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Le virus du Sida aurait plus d'un siècle
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Publié le 02/10/2008 11:33 par Angela Canberra

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Photo : Sida
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            (Continentalnews)

Le virus du sida aurait franchi la barrière d'espèces il y a environ un siècle, et non pas dans les années 1930 comme on l'avait estimé jusque-là, selon une étude de la revue scientifique britannique Nature.

La question de l’origine du VIH 1, responsable de la pandémie du sida, agite la communauté scientifique depuis de nombreuses années. Les études scientifiques menées par Michael Worobey (université de Tucson, Arizona, Etats-Unis) et des collègues de divers pays (République Démocratique du Congo, Belgique, Lyon-France...) ont montré que le virus serait apparu initialement en Afrique de l'Ouest, mais il est possible qu'il y ait eu plusieurs sources initiales distinctes. Le premier échantillon recensé du VIH fut recueilli en 1959 à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa), dans l'actuelle République démocratique du Congo. Parmi les premiers échantillons recueillis, on compte également le cas d'un Américain homosexuel en 1969 et d'un marin hétérosexuel norvégien en 1976.

Une étude épidémiologique menée par des chercheurs de l’IRD (Institut de recherche pour le développement, ex-Orstom) à Montpellier mettait déjà en évidence l’extrême variabilité des souches virales qui circulent en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Ces résultats confirmant que le virus est présent de longue date dans cette région et que l’Afrique centrale serait bien l’épicentre de la pandémie. Une nouvelle étude, réalisée par des chercheurs américains, français, belges et congolais, et publiée mercredi par la revue britannique Nature, apporte des précision sur l'origine congolaise du virus de l'immunodéficience humaine HIV1.

Publiée dans la revue Nature, une analyse approfondie réalisée par le département de zoologie de l’université d’Oxford, retrace la phylogénie du VIH 1 du groupe M, forme du virus la plus répandue dans le monde. Elle remet en cause l’hypothèse controversée d’une transmission du VIH 1 à l’homme à la suite d’une campagne de vaccination contre la poliomyélite lancée au Zaïre au début des années 1960 : l’homme était porteur de la souche virale à l’origine de la pandémie bien avant cette date.

La diversité des souches du VIH 1 qui circulent en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) est extrêmement élevée, supérieure à celle observée dans les autres pays africains et aussi importante que celle rencontrée dans l’ensemble du monde. Ce constat émane d’une vaste étude épidémiologique entreprise par une unité de recherche de l’IRD (UR 036 Prise en charge du sida en Afrique). Les chercheurs ont procédé à une analyse génétique sur plus de deux cents prélèvements sanguins positifs au VIH 1, collectés en 1997 dans trois régions du pays (à Kinshasa, au nord et au sud).

Au regard des données obtenues, il apparaît que, si une souche virale (groupe M, sous-type A) prédomine en RDC avec une prévalence un peu supérieure à 50 %, tous les sous-types du VIH1, connus à ce jour, sont présents dans ce pays. Le virus du sida, les scientifiques le savent depuis longtemps, présente une très forte variabilité génétique. Il existe deux principaux types de virus : le VIH 1 et le VIH 2. Le VIH 1, le plus répandu dans le monde, comprend trois groupes (M, N,O) qui présentent des caractéristiques génétiques différentes. A l’intérieur du groupe M, le plus fréquent, on distingue encore 9 sous-types (A, B, C, D, F, G, H, J, K), génétiquement proches néanmoins distincts. Au sein même des 10 sous-types viraux circulant en RDC, les chercheurs ont mis en évidence une grande variabilité génétique ainsi que de nombreux virus recombinants (Génotype viral provenant d’une recombinaison entre deux sous-types.). Par ailleurs, certaines souches virales isolées n’appartiennent à aucun des différents sous-types viraux pour l’heure identifiés. Une telle variabilité génétique n’a jamais été observée dans les autres pays du continent africain, notamment en Afrique de l’Est, de l’Ouest ou centrale. Dans ces régions, les souches virales sont beaucoup moins diversifiées et, souvent, un ou quelques sous-types du virus dominent très largement le paysage épidémiologique.

Ces résultats contribuent à une meilleure connaissance de l’histoire du sida. Une telle diversité des souches virales ne peut résulter que d’un long processus de mutation. Elle confirme ainsi que le VIH 1 est présent de longue date dans cette région d’Afrique centrale qui serait alors le berceau de la pandémie. Le département de zoologie de l’université d’Oxford a appliqué un modèle permettant de calculer les distances phylogénétiques aux 197 séquences VIH-1 de RDC obtenues par l’unité de recherche de l’IRD. Actuellement, les scientifique s estiment que le groupe M est apparu vers 1930 et que la transmission du virus du singe à l’homme est beaucoup plus ancienne. Les résultats obtenus suggèrent que plusieurs souches virales identifiées en RDC seraient, dans l’arbre généalogique du VIH 1, à la base des sous-types aujourd’hui présents dans le monde. En circulant ensuite dans différentes populations et régions géographiques, elles se seraient diversifiées pour " donner naissance " à chaque sous-type actuellement recensé dans le monde.

Ces données posent une fois de plus la question de l’origine du sida. Elles ne sont pas en faveur de la théorie selon laquelle la pandémie aurait pour origine une campagne de vaccination orale contre la poliomyélite menée de 1957 à 1960 auprès d’un million de personnes, en grande partie au Zaïre : ce vaccin est supposé avoir contenu des particules de reins de chimpanzé contaminées par le VIS (virus de l’immunodéficience simienne), proche parent du VIH 1. Pour que cette hypothèse soit recevable, il faudrait que les sous-types de virus du groupe M, souche du VIH 1 la plus répandue dans le monde, se soient diversifiés chez le chimpanzé avant d’être transmis à l’homme. Ce que réfute totalement l’étude épidémiologique menée en RDC : l’homme était porteur de la souche virale à l’origine du groupe M bien avant le lancement de la campagne de vaccination et c’est lors de transmissions inter-humaines que cette souche ancestrale se serait diversifiée.


Martine Peeters, UR 036 " Prise en charge du sida en Afrique ", IRD, BP 5045 Montpellier Cedex, Tél. : 04 67 41 61 56, Fax : 04 67 61 94 50, courriel : Martine.Peeters@mpl.ird.fr

Références:
Andrew Rambaut, David L. Robertson, Oliver G. Pybus, Martine Peeters, Edward C. Holmes " Phylogenetic Tree Structure and the Origins of HIV-1 ", Nature, 26 avril 2001.

Marco Salemi, Korbinian Strimmer, William W. Hall, Margaret Duffy, Eric Delaporte, Souleymane Mboup, Martine Peeters and Anne-Mieke Vandamme, " Dating the radiation of HIV-1 group M in 1930s using a new method to uncover clock-like molecular evolution ", FASEB J. 2001 Feb;15(2):276-8, février 2001.

Nicole Vidal, Martine Peeters, Claire Mulanga-Kabeya, Nzila Nzilambi, David Robertson, Wantabala Ilunga, Hurogo Sema, Kazadi Tshimanga, Beni Bongo, Eric Delaporte, " Unprecedented degree of HIV-1 group M genetic diversity in the Democratic Republic of Congo suggests that. the HIV-1 pandemic originated in Central Africa ", Journal of Virology, 74 (22), 2000. © www.gazettelabo.fr

 
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