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Polutuion et infertilité : quel lien ?
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Publié le 25/11/2008 22:05 par La Rédaction

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Le colloque organisé par le ministère de l'écologie, en partenariat avec le ministère de la santé, montre que les perturbations du développement humain programmé par la pollution chimique constituent un point crucial pour les domaines de la recherche et de la prévention, pour les 5 raisons suivantes :

1. Le développement foetal est constitué de périodes critiques. Les environnements chimique, physique et biologique peuvent influencer ce développement, souvent de façon dramatique, leurs effets étant fonction du temps d’exposition.

2. Le développement foetal est fait de changements permanents ayant des effets à long terme.

3. Lorsque les mécanismes maternels, foetaux et placentaires doivent s’adapter à des perturbations de l’environnement du foetus, cette compensation peut également engendrer des effets secondaires (effets essentiellement négatifs)

4. L’exposition post-natale continue et les mécanismes de compensation qui lui sont associés, peuvent avoir des effets délétères plus tardifs.

5. Les effets de l’environnement sur le foetus sont souvent différents de ceux observés chez l’adulte ou même chez le nourrisson, de plus ces effets peuvent varier entre les foetus de sexe féminin et de sexe masculin. Au vu de ces cinq constats, un certain nombre de recommandations peuvent être formulées :

Les recherches sur l’étiologie des maladies humaines nécessitent de prendre en compte le développement précoce et de caractériser de façon appropriée les facteurs qui déterminent les fonctions des organes et les risques d’affections ultérieures. De telles associations peuvent être mises en évidence de façon plus nette dans des études prospectives à long terme. Dans ce but, des cohortes de femmes souhaitant être enceintes, de femmes enceintes, ou de naissances pourraient être utilisées.

Des approches interdisciplinaires, l’utilisation de données sur l’animal, une meilleure connaissance des biomarqueurs ainsi que la prise en compte de l’hypersensibilité individuelle permettraient de mieux comprendre l’étiologie des maladies humaines. Ainsi, il est nécessaire d’améliorer la communication entre les disciplines scientifiques impliquées dans ces problématiques, mais aussi entre les scientifiques et les instances opérationnelles politiques.

L’évaluation de l’exposition à un environnement chimique pourrait se faire sur une période du développement précoce. Les données d’exposition déjà collectées en routine pourraient être utilisées, lorsque cela est possible, dans les études épidémiologiques. De plus, le sang du cordon ombilical, les tissus du cordon, le lait maternel et d’autres échantillons biologiques pourraient être collectés pour évaluer les biomarqueurs de l’exposition et pour déterminer les modifications de l’expression des gènes.

Les êtres humains étant exposés à de nombreuses substances chimiques au cours de leur développement et de leur vie, les maladies pourraient résulter d’expositions multiples. D’autres facteurs, comme la nutrition, des styles de vie spécifiques et l’environnement sociétal, doivent également être pris en compte pour expliquer des effets additionnels ou concomitants. La recherche devrait aussi s’intéresser à la variation génétique et aux interactions gènes-environnement pour expliquer la nature causale des expositions environnementales dans le respect des états de santé. Le facteur de risque constitué par les environnements chimiques nécessite de prendre en compte la vulnérabilité du développement précoce et les implications à long terme d’une programmation altérée sur des systèmes d’organes variés. Si pour mettre en évidence la toxicité des composés chimiques sur la reproduction, le développement neuronal et le système immunitaire des protocoles de test existent, ils ne sont pas utilisés fréquemment et les effets potentiels des ces toxicités ne sont donc pas pris en considération dans les décisions sur les niveaux de sécurité des expositions environnementales.

Les preuves mises en évidence dans de nombreux travaux de recherche suggèrent que les efforts de prévention contre les expositions toxiques aux substances chimiques de l’environnement devraient se focaliser sur la protection de l’embryon, du foetus et des jeunes enfants qui représentent des populations très vulnérables. Etant donné l’omniprésence de composés chimiques dans l’environnement, les efforts doivent être renouvelés pour prévenir les dommages. Lorsqu’un retard dans la prise de décision peut entraîner la propagation des expositions toxiques et de leurs conséquences nuisibles à long terme, la prévention devrait être mise en place même en l’absence de preuves définitives de causalité. Les procédures actuelles devraient donc être modifiées afin de s’adapter à la protection des étapes de la vie les plus fragiles via une meilleure utilisation du principe de précaution.

Dans ce contexte, nous avons jugé utile d’organiser une conférence sur « Environnement chimique, reproduction et développement de l’enfant » regroupant chercheurs et décideurs européens et internationaux. Cette manifestation permettra de faire le point sur l’état des connaissances et de la recherche dans ce domaine, sur la réglementation actuelle et d’organiser un débat sur cette thématique.

Quels sont les axes à renforcer ?

Il existe de nombreuses incertitudes en ce qui concerne les mécanismes d’action, la réalité et l’ampleur des effets liés aux perturbateurs du système endocrinien. Afin de confirmer les hypothèses émises, il est impératif de conduire un certain nombre de travaux parmi lesquels :

· une meilleure identification des perturbateurs et des sources d’exposition ;

· l’étude de leur mécanisme d’action et de leur bio-métabolites ;

· la recherche de bio-marqueurs* d’exposition et d’effet ;

· l’amélioration de la connaissance des effets sanitaires en menant des études épidémiologiques ;

· l’évaluation du risque professionnel chez les travailleurs susceptibles d’être exposés à ces substances ;

· l’évaluation du risque concernant ces substances en mélange.

En France

Le Ministère de l’écologie et du développement durable a lancé en 2005 un programme de recherche sur les perturbateurs du système endocrinien (PNRPE)i. Ce programme vise à soutenir des recherches notamment sur les mécanismes d’action, le devenir dans l’organisme et dans les milieux (eau, sol, air et aliments), l’identification des dangers, l’évaluation des risques et la surveillance des perturbateurs endocriniens. Le PNRPE inclus ainsi l’évaluation de la toxicité de plusieurs polluants chimiques agissant comme perturbateurs endocriniens dans le cadre du règlement REACH.

Depuis 2006, l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) réalise, à la demande du ministère en charge de la santé, des travaux de recherche sur les risques sanitaires liés à la présence de substances chimiques dans l’eau et notamment des perturbateurs endocriniens. En parallèle, la Direction générale de la santé et l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du traavil) ont fait mener en 2006 et 2007 des campagnes de mesures des résidus de médicaments dans les eaux déstinées à la consommation humaine ainsi que dans les eaux de rejets hospitaliers.

L’observatoire de la fertilité, mis en place en 2006 par l’Inserm en collaboration avec l’InVS constitue un outil de surveillance de recherche sur la fertilité et sur la sensibilité de la population française à certains facteurs environnementaux. Une étude de cohorte qui inclus un millier de couples suivis pendant plusieurs années est en cours afin de mettre en évidence des facteurs environnementaux impliqués dans la détérioration de la fonction reproductive humaine (pollution de l’air, qualité de l’eau, teneur en pesticides de l’alimentation, exposition aux rayonnements ionisants d’origine médicale, etc.).

Références :

  • Grandjean P. & Weihe P. (2008) – Developmental origins of environmentally induced disease and dysfunction, Introduction of the International Conference on Foetal Programming and Developmental Toxicity (Torshavn, Faroe Island, May 2007) – in Journal Compilation of Nordic Pharmacological Society, Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology, 102, 72.
  • Grandjean P. et al. (2007) – The Faroe statement : Human health effects of developmental exposure to chemicals in our environment - in Journal Compilation of Nordic Pharmacological Society, Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology, 102, 74-75.
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