Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature, portant sur l’origine du virus du Sida, révèle que l'immunodéficience humaine (VIH) serait apparu chez l’Homme entre 1884 et 1924. Quant au passage du singe à l'Homme, plusieurs études montrent qu'il aurait eu lieu durant le XXe siècle. Le docteur Paul Sharp explique que l'ADN du VIH mute 1.000.000 de fois plus vite que ne le fait l'ADN d'une espèce animale, ce qui laisse croire que l'ancêtre à l'origine du Sida beaucoup plus ancien qu'on ne le pensait.
Michael Worobey de l'université de Tucson, en Arizona, aux Etats-Unis et quelques collègues de la République Démocratique du Congo, Belgique et France ont analysé des séquences d'un virus extrait d'un prélèvement de ganglion conservé dans la paraffine datant de 1959 (le VIH-1, dénommé ZR59), considéré comme étant le plus ancien virus humain disponible à ce jour, qui provient d'un homme de la même ville de la l'ancien Zaïre (ZR) et 1960 (DRC60) qui provient d’un extrait de ganglion conservé dans de la paraffine et récemment découvert dans les archives de l’hôpital général de Kinshasa (ex-Léopoldville).
Les deux types de VIH (VIH-1 et VIH-2) infectant l'espèce humaine dérivent des virus de l'immunodéficience simienne (VIS), équivalents simiens des VIH. Ainsi certaines souches de VIH-2 sont impossible à distinguer des souches SIV retrouvées chez les mangabeys de l'Ouest Africain et il existe une superposition parfaite des zones d'épidémies humaines et simiennes pour le VIH-2. En 1990, une équipe suggérait que le VIH-1 avait pour origine les populations de chimpanzés, se basant sur l'organisation identique des génomes des souches VIH-1 et des SIV retrouvées chez les chimpanzés. En 1999, l'origine simienne des souches humaines de VIH-1 était confirmée par la mise en évidence chez des patients camerounais de souches extrêmement proches des SIV circulant chez les chimpanzés de la même région.
Le passage des différentes souches de VIS du singe à l'Homme peut être expliqué par le fait que les singes sont souvent capturés pour servir de gibier ou d'animal de compagnie, et des expositions à du sang contaminé, lors de morsures ou par blessures lors du dépeçage des animaux peuvent expliquer comment ces virus ont infecté l'homme.
Bien que généralement létal pour les virus, le franchissement de la barrière des espèces, s'il réussit, peut permettre au virus de muter et ainsi s'adapter à son nouvel hôte.
La datation du franchissement de la barrière des espèces n'est pas clairement définie. Mais plusieurs études font remonter l'apparition du VIH au début du XXe siècle, voire avant entre 1884 et 1924. En effet, l'analyse de la séquence génétique des deux souches du VIH faite par le groupe de chercheurs susmentionné a révélé qu'il existait de nombreuses différences entre les deux puisqu’elles divergent d’au moins 12%. Selon les scientifiques, pour qu’une telle variation soit possible dans les années 60, il faut que le virus soit apparu dans la population humaine au début du siècle, voire avant.
L'Homme ayant vécu avec le singe à ses côtés depuis toujours et ce dernier étant porteur du SIV depuis au moins plusieurs milliers d'années, la question se pose des raisons qui ont fait que la large diffusion du VIH n'a eu lieu qu'au XXe siècle (que cela soit pour le VIH-1 ou le VIH-2).
L'isolement dû à l'absence de moyens de transport modernes et l'absence de développement de villes importantes auraient empêcher le VIH de se propager. Mais au cours du XXe siècle, l'apparition de techniques médicales comme des injections ou des transfusions sanguines aurait favorisé la pénétration et la diffusion des VIS chez l'homme.
L'origine de l'épidémie, devenue par la suite une véritable pandémie, est expliquée par le développement de l'urbanisation, la paupérisation, la prostitution, les déplacements de populations, les changements de comportement sexuel et l'apparition des drogues injectables.
Aujourd’hui, le VIH touche 33 millions de personnes dans le monde. Environ 25 millions de personnes ont déjà succombé au Sida depuis que la maladie a été décrite pour la première fois en 1981. La grande majorité des malades sont porteurs de la souche identifiée sur les échantillons de Kinshasa.



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