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Lien évident entre cancer et environnement
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Publié le 03/10/2008 11:02 par Johnny Messy

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Photo : Cancers
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            (Continentalnews)

La part relative de l’environnement et des facteurs génétiques dans l’apparition des cancers n’est pas simple à déterminer. En effet, il est admis que le développement d’un cancer est associé à l’accumulation de mutations génétiques* au sein d’une cellule. Or, leur apparition peut avoir une origine environnementale. Il peut donc exister une relation causale* entre environnement et altération génétique.

Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération importante et anarchique de cellules anormales qui ont la capacité d’envahir et de détruire les tissus sains et de se disséminer dans l’organisme.

Il peut toucher tous les organes et a de multiples causes, souvent cumulées, parmi lesquelles certaines expositions environnementales. L’environnement, comme l’entendent en général les anglosaxons, recouvre l’ensemble des agents physiques, chimiques et biologiques auxquels l’homme est exposé. On se limite dans cette fiche aux expositions subies en excluant le tabagisme actif, la consommation d’alcool et les expositions liées aux comportements de l’individu. 

Tout contact avec un agent cancérogène ne va pas forcément induire un cancer. L’impact sanitaire dépend du nombre de personnes exposées et de leur niveau d’exposition.

Il existe deux types d’agents cancérogènes :
- ceux qui entraînent des mutations génétiques, ils sont dits génotoxiques*
- ceux qui n’agissent pas directement sur les gènes, mais par des mécanismes dits épigénétiques* (par exemple dans les étapes de promotion ou de progression du cancer).

Pour ces derniers, les toxicologues ont tendance à considérer, à partir des expérimentations animales, qu’il existe un seuil à partir duquel des effets apparaissent.

A l’inverse, pour les agents génotoxiques, il est en général admis qu’ils induisent des effets sans seuil, c’est à dire qu’un seul contact avec ce type d’agent, quelle que soit sa dose, est susceptible d’induire un excès de risque de cancer. Pour ce type d’agent, l’établissement d’un lien entre l’exposition et la survenue d’un cancer est très difficile et la visibilité de l’impact sanitaire dépend essentiellement du nombre de personnes exposées.

Quels sont les chiffres du cancer ?

Ces chiffres concernent l’ensemble des cancers, sans distinguer ceux favorisés par l’environnement.

En effet, étant une maladie favorisée par des facteurs multiples, il est très difficile de connaître la part due à des agents environnementaux.

Dans la population générale adulte, en 2000, en France, le nombre de nouveaux cas de cancers a été estimé à près de 280 000 (58 % d’hommes) et le nombre de décès à environ 150 000 (61 % d’hommes). Les quatre localisations les plus fréquentes sont le sein, la prostate, le poumon et l’intestin.

Parmi les causes de mortalité, le cancer occupe une place importante : la première chez l’homme (32 %) et la deuxième chez la femme (23 %). Le plus grand nombre de décès étant causé par le cancer du poumon chez l’homme et chez la femme par celui du sein.

L’incidence* du cancer a globalement augmenté de 63 % entre 1978 et 2000 et la mortalité de 20 %. En tenant compte de la part due au vieillissement de la population, l’augmentation à âge constant est estimée à 35 %.

Dans le tableau suivant, sont présentés quelques exemples de cancers dont l’origine environnementale est prouvée ou fortement suspectée et certains facteurs pour lesquels l’impact sanitaire qui leur est attribué a pu être évalué quantitativement.

Les cancers d’origine environnementale
Source : Inserm

Types de cancer Facteurs environnementaux Impact sanitaire
Mélanome* Rayonnement solaire 2253 cas en 1980
7231 cas en 20001
Mésothéliome* Amiante 251 cas en 1980
871 cas en 20001
Cancer du poumon
Radon

 

Particules de taille < 2,5 microns présentes dans la pollution atmosphérique

 

Tabagisme passif
2500 décès par an2

 

670 cas chez les plus de 30 ans en 20023

 

26 % d’augmentation du risque2

On peut également citer le lymphome malin non hodgkinien* pour lequel certains facteurs environnementaux, tels que les dioxines, sont suspectés. Son incidence a augmenté de près de 40 % en 20 ans passant de 3 934 nouveaux cas en 1980 à 9 908 cas en 20001

 

Augmentation annuelle de l’effectif des cancers en France entre 1978 et 2000

Augmentation annuelle de l'effectif des cancers en France entre 1978 et 2000

Source : Remontet et coll. 2002

Que sait-on des facteurs favorisants ?

Environ 80 % des cancers seraient dus à des facteurs non génétiques. La part attribuable à chacun de ces facteurs est difficile à mettre en évidence et controversée, du fait des éléments suivants :

- les données quantitatives sur les cancers ne sont pas exhaustives ;
- l’estimation de l’exposition des individus à des agents cancérogènes est difficile ;
- les agents cancérogènes sont multiples et ne sont pas tous identifiés ;
- il existe dans la plupart des cas une longue période de latence entre l’exposition à un agent cancérogène et l’apparition d’un cancer ;
- l’exposition à un agent cancérogène n’entraîne pas systématiquement un cancer ;
- les effets de ces agents sont souvent synergiques. Ainsi, le risque de cancer du poumon est plus important si un individu est exposé simultanément au radon et au tabac que s’il est exposé à chaque agent séparément ;
- les effets ne sont pas spécifiques : un même cancer peut être causé par plusieurs substances.

Pour établir une relation de causalité* chez l’homme entre une exposition environnementale et le risque de cancer, les scientifiques essaient de réunir le maximum d’arguments concernant :

- la force, la temporalité, la spécificité et la stabilité de l’association ;
- la relation dose réponse ;
- la plausibilité biologique et les arguments expérimentaux.

Cela aboutit à des propositions concrètes de classification des substances2. En revanche, l’investigation d’agrégats spatio-temporels* en population générale est rarement informative. 

Quels sont les agents environnementaux cancérogènes ?

Les agents, susceptibles d’être cancérogènes pour l’homme font l’objet de plusieurs types de classifications et visent à proposer des mesures concrètes de prévention.

La classification internationale, établie par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’applique à l’environnement général au sens large.

La classification européenne constitue une référence réglementaire dans l’environnement professionnel. Figurant dans la directive 67/548/CEE modifiée (relative à la classification, l’emballage et l’étiquetage pour les substances dangereuses) elle ne concerne que les substances chimiques.

Dans les deux cas, les agents sont classés d’après les données disponibles selon le degré de preuve de cancérogénicité atteint sur l’homme et les animaux.

Ces classifications sont remises à jour au fur à mesure de l’évolution des connaissances.

Les cancers de l'enfant

Comme dans tous les pays industrialisés, environ 1 enfant sur 500 est atteint d’un cancer avant 15 ans. Avec 10,5 millions d’enfants de moins de 15 ans en France, on compte 1 500 nouveaux cas par an dont la moitié avant 6 ans.

Les cancers les plus fréquents sont les leucémies, les tumeurs cérébrales, les tumeurs rénales et les tumeurs osseuses.

Ces données sont très proches de celles des autres pays d’Europe. En revanche, il y a des différences avec les pays en développement, notamment pour les leucémies où l’incidence est moins élevée.

En France, où les données d’incidence sont disponibles depuis 1990, on n’observe pas d’augmentation de cancers de l’enfant sur la période 1990-1999.

Quelles sont les mesures de prévention ?

Pour prévenir les cancers liés à des facteurs environnementaux, il faut réduire le nombre d’agents cancérogènes auxquels l’homme est exposé et les niveaux d’exposition.

- Le Plan cancer lancé en 2003, affirme la nécessité d’améliorer les connaissances sur les risques cancérogènes et environnementaux afin de mieux les prévenir. Il prévoit notamment le développement de nouveaux registres pour mieux connaitre et prévenir les cancers.
- Le Plan national santé environnement (PNSE) et le Plan santé au travail prévoient un certain nombre d’actions pour réduire les expositions aux agents cancérogènes : renforcer l’évaluation des risques sanitaires liés aux substances chimiques (dont les substances cancérogènes) et accroître les connaissances des effets de ces substances sur la santé humaine.
- Dans le milieu professionnel, le décret du 1er février 2001 est relatif à la prévention des risques cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. Il impose de substituer tout produit cancérogène par un produit non dangereux ou moins dangereux. En cas d’impossibilité, l’entreprise doit prendre toutes les dispositions pour réduire au maximum les expositions : système clos, moyens de protection collective ou protection individuelle. De plus, les salariés doivent être informés et formés par l’employeur, en collaboration avec le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sur les risques encourus. Le CHSCT et le médecin du travail doivent être informés le plus rapidement possible des expositions anormales.
- En ce qui concerne l’amiante, l’utilisation est interdite en France depuis 1997. Cependant, du fait de sa très large utilisation passée dans de nombreux bâtiments et équipements, l’exposition reste encore possible.
- Pour la fumée de tabac environnementale, cancérogène avéré, la loi du 9 août 2004 a renforcé le contrôle de l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

Quels sont les axes à renforcer ?

Les connaissances sur les risques cancérogènes professionnels et environnementaux et sur l’importance des cancers liés à ces expositions doivent être améliorées. Pour ce faire, et en raison de la complexité liée au caractère multifactoriel des cancers, les besoins de connaissance actuels nécessitent une recherche multidisciplinaire.

-  Des études épidémiologiques* pour identifier des risques émergents ou inconnus, cerner les expositions les plus contributives pour les risques connus, repérer les populations les plus sensibles, estimer la part attribuable aux facteurs environnementaux dans la survenue des cancers et enfin, pour construire des relations exposition/ risque en population. Ces études devraient intégrer des polluants peu étudiés, les interactions entre les différents polluants et notamment les périodes de vulnérabilité aux expositions.

- Des études de toxicologie humaine pour développer des bio-marqueurs* d’expositions et d’effets car ils sont essentiels pour évaluer et surtout quantifier l’exposition humaine en raison de la complexité de celle-ci.

- Le rôle de la susceptibilité génétique individuelle devrait également être mieux apprécié. L’existence de nombreux facteurs génétiques et environnementaux de distribution variable entre les populations ainsi que les interactions entre ces divers facteurs imposent des études épidémiologiques incluant des effectifs très importants permettant d’identifier des évènements rares. Dans ce cadre, celles-ci nécessiteraient l’utilisation à grande échelle d’outils de génotypage*. Les études génétiques seraient utiles pour la détermination des valeurs de risque en fonction de la sensibilité des différents sous-groupes.

- En ce qui concerne l’enfant, il est indispensable de connaitre la spécificité des expositions prénatales et pédiatriques et de disposer de bases de données environnementales. Au niveau européen, en 2003, la stratégie SCALE (Science, Children, Awareness, Legal instrument, Evaluation) qui vise à approfondir les connaissances sur l’interaction entre l’environnement et la santé, a inscrit dans ses priorités des recherches sur les cancers de l’enfant.

 

(Source: PORTAIL DE L'ENVIRONNEMENT - © Afsset, juillet 2006, rédacteur : Pauline Brosselin et Mounia El Yamani. Remerciements pour relecture à : J. Le Moal (InVS). Photo : J.P. Rozé / Andia.)

 
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