Les propos du pape Benoît XVI suscitent un véritable tollé dans le monde. En France, l'ensemble de la classe politique les a condamnés. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot s'est dite "catastrophée". Xavier Bertrand et François Bayrou déplorent une attitude irresponsable du chef de l'Eglise catholique qui pourrait compromettre des efforts de lutte contre le Sida.
Le Syndrome immuno déficitaire acquis (SIDA) dont le virus est le VIH (virus d’immunodéficience humaine) découvert en 1983 par le médecin François Luc Montagnier, est aujourd’hui une préoccupation mondiale.
En effet une personne meurt, toutes les cinq secondes, de cette maladie dans le monde. Selon le dernier rapport de l’ONUSIDA, plus de 33 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde dont 25 millions en Afrique. Comme on le voit, le continent noir, terreau de tous les maux de l’humanité, détient également la triste palme à l’échelle planétaire.
Dans cette partie du monde, la propagation de l’Evangile est une réalité saisissante, et le nombre des catholiques y a encore progressé de 3% en 2007 en dépit de la concurrence des églises protestantes et de l’islam. Ça coule donc de source que le Pape Benoît XVI y aille à la rencontre de ses brebis qui, malgré des conditions de vie difficiles, vivent leur foi.
S’il y a un fait qui éclipse dans les médias l’objet de son premier voyage pontifical sur notre continent, placé sous le signe de la justice et la réconciliation, c’est bien sa déclaration sur le port du préservatif. En effet, dans l’avion qui l’amenait mardi au Cameroun, il a relevé que l’on ne pouvait « pas régler le problème du SIDA avec la distribution de préservatifs » et que, « au contraire, (leur) utilisation aggrave le problème ».
Selon lui, la solution passe par « un réveil spirituel et humain » et « l’amitié pour les souffrants ». Pour paraphraser la prière « Notre père qui est dans les cieux », c’est comme si, avant de fouler la terre africaine, qui compte 70% des séropositifs, le souverain pontif a prié le Père de nous délivrer du mal qu’est la capote.
Il n’en fallait pas plus pour susciter un tollé à travers le monde. Les milieux politiques, scientifiques et associatifs ont condamné d’une même voix cette déclaration. « Consternants », « inacceptables », « gravissimes », « irresponsables », « criminels »... les qualificatifs, en réaction aux propos, controversés, du Saint-Père pleuvent.
Le condom étant considéré comme un « élément fondamental des actions de préservation de la transmission du virus du Sida », les gouvernants et les ONG craignent que cette affirmation du chef de l’Eglise catholique romaine n’anéantisse des années de prévention et de sensibilisation.
Cette crainte est d’autant plus légitime qu’il est de nos jours irréaliste, au regard de l’évolution des mœurs, de penser que les gens peuvent s’abstenir des rapports sexuels ou rester fidèles à leur (s) partenaire (s). Néanmoins, on peut dire que c’est une fausse querelle qu’on fait au Pape, qui n’a pas varié dans la doctrine de l’Eglise.
Abstinence avant le mariage et fidélité après, c’est ce que celle-ci exige, et condamne la débauche ainsi que l’adultère à la lumière des dix commandements. Aucune religion dite révélée ne soutient le contraire. Si la religion devait se soumettre irresistiblement aux mutations sociologiques de nos sociétés et s’adapter indéfinement à l’évolution rapide de notre monde, elle perdrait sans conteste sa substantifique moelle.
« La solution de l’Eglise, c’est la fidélité sexuelle. Le préservatif n’est pas une solution à ses yeux, car c’est une fausse sécurité qui continue à encourager la promiscuité sexuelle », a du reste répliqué le vaticaniste italien Sandro Magister. Comment donc ne pas regreter la virulence de certaines réactions à l’égard de quelqu’un qui est bien dans son rôle, surtout celles qui jugent la déclaration du Pape « presque un meurtre prémédité » ?
En dehors des considérations religieuses, reconnaissons que les préservatifs, en Afrique, exposés à des conditions climatiques des plus rudes, avec parfois de mauvaises utilisations, ne peuvent pas être un moyen de prévention sûre.
La foi aveugle au condom a entraîné bien de personnes dans une sexualité débridée avec des conséquences incalculables. Que dire de ceux ou celles qui commencent avec un partenaire et quelque temps après mettent de côté cet outil de plaisir une fois l’habitude et la confiance installées.
Le mal du siècle commande une prise de conscience individuelle et un comportement responsable. Pour ceux qui ne peuvent pas s’abstenir ou rester fidèles, évidemment, le préservatif doit être absolument utilisé. C’est le choix du réalisme face à l’idéalisme ou, pour parler comme Max Weber, c’est celui de l’éthique de responsabilité face à l’éthique de conviction.
Abdoul Karim Sawadogo de l'Observateur



0 commentaire
|
Aucun commentaire n'a encore été posté.
