démarche scientifique objective, ne peuvent que venir renforcer la nécessité d’un principe de précaution, surtout quand la santé d’enfants et de nourrissons est en jeu.

Certaines grandes enseignes retirent les biberons avec du bisphénol A de leurs rayons et le Canada propose d'en interdire la vente

En avril 2008, plusieurs grandes enseignes américaines ont retiré de leurs rayons les biberons avec du bisphénol A (BPA). Le généraliste Walmart, la chaîne de pharmacies CVS et le spécialiste des produits pour bébés Toys R'Us / Babies R'Us ont annoncé une telle décision face aux réticences du public américain vis-à-vis de l'incertitude sur la toxicité de cette molécule. Le gouvernement du Canada, ayant également formulé une grande incertitude face aux données scientifique sur le bisphénol A, a proposé au même moment d'appliquer le principe de précaution et d'interdire la vente de biberons possédant du BPA.

Situation en Europe

Afin de minimiser au maximum les risques engendrés par les substances chimiques considérées comme préoccupantes, REACH (Règlement sur l'Enregistrement, l'évaluation et l'Autorisation des substances Chimiques) a établit le principe de substitution. Ce principe de substitution qui a pour but de développer des solutions de remplacement plus sûres des substances chimiques susceptibles d’interférer avec les systèmes hormonaux comme le bisphénol A (BPA) ou de détériorer l’ADN pour d’autre substance a été approuvé par le parlement Européen en 2006. Le principe de substitution autorise l’utilisation des substances les plus dangereuses sous certaines conditions: - S’il n’existe pas d’alternative plus sûre et que l’utilisation de cette substance soit essentielle à la société. - Que l’utilisation soit limitée à une période de 5 ans et que le développement de substituts plus sûr soit promu. - Que le demandeur de l’autorisation fournisse une analyse des solutions de remplacement et d’un plan de substitution, ainsi que prendre en compte toutes les informations sur la substitution qui serait fournies par un tiers.

En 2007, un nouvel avis sur le BPA publié à la demande de la législation Européenne a abaissé la limite de migration spécifique (LMS) du BPA par les matériaux plastiques en contact avec les aliments à 0,6 mg de BPA/kg de nourriture suite à un avis de l’EFSA (European Food and Safety Authority). La LMS était auparavant fixée à 3 mg/kg, ce qui était 5 fois plus élevé.

L’exposition alimentaire journalière au BPA des personnes, y compris des enfants et des nourrissons, établie par l’EFSA en 2006 est inférieure à la dose journalière acceptable (DJA) de 0,05 mg/kg de poids corporel alors que la dose sans effet nocif observée est de 5 mg/kg de poids corporel/jour. La DJA est une estimation, exprimée en fonction du poids corporel, de la quantité d’une substance qui peut être ingérée par jour sans risque notable. Ces valeurs ont été déterminées après examen de données récentes sur les risques du BPA menées par différents groupes de scientifiques sur les rongeurs et les humains. L’EFSA a montré des différences significatives concernant les évaluations toxicologiques entre les humains et les rongeurs, car les humains métabolisent et excrètent le BPA plus rapidement que les rongeurs, ce qui remet en cause l’effet de faibles doses de BPA observé sur les rongeurs particulièrement sensibles aux œstrogènes, pour l’évaluation des risques chez l’homme. Ces observations récentes ont permis de réduire le niveau de risque qui avait été pris en considération lors de l’évaluation précédente en 2002.

En ce qui concerne les biberons en France, la norme sur le BPA n'est pas la même. En effet, le récent standard français NF EN 14350 pose une limite de sensibilité très basse de 30 ng/kg, soit une norme 20 fois plus basse que la LMS de l'union européenne.

Afin d’être conforme avec la LMS certaines sociétés produisant des biberons, tel que Medela, ont choisi d’utiliser le polypropylène (PP) au lieu de plastiques polycarbonatés. Le PP présente l’avantage de ne contenir ni phtalates, ni bisphénol A .

Au cas où vous utilisez ou avez utilisé des récipients (biberons de bébés et autres) avec du bisphénol A : caractéristiques de la diffusion dans les liquides

Le fait que la population soit constamment exposée au bisphénol A (BPA) est un fait établi. Cette exposition involontaire est due aux résines époxy ou au polycarbonate présents dans les bouteilles et autre récipients en plastique comme les gourdes et les biberons servant à stocker de l’eau et autres boissons. En effet, le bisphénol A présent dans ces produits en plastique diffuse dans le contenu de ceux-ci, et ce, que le récipient soit neuf ou déjà utilisé et lavé plusieurs fois.

Une étude récente (novembre 2007) menée par une équipe de chercheurs aux Etats-Unis (7) a mesuré la quantité de bisphénol A bioactif relargué par des bouteilles de stockage couramment utilisées, qu’elles soient neuves ou ayant subies une série de lavages afin de mimer l’usage habituel des consommateurs. Ces tests ont été effectués soit à température ambiante (22°C), soit avec une courte exposition à 100°C (eau à ébullition). Les résultats ont montrés qu’un taux variant de 0,20 ng/h à 0,79 ng/h de bisphénol A était libéré à température ambiante, à la fois par les bouteilles neuves, mais aussi par les bouteilles ayant subi sept jours de lavage. Pour ce qui est des bouteilles chauffées un court instant à 100°C comme peuvent l’être les biberons, le taux de bisphénol A libéré dans l’eau est 55 fois plus élevé qu’à température ambiante. Ceci expliquerait l’exposition à un taux élevé de bisphénol A des nouveaux nés, mais aussi tout au long de la vie.


Notez bien que de nombreux biberons pour bébés sont faits de polycarbonate et contiennent du bisphénol A. Cependant quelques fabricants ont commencé à vendre des biberons en verre ou en plastique garanti sans bisphénol A (pour une liste des fabricants, voir notre page de discussion accessible par l'onglet en haut de page).

Références

(1) National Toxicology Program, Center for the Evaluation of Risks to Human Reproduction, Expert Panel Evaluation of Bisphenol A, 6-8 août 2007, Rapport du comité

(2) vom Saal FS, Akingbemi BT, Belcher SM, Birnbaum LS, Crain DA, Eriksen M, Farabollini F, Guillette LJ Jr, Hauser R, Heindel JJ, Ho SM, Hunt PA, Iguchi T, Jobling S, Kanno J, Keri RA, Knudsen KE, Laufer H, LeBlanc GA, Marcus M, McLachlan JA, Myers JP, Nadal A, Newbold RR, Olea N, Prins GS, Richter CA, Rubin BS, Sonnenschein C, Soto AM, Talsness CE, Vandenbergh JG, Vandenberg LN, Walser-Kuntz DR, Watson CS, Welshons WV, Wetherill Y, Zoeller RT. Chapel Hill bisphenol A expert panel consensus statement: integration of mechanisms, effects in animals and potential to impact human health at current levels of exposure. Reprod Toxicol. 2007 Aug-Sep;24(2):131-8. Article

(3) Présentation, Article wikipedia.fr

(4) Dekant W, Völkel W. Human exposure to bisphenol A by biomonitoring: Methods, results and assessment of environmental exposures. Toxicol Appl Pharmacol. 2007 Dec 14; (Epub ahead of print) Article

(5) The Natural Resources Defense Council, 8 août 2007, Communiqué de presse

(6) Lettre du Congrès des Etats-Unis d’Amérique du 5 février 2008 à Mr. Weinberg, Letter to The Weinberg Group CEO Weinberg in regard to an ongoing investigation into the use of the chemical Bisphenol A in products intended for use by children, Accès à la lettre au format PDF

(7) Le HH, Carlson EM, Chua JP, Belcher SM. Bisphenol A is released from polycarbonate drinking bottles and mimics the neurotoxic actions of estrogen in developing cerebellar neurons. Toxicol Lett. 2008 Jan 30;176(2):149-56. Article

 

Source: Questions Sciences - (cc) creative commons Attribution 3.0 Unported

 
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